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Correction des déséquilibres ethniques au sein des ONGEs: la question divise les chancelleries occidentales

La rencontre tant attendue entre le ministère de l’Intérieur celui des Affaires étrangères a enfin eu lieu ce mardi après la décision du Conseil National de Sécurité de ce 30 septembre de suspendre les activités des ONGEs pour trois mois “afin qu’elles se conforment à la loi”. Alors que les tractations sont en cours pour la suite, Ikiriho dresse les principales questions en suspens. 

“C’est juste pour cadrer et clarifier la recommandation adressée aux ONGEs par le Conseil National de Sécurité et non lever cette mesure”, clarifiait dès le début de la rencontre Pascal Barandagiye, le ministre de l’Intérieur et du Développement communal en compagnie du secrétaire permanent au ministère des Affaires étrangères lors de l’ouverture de cette réunion tant attendue. Juriste de formation, le ministre Barandagiye rappellera que “le Conseil National de Sécurité est un organe suprême dirigé par le Chef de l’Etat, et qui est au-dessus des ministères”.

La motivation de la prise de cette décision du CNS ? Le ministre de l’Intérieur parle d’un constat: “Certaines ONGEs n’existent que de nom. D’autres vont même jusqu’à distribuer trois poules sur trois ans avec des jeeps à drapeaux hauts portés. Sans mentionner des ONGEs qui ne sont pas agréées au Burundi, mais reçoivent des fonds”. Et de rappeler que la loi les régissant “avait donné un délai de 6 mois pour la conformité”.

Les motivations du Gouvernement

Les documents demandés par le Gouvernement pour la réouverture des ONGEs indiquent les priorités gouvernementales en matière de coopération: d’abord un alignement général de tous les partenaires étrangers sur le Plan national de développement du Burundi 2018-2019.  Les activités des partenaires au développement doivent s’aligner sur les priorités clairement définies par le Gouvernement du Burundi à travers son plan d’émergence économique.

Autre priorité: le respect de la loi bancaire sur les transactions à la BRB. Une source gouvernementale explique: “Il est de notoriété publique que certaines organisations internationales, au lieu de faire passer l’argent à la BRB, font transiter leurs fonds par Kigali ou Nairobi. Est-ce que les fonds censés contribuer au développement du Burundi doivent-ils profiter indirectement au secteur privé des pays limitrophes?” D’où l’obligation de se conformer à la réglementation bancaire burundaise.

Mais c’est surtout le dernier document demandé qui suscite la polémique. Le Gouvernement demande un “Plan progressif de correction des déséquilibres ethniques et genre avec un délai de trois ans et une évaluation d’exécution d’une année”. Cette mesure fait suite à un débat social au Burundi, sur la composition mono-ethnique de certains organismes qui fournissent des hauts revenus.
“Le Gouvernement a fourni des efforts pour que la réconciliation et le vivre-ensemble entre Burundais soient une donne véritablement encrée dans le quotidien socio-économique des Burundais. Les institutions au Burundi veillent à l’application des lois en matière de diversité ethnique lors des processus de recrutement de leurs collaborateurs. L’emploi étant rare dans le pays, ne pas consacrer la mixité sociale dans les ONGEs revient à promouvoir l’exclusion ethnique et à vouloir contribuer à monter les communautés les unes contre les autres. Puisque ces mêmes ONGEs, les chancelleries et les organisations diverses qui les financent chantent haut et fort l’Accord d’Arusha, et bien il faut l’appliquer même chez elles“, explique-t-on au sein d’une certaine opinion à Bujumbura.

Une question qui divise les chancelleries occidentales

La question de la correction des déséquilibres ethniques au sein des ONGEs a depuis quelques mois engendré deux camps: d’un côté, les organisations américaines qui n’y voient pas d’inconvénient, certaines ayant déjà commencé à s’y conformer, provoquant même des mouvements de grogne comme chez Catholic Relief Services (CRS). Il est vrai qu’aux USA, l’usage de l’affirmative action ou “discrimination positive” est une pratique courante pour corriger la surreprésentation des Blancs et des hommes dans les programmes gouvernementaux. Un décret présidentiel oblige même les entreprises qui reçoivent des marchés publics de s’y conformer.

