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« Le bilan du Président Nkurunziza est largement positif », selon Jacques Bigirimana (opposition extra-parlementaire)

Le président du parti FNL et leader de l’opposition extraparlementaire se dit satisfait du bilan du Président Nkurunziza, trois ans après son investiture pour un nouveau et dernier mandat à la présidence de la République du Burundi.

Le 20 août 2018, trois ans après la prestation de serment de Pierre Nkurunziza pour un nouveau mandat présidentiel. Deux traits les plus saillants de son action ?

Le Président s’est rangé devant son peuple pour tenir tête aux grandes puissances au nom de l’indépendance et la souveraineté de son pays, devenant un modèle à suivre pour bien des pays du monde et a fortiori ceux d’Afrique. Autre fait saillant, le Président Nkurunziza est un homme de parole. A son investiture au Palais des Congrès de Kigobe, il a annoncé que c’était son dernier mandat. Il a redit cet engagement et a même annoncé qu’il soutiendra son successeur lors de la promulgation de la nouvelle Constitution le 7 juillet à Bugendana.

Quel bilan au point de vue économique ?

Le bilan est largement positif. Des sanctions frappent le pays depuis déjà 2010. Mais le paysan burundais a de l’engrais chimique, des semences sélectionnées. Nous sommes parmi les pays qui ont sérieusement lutté contre l’insécurité alimentaire de façon significative, comme en témoigne le recul du taux de gens mourant de faim.

Des irréguliers burundais refoulés du Rwanda pour y être entrés illégalement à la recherche de petits boulots auprès des villageois. Un signe d’une économie burundaise exsangue?

Les mouvements de petites gens traversant la frontière commune dans un sens comme dans un autres étaient monnaie courante avant que le Rwanda ne commence à châtier tout citoyen enclin à passer la frontière pour aller travailler pour un Burundais. Les Rwandais venaient nombreux labourer les champs en province Cibitoke. En ville de Bujumbura , avant que certains Rwandais ne versent dans des actes visant à perturber la paix et la sécurité , presque tous les salons de coiffure étaient tenus par des Rwandais, beaucoup d’Eglises, même celles dirigées par des escrocs étaient propriétés de Rwandais, etc.

Mais pour biens des observateurs, l’économie reste le point faible des trois dernières années…

Je le répète, le bilan est largement positif. Pierre Nkurunziza est un président très fort. Même avec la coupure de l’aide internationale, le cours de la monnaie locale n’a pas dégringolé. S’il n’était pas un homme fort, économiquement, le Burundi serait comme le Zimbabwe de Robert Mugabe ou le Zaïre du temps de Mobutu. Sans financements extérieurs, le Burundi a conduit un dialogue interne qui a abouti au référendum constitutionnel de mai 2018 et dans deux ans, le pays organise ses élections générales. Si l’économie burundaise tient encore debout aujourd’hui avec le poids des sanctions internationales, il y a de quoi parler haut et fort de réussite.

Des délestages, pénuries de carburant, signes pour certains que le pays va mal…

Comme d’autres pays de la sous-région, y compris la RDC, le pays a connu un problème d’insuffisance de l’énergie électrique. Aujourd’hui, plus question de délestage. On a le courant 24/24 heures. Le carburant est moins cher au Burundi que dans aucun pays de la sous-région. C’est la réussite du gouvernement burundais et du Président Nkurunziza en personne.

Quel bilan en matière politique ?

En politique, le bilan est toujours excellent. Le Président a fait voter une nouvelle Constitution dans un climat de paix et de sécurité. Nous avons été dans le dialogue inter-burundais en Tanzanie où nous nous sommes entendus sur une feuille de route. Le Président ne l’a pas rejetée et nous l’avons enrichie dernièrement à Kayanza. Même les Nations Unies ont accepté cette feuille de route. Les ennemis du Burundi avaient tout fait pour paralyser le pays, la preuve est qu’il y a des élus qui ont refusé d’entrer dans les institutions. Homme d’une grande sagesse, le Président garde sa retenue envers ceux qui sont dans les institutions mais qui ne se donnent pas à fond au travail.

Dans les instances internationales, on parle souvent de « restriction de l’espace médiatique », un bémol au bilan élogieux que vous dressez…

Au début du mandat, les détracteurs du Président Nkurunziza criaient à la fermeture des radios, à l’emprisonnement de ceux qui ont participé au mouvement insurrectionnel. Il a rouvert des radios et a accordé la grâce à ceux qui se disent manifestants.

Comme président de l’opposition extraparlementaire, comment appréciez-vous la situation des droits politiques au Burundi ?

C’est devenu un refrain de parler de restriction de l’espace politique au Burundi dans certaines instances et presse internationales. Laissez-moi rire ! Comment dire qu’il y a restriction de l’espace politique quand nous sortons d’un processus référendaire où des hommes politiques ont librement battu campagne pour le non et pour le oui ? Personne parmi ceux qui ont fait la promotion du non n’a été inquiété.

Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies a évoqué au Conseil de sécurité le 9 août 2018 « l’impasse politique qui persiste et la situation des droits de l’homme au Burundi, sources de profonde préoccupation pour la France ». Votre point de vue ?

Elle est encore en arrière par rapport à la réalité actuelle au Burundi. Qu’elle vienne au Burundi pour y passer au moins cinq jours afin de se rendre compte de l’évolution de la situation. Je suis sûr qu’elle retournerait dans son pays ayant changé son discours alarmiste.

Quel accueil à l’alerte de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies : « Face à l’absence d’un réel dialogue inclusif et face à la fermeture de l’espace politique, les fractions les plus radicales de l’opposition sont tentées par la lutte armée » ?

Ils ont tenté, ils n’ont pas réussi et ne réussiront jamais. Le temps de la guerre est révolu. Pas même question d’épiloguer sur eux.

Au point de vue sécuritaire, le Burundi a frôlé la guerre civile disent certains analystes…

A l’investiture du Président, ses détracteurs agitaient un spectre de génocide. Le génocide n’a pas eu lieu, la population ne s’est pas rentrée dedans. Le Président s’est investi pour réconcilier les Burundais et pour rétablir la confiance dans les forces de défense et de sécurité.

Pas jusqu’ici d’éclairci dans les relations entre le Burundi et le Rwanda….

Nous avons subi une provocation de la part du Rwanda, mais, à chaque cas, le président a toujours fait preuve de retenue.

Jacques Bigirimana, un faux prophète ? Vous prédisiez une rencontre des Présidents Kagame et Nkurunziza au cours de cette année 2018. Mais on ne voit rien venir ?

C’était tout simplement un souhait. Si mon vœu n’est pas encore réalisé, je ne me décourage pas. Comme j’y crois encore, je prierai pour que cette rencontre ait lieu, si bien sûr cela rencontre le bon vouloir divin. Et puis, il n’est pas encore trop tard pour que ça se réalise.

La force du parti FNL à deux ans de 2020 ? Votre formation politique s’est-il renforcé avec le processus référendaire menant à la Constitution de Bugendana ?

Le FNL est parti fort, bien implanté. C’est un parti qui vient de loin et est l’héritier de l’idéologie de Rémy Gahutu. Il a évolué dans le temps et en effectifs. Il a connu aussi des dissensions internes mais aujourd’hui, il est stable et dynamique sur tout le territoire national, comme en témoigne la récente campagne référendaire où nous avons drainé des foules derrière nous dans toutes les provinces. Le parti FNL aura un bon score en 2020.

Un peu de votre vie professionnelle. Commentaires sur les rumeurs comme quoi vous auriez été limogé de la direction générale de l’OTB ?

Jacques Bigirimana a eu ceux qui lui ont précédé à la tête de l’OTB. Quoi de plus normal qu’il soit à son tour remplacé, le moment venu ?

Plusieurs gens qui feraient tout pour tout pour te faire éjecter de la DG et s’y installer…

Je suis à l’OTB par le bon vouloir du Président Nkurunziza. Il vous souviendra que notre parti n’a pas eu le score qui lui aurait permis d’entrer dans les institutions et placer des cadres ici ou là. Mais le Président a tenu sa parole donnée le jour de son investiture quand il a dit qu’il dédiait sa victoire à tous les Burundais et voilà qu’il m’a placé à l’OTB comme il a placé d’autres personnalités qui ne sont pas de son parti dans diverses postes. L’OTB est donc un poste du CNDD-FDD qui a gagné les élections de 2015. Et si un bon jour le Président décidait de confier cette société à quelqu’un d’autre, ce serait légitime. Pour le moment, je travaille avec abnégation pour mériter la confiance que le Président a placée en moi.

 

Divorce d’avec Rwasa, Miburo, Habonimana… Jacques Bigirimana, un homme politique qui cohabite difficilement avec ses proches collaborateurs ?

Tous ces gens énumérés étaient des proches collaborateurs de Rwasa. Ils nous ont tous tourné le dos. Peut-être que moi et Rwasa sommes tous des hommes avec qui il est difficile de cohabiter. Mais je ne crois pas que je sois ainsi car je ne suis pas casanier comme lui. Je fréquente divers milieux, restaurants, bars et je suis à l’aise avec tout le monde. Pour ce qui est de Pasteur Habimana, je n’ai pas de contentieux avec lui, et ne m’a pas encore touché un mot sur ses intentions de virer ailleurs. S’il a cette intention, c’est son droit comme homme politique.

Président du FNL mais plus CNDD-FDD que le secrétaire général Evariste Ndayishimiye, comme une certaine opinion vous présente…

Certaines gens disent du n’importe quoi et ils en ont le droit : c’est la vertu de la démocratie. Dans mon caractère, je dis haut et fort ce que je pense au fond de mon cœur. Il appartient aux gens d’en faire leurs interprétations et de mon juger comme bon leur semble.

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