Elections 2020, Rencontres d'Ikiriho

Léonard Nyangoma conditionne la participation aux élections de 2020 à la tenue d’un “dialogue franc sans ou avec l’aide de l’extérieur”

En exil en France, Léonard Nyangoma (66 ans) ne semble pas pressé pour engager son parti, le Conseil National pour la Défense de la Démocratie, CNDD, dans le processus électoral de 2020. Interview avec Ikiriho.

Ancien président du CNARED, Leonard Nyangoma est à la tête du CNDD

2020, année de nouvelles élections générales approche à grands pas. Le CNDD compte-t-il participer au processus électoral ou ce sera la politique de la chaise vide ?

Le CNDD est un parti qui est très attaché à la compétition démocratique et à l’accès au pouvoir par voie démocratique. Toutefois, le CNDD ne pourrait participer à des élections où il n’aurait que le rôle de donner des apparences démocratiques à un scrutin inéquitable et injuste. La compétition démocratique exige que tous les partis aient les mêmes droits : droit de se réunir, droit d’accéder aux populations, accès équitable aux médias publics non seulement pendant la campagne électorale mais aussi dans ses activités politiques régulières, droit à la sécurité pour tous les leaders et militants, etc.

Quel regard portez-vous sur la CENI, félicitée par plusieurs pour avoir réussi l’organisation du référendum et des élections générales de 2015 ?

Les élections démocratiques exigent aussi des structures organisationnelles et arbitrales impartiales. La CENI dans sa composition actuelle a perdu toute crédibilité comme structure capable d’organiser des élections libres et équitables au Burundi.

Lors du référendum de 2018, les partis politiques et la coalition Amizero y’Abarundi ont pu battre campagne librement….

Le rôle du ministère de l’Intérieur dans l’organisation des scrutins mérite d’être revu pour plus de transparence et d’équité. Les principaux obstacles actuels à des élections libres et impartiales, notamment l’inadéquation et les lacunes des textes ; l’absence de paix et de sécurité et l’intolérance brutale du pouvoir en place, l’inféodation de la magistrature au pouvoir exécutif, le duo financier-médiatique… persistent.

Face à ce tableau sombre que vous dressez, quelles devraient être les solutions ?

Pour s’en sortir et remettre le processus démocratique sur les rails au Burundi, la classe politique doit se concerter pour un sursaut national et faire le constat de l’échec des processus électoraux et donc de la démocratie. Pour éviter les conflits cycliques résultant des processus électoraux biaisés, il ne sert à rien de continuer la politique de l’autruche et organiser des élections dont on est sûr de l’échec. D’ici 2020, il n’y aura pas de miracle au Burundi, le climat de tension ne sera pas dissipé par baguette magique. Pour accélérer la mise en place d’un climat d’apaisement et donc propice à des élections libres et honnêtes, il faut absolument que les Burundais dialoguent, se parlent avec franchise avec l’aide ou pas de l’extérieur. Le régime en place a le devoir de marquer le premier pas vers l’opposition, de donner des signes de détente en vidant les prisons de tous les détenus politiques, de rassurer les partis politiques de l’opposition et de la société civile, etc.

Le gouvernement est d’accord avec le dialogue, au Burundi ou à l’étranger mais pour parler des élections de 2020, surtout sur des garanties que l’opposition ne se retirera pas à mi-parcours électoral, et des garanties que ces élections ne seront pas un prétexte de perturbation de la sécurité comme par le passé…

Seules les négociations inclusives sur toutes les principales sources des crises politiques passées ou actuelles peuvent permettre la restauration des conditions nécessaires à tout le monde pour réfléchir et mettre en place une communauté de destin commun en tant que peuple nation. La compétition est importante dans la conception du pouvoir de telle façon que le peuple l’a consigné dans la constitution de 2005. Sinon il n’est pas une question de rater les échéances, c’est plutôt une question d’organisation des échéances. Il faudra impliquer le peuple dans ce processus de dialogue à travers une conférence nationale ou congrès du peuple de refondation de la nation à l’issue de ces négociations.

Encouragé par le climat dans lequel s’est tenu le référendum du 17 mai 2018, avant ou après le scrutin, le gouvernement du Burundi peut foncer sans ou avec une certaine opposition ; avec ou sans ce dialogue…

Je suis d’un certain âge, témoin de plusieurs processus électoraux au Burundi et même ailleurs. Même dans les pays où le processus électoral n’a pas dégénéré en conflit, le développement reste à la traîne, il y a aussi recul de la démocratie. L’exemple le plus éloquent est celui du Burundi. Depuis l’indépendance, notre pays a organisé cinq scrutins pluralistes, en 1961, 1965, 1993, 2005 et 2010, elles ont fait basculer le Burundi dans des crises politiques ininterrompues, car aucune de ces élections n’a été libre ou honnête.

2 Comments

  1. 1961 ne fait pas parties de ces élections non libres et transparentes. Tous les partis ont fait campagne sur le même pied d’égalité et sous la supervision des Nations Unies.

  2. Segatwa fabien

    Monsieur Lazare Hagerimana dit que les élections de 1961 ne sont pas comprises parmi les autres élections non libres et transparentes. Il avait quel âge et appartenait à quel parti pour apprécier?

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