Processus CVR

“Il a fallu 40 ans pour qu’il y ait une première publication au Burundi sur la crise de 1965”

BUJUMBURA, 3 sept (ABP) – Les publications sur les crises qui ont secoué le pays ne sont pas abondantes et même le peu qui existe ne fait pas l’unanimité, a indiqué le Pr Jean Marie Nduwayo, qui s’exprimait au cours d’une conférence sur la contribution de la recherche documentaire dans les missions de la CVR (Commission Vérité et Réconciliation).

Pr Jean Marie Nduwayo

Il n’existe pratiquement pas de publications sur la crise de 1965. La seule qui lui est consacrée est celle d’Augustin Mariro « Burundi 1965 : la 1ère crise ethnique. Genèse et contexte géopolitique », publiée
en 2005, a-t-il dit, ajoutant qu’il a fallu 40 ans pour qu’il y ait une première publication sur cette crise qui ne touche pas tous les aspects: « Avec l’appui du CENAP (Centre d’alerte et de prévention des conflits), un seul mémoire de fin d’études consacré à cette crise a été soutenu en 2016. Seules deux importantes publications existent sur la crise profonde de 1972. La guerre civile de 1972 a été pendant longtemps considérée comme tabou, interdite à tout débat public et même privé. La 1ère étude approfondie apparaît plus de 30 ans après les faits. Ce long silence imposé par le pouvoir de l’époque a donné libre cours à des spéculations », d’après toujours le Pr Nduwayo.
« Des gens ont inventé ou développé leur version des faits, souvent sans rapport avec la réalité. A côté de ces publications, une dizaine de mémoires de fin d’études universitaires ont été soutenus sur la crise de 1972 après l’année 2000 », a-t-il poursuivi.

Des zones d’ombre subsistent aussi sur les événements de Ntega et Marangara de 1988. Une publication a été réalisée en 1989 par une équipe de chercheurs français et deux mémoires de licence ont été soutenus en 2016. Hormis quelques reportages des médias nationaux et internationaux, parfois tendancieux ou simplistes et quelques articles publiés par l’historien Jean Pierre Chrétien, aucun article scientifique sur la crise n’a été réalisé, a précisé le Pr Nduwayo.

Contrairement aux crises antérieures, celle de 1993 a été largement traitée. Comme la communauté internationale avait suivi et accompagné le processus électoral en 1993, la crise a été largement médiatisée au niveau international. Des analyses faites par des chercheurs nationaux et étrangers donnent des lumières sur les différentes manifestations de la crise. Plus de 50 mémoires portant directement sur la crise et touchant tous les aspects de la vie ont déjà été soutenus.
Mais là aussi, la crise accuse une grande faiblesse du point de vue des travaux scientifiques. Aucun ouvrage de référence n’existe encore sur cette crise, a affirmé le Pr Nduwayo.

Plusieurs autres événements d’importance politique n’ont pas fait l’objet de recherches historiques spécifiques. Il s’agit notamment de l’intronisation de Ntare V Charles Ndizeye, le 1er septembre 1966, sa chute le 28 novembre 1966 et la proclamation de la République par le capitaine Michel Micombero.

One Comment

  1. Ntahitangiye

    Monsieur le Pr Jean Marie Nduwayo,
    La véritable recherche scientifique sur le passé du Burundi est complètement bloquée parce que les Burundais eux-mêmes ne se reconnaissent pas ou ne se retrouvent pas dans les événements qui se sont abattus sur leur pays:
    1) Quel Burundais qui se reconnait dans l’introduction des ethnies au sein d’une population ayant la même langue et les mêmes traditions ?
    2) Quel Burundais qui connaissait les véritables raisons de ces crises avant qu’elles ne se déclenchent ?
    Ceux qui connaissaient les objectifs à atteindre avec ces crises orientent leurs interprétations qui sont propagés par ceux qui ignorent tout sur la situation; voilà la raison pour laquelle il n’y a pas unanimité sur les versions des faits sur ces crises.
    C’est cette orientation des interprétations qui fait pleuvoir aujourd’hui des rapports incendiaires sur le Burundi jusqu’à l’ONU comme si l’ONU ignorait le passé et le présent du Burundi.
    Ceux qui connaissaient les raisons de ces crises détiennent les versions ou les données de la recherche scientifique. Ils ne peuvent pas en parler sans se compromettre ou se condamner.
    La base d’une recherche scientifique est la réalité incontestable des faits: la vérité. Un vrai chercheur est un juge ou un magistrat impartial des événements entourant le thème de sa recherche.

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