Diplomatie, Justice, Politique Locale

“Aux rapports accusateurs onusiens, le Burundi devrait produire des contre-rapports avec des faits vérifiables”

L’ancien président Sylvestre Ntibantunganya a accordé ce mardi 20 mars une interview au journal Ikiriho sur les points d’actualité de la semaine.

Le Président Nkurunziza élevé au titre de « Visionnaire » de son parti. Votre commentaire ?

Je ne commente pas une décision au sein d’un parti politique. Ce serait une ingérence inexplicable.

Visionnaire du parti au pouvoir. Pas d’incidence sur la gestion des affaires de l’État?

Attendons. On verra ce qui va suivre.

Énième réunion de l’opposition la semaine passée à Liège en Belgique la semaine passée pour mettre sur pied un “Forum Citoyen ” contre l’amendement de la Constitution. Mais Bujumbura semble imperturbable. Des rencontres inutiles?

Pas inutiles parce que quand les gens se rencontrent pour discuter autour de la vie de leur pays, je pense que non seulement c’est un droit mais aussi un devoir. Seulement, il serait mieux et souhaitable que toutes les conditions soient réunies pour que ces diverses opinions qui cherchent à construire le pays puissent s’exprimer librement dans le pays, dans la sécurité ici au Burundi.

Certains opposants en exil estiment que la résistance armée est la meilleure voie pour faire plier Nkurunziza…

Il ne faudrait pas que les gens soient poussés jusqu’à en arriver là, parce qu’on a vu dans le passé que quand les pouvoirs se sont fermés pour ne pas écouter les autres, des stratégies de ce genre ont été adoptés. Qu’il suffise de rappeler ce qui s’est passé en 93. C’est pour cela que je plaide pour une expression libre de toutes les opinions politiques à l’intérieur du Burundi.

La commission d’experts des Nations Unies a présenté un rapport négatif sur tous les plans à la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU la semaine passée. Votre commentaire?

Ça serait intéressant que chaque fois que nous critiquons ces rapports, nous produisions des contre-rapports avec des faits vérifiables. Ça serait également indiqué que ceux qui font ces rapports soient invités ici sur terrain pour qu’ils voient ce qui se passe. Je pense qu’il n’y aurait plus de rapports et contre-rapports, de manifestations et de contre-manifestations parce que ce sont des faits qui en ce moment-là s’exprimeraient vis-à-vis des uns et des autres.

Le Vice-Président Gaston Sindimwo et le Secrétaire Général du parti CNDD-FDD Evariste Ndayishimiye défient quiconque montrerait des clauses de la Constitutions violées dans la nouvelle Constitution…

Pour résoudre de telles questions, il y a des mécanismes qu’on a expérimentés et qui ont été payants. C’est de mettre ensemble tous ceux qui expriment des points de vue sur cette Constitution: les partis politiques, les associations de la société civile, les confessions religieuses ; amener ce projet de Constitution, y aller méthodiquement, titre par titre, section par section pour voir effectivement ce qui pourrait être en contradiction avec l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi.

Le Général Ndayishimiye et M. Sindimwo disent que l’essentiel de l’Accord d’Arusha se résume dans le partage du pouvoir entre les Hutu et les Tutsi, les fameux quotas ethniques….

Si ça venait des visions partagées avec tous ceux qui sont intéressés au niveau des leaders sur cette Constitution, j’en serais davantage convaincu et ravi.

Dimanche 18 mars, le Président de la République a convoqué les électeurs pour élections référendaires. Tatien Sibomana a parlé de forcing. Votre analyse ?

Dans ma démarche politique, je suis partisan de la recherche d’un large consensus possible autour des questions fondamentales.

Beaucoup de rapatriés de la Tanzanie et pas du Rwanda …

Mon souhait plutôt serait qu’on ait une stratégie convaincante pour amener tous les Burundais maintenant réfugiés, non seulement au niveau des populations lambda mais aussi au niveau des leaders politiques et de la société civile. Tout ce monde nécessite une politique qui puisse les amener à retourner tous au Burundi. Nous gagnons tous à faire face ensemble aux problèmes que connaît ce pays, à y trouver des solutions, plutôt qu’à nous éparpiller.

Estimez-vous que les politiciens burundais doivent encore retourner à Arusha pour un autre round de dialogue?

Je pense que là il n’y a plus d’opposition. J’ai cru même comprendre à travers une interview donnée au 1er Vice-Président de la République que même le gouvernement était prêt à se rendre partout où la facilitation l’inviterait.

Le gouvernement se dit prêt au dialogue, seulement pour parler des élections de 2020 avec des garanties qu’aucun acteur ne s’en retirera plus …

Est-ce qu’il n’y a pas de problèmes aujourd’hui au Burundi ? S’il n’y en a pas, qu’ils se rencontrent et qu’ils se convainquent qu’il n’y en a pas. Mais moi, je suis convaincu qu’il y a vraiment de problèmes qui nécessitent que les leaders se mettent d’accord .L’important c’est de trouver une stratégie qui au niveau des résultats qu’elle accouche convainque la très large majorité des Burundais.

One Comment

  1. Ntahitangiye

    “Le Général Ndayishimiye et M. Sindimwo disent que l’essentiel de l’Accord d’Arusha se résume dans le partage du pouvoir entre les Hutu et les Tutsi, les fameux quotas ethniques….

    Si ça venait des visions partagées avec tous ceux qui sont intéressés au niveau des leaders sur cette Constitution, j’en serais davantage convaincu et ravi.”

    Ceux qui sont intéressés au niveau des leaders ?
    Oui ce sont les leaders qui se sont entendus à Arusha loin de la présence du peuple.
    Ce sont des leaders qui connaissent le contenu des accords d’Arusha et le peuple n’en sait rien.
    Le peuple est tout simplement victime des conflits des leaders sur les accords qu’il ignore.
    Ce sont des leaders qui ne veulent pas le dialogue intérieur et préfèrent le dialogue extérieur: une nouvelle exclusion du peuple.
    Une forme de constitution rédigée à l’extérieur pour diriger les Burundais. Cela n’existe qu’au Burundi.
    Les leaders devraient s’arrêter un moment pour voir ce qu’ils sont en train de faire.

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