De l’autre côté et contre cette mesure se dressent la plupart d’ONGEs européennes, qui avancent selon nos sources “la suprématie de la compétence sur toute autre considération avant embauche”. Pourtant, dans beaucoup de pays européens, il y a une charte de la diversité qui s’applique dans les entreprises. Celles-ci doivent compter dans leurs effectifs les personnes à mobilité réduite, un certain pourcentage de femmes, les minorités visibles voire même des personnes issues des quartiers défavorisés. “Évoquer entre autres raisons l’éthique et la quête de la compétence relève simplement de l’hypocrisie pratiquée dans ces organisations”, selon un cadre burundais recalé lors d’un processus de recrutement dans une ONGE.

Selon d’autres sources, “la plupart des grandes ONGEs, ainsi que des entreprises passent par des agences de recrutement et des connaissances pour engager du personnel. Ces agences d’intérim pré-sélectionnent des profils souvent leur recommandés au préalable par des amis et à leur tour, les proposent à leur clients. Il est ainsi facile de retrouver une seule ethnie dans le staff de tel organisme, alors qu’on aurait des profils variés si le jeu d’embauche était réellement ouvert à tous, publié un peu partout, voire même intéresser la diaspora burundaise.”

En attendant l’issue des réunions pour harmoniser les positions sur cette question de déséquilibres ethniques entre chancelleries occidentales, le ministre Pascal Barandagiye a indiqué hier que “les hôpitaux et les écoles des ONGEs ne peuvent pas suspendre leurs activités pour éviter les conséquences fâcheuses”.

Les documents demandés aux ONGES sont à déposer au Secrétariat Permanent du ministère de l’Intérieur.

5 Comments

  1. Ligue Izere Ntiwihebure

    Normalement le Burundi etait derriere ppur appliquer ces mesures. Demander au Kenya, au Rwanda en Tanzanie et ailleurs en Afrique meme chez eux en europe et Usa. Il y a un sujet interessant les flux financiers illicites qui s’opere d’ou on a bcp d’ONGEs au Burundi. Ces blancs viennent s’enrichir dans l’argent qui devrait financer les activites de developpement du Burundi. Fuite des capitaux alors.
    Un autre point qu’il faut revoir concerne les sommes colossales que les Expatries se donnent comme salaires et autres avantages, alors que les nationaux, même formés plus que ces expatriés, touchent des salaires disprotionnés, donc tres minimes.
    Un expatrié et un national burundais de meme diplôme devraient toucher un salaire egal.
    On ne peut pas ne pas aussi parler des financements des Organisations locales qui ont tendance de toujours affaiblir le Burundi.
    Autres temps autres moeurs. On doit suivre d’auprès tous ces manquements et les corriger.

  2. NIYONSABA Jean Robert

    Très bon message du Ministre de l’Interiur, de la formation civique et du Développement Communal. Il faut veuiller surtout à ce qui a été recommandé ou obligé par ce dernier soit mis en œuvre sans détour. Nous, en tant que citoyens nous apprécions les mesures prises par le conseil natiobal de sécurité pour le respect de la constitution et nous attendons ses mises en oeuvre. Les burundais s’en réjouissent de ces décisions, nous sommes derrières vous our respects.

  3. Oscar Ninterentse

    Parler de “suprématie de la compétence dans le recrutement” avec ces ONGEs me fait rigoler un peu. Je me souviens du temps où ils ont embauché un ancien “Veilleur de nuit” comme Chef de Projet dans un project agricole où je travaillais.

    Imaginez la suite!!!

  4. Felicitations à monsieur le ministre et courage! De ma part je suis très contente de cette mesure de correction aux ONGE au Burundi. Depuis longtemps ces organisations ont travaillé de manière floue. Elles font semblant de faire des recrutements dans la voie normale mais à la fin on trouve que ceux qui ont été retenus n’ont même pas passé les examens. Nos dossiers sont deposés dans leurs poubelles pour être brulés plus tard. Aussi si on examine les beneficiaries de leurs projets on y trouve des desequilibres. Nous encourageons le CNS de suivre de très près et très serieusement le travail des ONGE au Burundi.

  5. NKUNZIMANA Elie

    Nous remercions énergiquement le CNS pour cette mesure prise.
    Ces ONGES étaient devenues des réseaux dont l’objectif n’était autre que d’attiser la haine entre les couches ethniques du Burundi au su du pouvoir,car ” ubunwa burya butaguha burakoma induru ntiwumva”, proverbe kirundi qui signifie que “celui qui mange sans toi est irrecevable lors du malheur”; pour démontrer que ces organisations n’avaient que tendance de dresser l’ethnie haïe contre l’ethnie chérie.

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