Elections 2020

Elections de 2020: “Une feuille de route, coûte que coûte”

A deux contre vingt, le parti Frodebu de Pierre Claver Nahimana, et dans une moindre mesure le Ranac dans lequel se reconnaît l’ancien président Domitien Ndayizeye, n’ont pas réussi à retarder l’adoption d’une feuille de route pour les élections de 2020, ce vendredi 3 août à Kayanza, lors d’un « atelier d’échanges  des leaders de partis et acteurs politiques ».

Présences : 22 sur les 32 partis politiques agréés. Le CNDD-FDD au pouvoir, l’Uprona du 1er vice-Président Gaston Sindimwo, le FNL du président de l’opposition extraparlementaire Jacques Bigirimana étaient représentés chacun par deux membres. Mais pas de doublon dans la prise de parole : ce sont les présidents des partis qui s’exprimaient. A titre d’exemple, la secrétaire nationale chargée des questions politiques au CNDD-FDD Godeliève Nininahazwe ne prendra la parole qu’après la sortie du secrétaire général du parti présidentiel Evariste Ndayishimiye, « appelé à d’autres engagements » avant la fin des travaux. Mais elle n’a pas apposé sa signature sur la feuille de route en lieu et place de son patron.
Aucun acteur politique dans la vaste salle de conférence de «  Musumba Hotel ». Aucun qui s’est fait représenter. Pourtant, le ministère de l’Intérieur, organisateur de la rencontre, avait invité Agathon Rwasa.

Par contre, présence remarquée du ministre de l’Intérieur Pascal Barandagiye, présent à la réunion du début à la fin, avec son assistant Thérence Ntahiraja, l’homme qui a conduit la délégation gouvernementale à la session du dialogue inter-burundais, fin décembre 2017 à Arusha. Autre présence pas moins remarquée, celle de Phénias Niyigaba du Frodebu. Le secrétaire général du parti CNDD-FDD n’a pas manqué de féliciter le Frodebu pour sa participation, « un parti qui jusque-là boycottait de semblables rencontres ». Le Ranac était aussi représenté par Emile Nduwayezu du comité exécutif. Présence aussi d’Alice Nzomukunda, présidente du parti ADR. Participaient aussi deux commissaires de la CENI dont Prosper Ntahogwamiye qui a par ailleurs présenté un exposé sur « les principes et valeurs démocratiques » et qui a apporté beaucoup d’éclairages durant la rencontre. Le président et le secrétaire du forum national des partis politiques ont aussi pris part à ces assises.

La déclaration pour condamner le Rwanda oubliée

La rencontre de Kayanza s’est déroulée dans « une parfaite entente », comme le dira Tite Bucumi, président du MSP-Inkinzo. En effet, à l’exception des représentants du Frodebu et du Ranac, les participants, pour la plupart de la mouvance, étaient pressés de se doter de la « précieuse feuille de route ». Et pour cause : « L’atelier de Kayanza s’inscrit dans le prolongement de précédentes réunions à l’intérieur et à l’extérieur du Burundi ».
Tous convergeaient sur la synthèse de trois textes, « pour gagner du temps » : la feuille de route de 2013 pour les élections de 2015, le résumé du facilitateur Mkapa lors de la 4ème session du dialogue inter-burundais de décembre 2017 à Arusha et la proposition de feuille de route signée par 19 partis politiques et acteurs politiques, la société civile et les confessions religieuses lors de cette session à Arusha. A cela il faut ajouter trois résolutions dont deux signées à Gitega et l’autre à Bujumbura par les leaders de partis et acteurs politiques.

Avec véhémence, le représentant du Frodebu protesta: « Nous avons été invités pour un atelier d’échanges devant à la longue déboucher sur une simple déclaration et non à la signature d’une feuille de route. Pas aucun acteur politique présent. Les textes à synthétiser ne nous ont pas été distribués, inconcevable une compilation en trois heures de temps. »
A chacune de ses prises de parole, la réponse revenait en leitmotiv: « Le Frodebu n’a qu’à s’en prendre à lui-même : Léonce Ngendakumana a séché les rencontres précédentes. Le Frodebu feint aussi d’ignorer les textes ayant sanctionné le dernier round des pourparlers à Arusha ». Le Frodebu fut invité aussi à se ranger derrière l’avis de la majorité.

Sur ce, la tâche fut confiée au secrétaire général de l’Uprona Olivier Nkurunziza, au président du Frodebu-Nyakuri Kefa Nibizi et à Thérence Ntahiraja. Vite, ils se sont retirés dans une salle d’en bas, avant de revenir trois heures après avec un projet de 49 dispositions.
Les participants étaient tellement soucieux d’avoir la feuille de route qu’ils ont oublié de rédiger un « communiqué conjoint condamnant le Rwanda pour ses actes hostiles contre le Burundi » ; et un autre texte condamnant le Rwanda et le HCR pour «  tenir en otage les réfugiés burundais, les empêchant de rentrer ». Pourtant, lors des débats, aucune objection sur ces deux propositions, chères à Jacques Bigirimana et soutenues par le général « Neva ».

« Ce qui se fait pour moi sans moi est contre moi »

Lors du débat pour enrichie le projet proposé présenté par l’assistant du ministre Ntahiraja, Phénias Niyigaba s’est étonné de ce que la feuille de route parle des acteurs politiques alors qu’aucun n’était présent. Et de lâcher : « C’est comme si le texte avait été rédigé avant même cette rencontre ; un fait accompli pour tout dire surtout que même à Kayanza aucun membre de l’opposition n’a pris part à la rédaction du projet de feuille de route ». Comme son confrère du Ranac, il n’a pas apposé sa signature sur le texte.

Anatole Bacanamwo du FNL salue quant à lui « une feuille de route très ouverte  et qui rejoint dans ses grandes lignes les revendications de l’opposition, y compris ceux de l’exil. Il est notamment mentionné le souhait que les exilés rentrent dignement avec leurs biens. La feuille de route contient aussi beaucoup de disposition engageant le gouvernement ». Il loue aussi l’organisation, avant d’ajouter : « Les participants se sont exprimés librement ».

https://twitter.com/Ikiriho/status/1025409916897517569

Signalons que bien des politiciens trouvent que ce texte est trop beau pour être appliqué par le gouvernement et que si le Frodebu n’a pas signé, ce n’est pas parce qu’il conteste son contenu mais qu’il a en vue une autre session du dialogue inter-burundais. Contrairement à la feuille de route de 2013, l’actuelle a prévu une commission de suivi et d’évaluation. L’on saura aussi que la feuille de route n’a pas été distribuée même aux signataires, « faute de recueillir toutes les signatures, notamment celle du parti au pouvoir ».

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