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Tatien Sibomana: “Nous regrettons le forcing de convoquer les électeurs pour le référendum constitutionnel”

Au lendemain de la signature ce dimanche 18 mars du décret portant convocation des électeurs pour le référendum constitutionnel de 2018, l’opposant politique Tatien Sibomana réagit à cette décision du Président Nkurunziza. Occasion aussi de répondre à d’autres questions du moment.

Le Président de la République a convoqué les électeurs pour le référendum constitutionnel, 60 jours avant la date du 17 mai, une option prévue par l’actuelle Constitution. Votre commentaire ?

Nous regrettons le forcing devenu le mode de gouvernement depuis le processus électoral de 2015.

Allez-vous vous vous faire enregistrer pour participer à la campagne pour le Oui ou le Non?

Tout ce que j’exprime doit émaner des organes habités de l’Uprona de l’opposition. Tant que ces organes et nos partenaires de l’opposition, je cite ici le FNL d’Agathon Rwasa ne se sont pas encore concertés sur cette question, je préfère me réserver.

Pourtant élu en 2015, vous n’avez pas pris votre siège à l’Hémicycle de Kigobe. N’auriez-vous pas perdu votre qualité d’indépendant surtout que la campagne électorale est terminée depuis 2015?

Siéger au Parlement et être indépendant sont des statuts totalement différents parce que tous les indépendants n’ont pas eu les voix requises pour siéger au Parlement, mais ils n’ont pas perdu pour autant la qualité d’indépendants Amizero y’Abarundi. D’après l’article 98, paragraphe 2 de la Constitution, l’indépendant est toute personne qui lors de la présentation des listes ne figure sur aucune liste d’un parti politique. Qu’on nous montre la liste d’un parti politique sur laquelle nous figurons. Depuis 2015, nous avons été contraints d’être appelés des indépendants.

Par le fait-même de n’avoir pas occupé vos sièges à l’Assemblée Nationale, n’avez pas divorcé d’avec Agathon Rwasa?

Nous n’avons jamais rompu le contact avec le FNL d’Agathon Rwasa parce qu’on ne peut pas parler d’Amizero sans au moins les deux entités: Uprona de l’opposition et le FNL d’Agathon Rwasa.

Si jamais la décision était de participer à la campagne référendaire, allez-vous partir en solo ou avec Agathon Rwasa?

Jusqu’aujourd’hui, il n’y a aucune raison de partir seuls parce que notre partenaire subsiste toujours.

Le président Nkurunziza élevé au titre de visionnaire de son parti. Votre commentaire?

C’est son droit de solliciter un quelconque statut ou une quelconque considération au sein de sa formation politique. Seulement, il revient à ceux à qui la requête est adressée de lui réserver une réponse favorable ou pas. Ces derniers doivent avoir des critères pour lui réserver ce statut. Comme la question a été posée aux membres du CNDD-FDD, cela ne me concerne pas. Je ne crois pas que l’élévation au titre de « Visionnaire du CNDD-FDD » puisse avoir une incidence sur la vie du pays parce que si la question avait été posée au peuple, cela aurait nécessairement des répercutions, ce qui n’est pas le cas.

L’opposition « radicale » a vu dans ce titre de visionnaire l’intention du Président Nkurunziza de se représenter encore pour un quatrième mandat et même qu’il est parti pour devenir un président à vie…

Il faut retourner la question à ceux qui lui ont donné ce statut parce qu’effectivement, si demain il se consacrait candidat présidentiable à vie ou monarque pur et simple, faisant allusion à l’article 4 de la nouvelle Constitution, seraient-ils prêts à lui concéder sa volonté ?

Trop de réunions de l’opposition en exil élargies parfois à la société civile, la dernière étant celle de Liège en Belgique. Mais cela n’empêchent pas le pouvoir de Bujumbura d’aller tout droit vers le référendum constitutionnel et les élections générales. Des réunions inutiles?

Ce ne sont pas des réunions inutiles parce que le combat est politique, ce qui veut dire que la solution n’est pas nécessairement à courts termes, surtout si on a affaire à un système qui ne veut pas voir les réalités en face.

L’opposition radicale caresse l’idée d’une résistance armée…

J’ai le communiqué final du « Forum Citoyen ». Nulle part il n’est question de résistance armée. Par contre, tous ceux qui prônent la voie du dialogue rappellent toujours que le blocage ou le refus catégorique de cette voie peut ouvrir une brèche aux tenants de la voie armée.

Estimez-vous que les tenants de la voie armée soient capables de renverser le régime en place ? Ne serait-il pas rééditer les initiatives sans lendemains des mouvements comme le Forebu, RED Tabara? Des téméraires en d’autres mots?

C’est pour cela que nous sommes tenants de la voie du dialogue. Toutefois, chaque fois qu’un groupe quelconque a commencé une lutte armée, elle ne partait pas avec des assurances quant à l’issue de la guerre. Il en est d’ailleurs de même du système en place. On sait quand on commence la guerre mais on ne sait pas quand et comment on va la terminer.

Y a-t-il encore de la place au dialogue extérieur?

L’espace se réduit, certes, mais je ne désespère pas.

Probablement des élections en 2020 sans l’opposition en exil. Bonne ou mauvaise stratégie de cette opposition?

De façon générale, tant que les élections ne seront pas inclusives, ça sera au préjudice du peuple burundais, y compris même le parti au pouvoir. Dire que si l’opposition en exil ne participe pas est une bonne ou mauvaise stratégie, tout dépend de l’objectif de celui qui juge. Pour nous, l’objectif est la participation aux élections répondant aux normes et standards internationaux.

Une formule du Vice-Président Gaston Sindimwo : «  On refuse d’aller voter, mais on n’empêche pas ceux qui sont élus de vous diriger »…

C’est une analyse qui n’est pas du tout politique car quand vous n’êtes pas capables, ne fût-ce que limiter les dégâts, autant ne pas avaliser les manquements d’un système qui est contraire à vos intérêts et à ceux de ceux que vous êtes censés représenter.

Quels intérêts?

N’est-ce pas que l’Accord d’Arusha est en train d’être mis aux rencarts avec sa bénédiction, les conséquences étant la crise socio-économique qui n’épargne personne ? C’est la démocratie de consensus qui est mise en cause ; c’est l’inclusion des partis politiques minoritaires, la protection et l’inclusion des groupes ethniques, culturels, religieux minoritaires qui sont en train d’être remises en cause.

Justement, le 1er Vice-Président Gaston Sindimwo et même le Secrétaire Général du parti au pouvoir Évariste Ndayishimiye défient quiconque montrera une clause essentielle violée dans la nouvelle Constitution.

Il y en a plein de clauses violées, à commencer par le préambule, le rabais des majorités de vote de lois au Parlement, la suppression des deux postes de vice-présidents, les mandats de sept ans renouvelables, etc.

Les deux autorités martèlent que l’essentiel de l’Accord d’Arusha est sauvegardé dans la nouvelle Constitution : les équilibres ethniques  de 60% de Hutu et 40% de Tutsi dans l’administration, parité à la police et à l’armée…

La question n’est pas seulement le partage du pouvoir. Il s’agit aussi de l’exercice du pouvoir. L’Accord d’Arusha et la Constitution qui en émane parlent de la façon dont le pouvoir est partagé mais aussi et surtout de comment il est exercé. Dire que l’actuel projet de Constitution ne touche sur aucune disposition fondamentale de l’Accord d’Arusha, c’est soit ignorer le contenu de cet Accord et de la Constitution qui en émane, ou c’est une volonté délibérée de tromper l’opinion nationale et internationale qui ne sont pas suffisamment informées sur les deux textes fondamentaux.

Un rapport sur le Burundi négatif sur toutes les lignes au Conseil des Droits de l’Homme des nations Unies à Genève. Qu’en dites-vous ?

C’est du déjà connu : aucun rapport ne rencontre jamais l’assentiment du pouvoir en place. Sans entrer en détail, c’est que les violations des droits de l’homme existent toujours. Au niveau politique, il y a par exemple le refus du dialogue externe, le forcing pour le changement de la Constitution, emprisonnements arbitraires des membres de l’opposition, sans oublier les autres aspects des problèmes politiques qui restent pendants. Au point de vue sociologique, la situation va de mal en pis, c’est un secret de Polichinelle. Qu’il suffise seulement de citer la carence de médicaments avec les conséquences que cela entraînent. Citons aussi la carence de devises, le gel des annales, primes et indemnités sur les salaires des fonctionnaires, la hausse sans cesse de prix, etc.

Afflux de rapatriés en provenance de la Tanzanie, mais peu en provenance du Rwanda: pourquoi selon vous?

C’est une question sujette à beaucoup de controverses. Je ne peux donc pas m’aventurer à faire beaucoup de commentaires car il y a beaucoup d’informations qui ne sont pas à ma portée. Seulement, il faut souligner la volonté du gouvernement tanzanien à refouler les réfugiés burundais. Noter aussi la situation d’insécurité sans cesse répétée des réfugiés burundais en Tanzanie, tout comme les différentes visites des autorités burundaises dans les camps en Tanzanie plus qu’ailleurs.

Le Rwanda retiendrait ces réfugiés, c’est du moins l’explication officielle à Bujumbura…

Je n’en ai aucune preuve.

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