Justice

Grâce présidentielle : 740 condamnés dont 450 « manifestants » relaxés de la prison de Mpimba

La ministre de la Justice Aimée-Laurentine Kanyana a présidé ce 16 mars les cérémonies de relaxation de prisonniers dans le cadre de la grâce annoncée par le Président Nkurunziza le 31 décembre. Quatre faits inédits.

2.800 condamnés déjà relaxés dans les autres prisons du pays ; 740 libérés à la prison de Mpimba de Bujumbura. Si en soi le total d’environ 3.500 graciés est important par rapport aux autres années, ce qui frappe le plus, ce sont les catégories de condamnés qui ont joui d’une faveur spéciale pour être éligibles à la clémence présidentielle. C’est notamment 450 « manifestants de 2015 » condamnés pour atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. C’est aussi le cas de 200 femmes relaxées dont 40 à la prison de Mpimba. Ce nombre est élevé quand on sait que généralement, les femmes sont condamnées pour de lourdes peines incompressibles, la plupart étant écrouées pour avortement ou infanticide. La grâce a touché également les détourneurs de deniers publics et ceux qui purgent des peines de contraintes par corps, fait rare même en cas de grâce présentielle.

Autre fait inédit aura été la qualité des invités. A part les hauts cadres du ministère de la Justice, la cérémonie a vu la participation des représentants des chancelleries étrangères à Bujumbura, notamment les ambassadeurs de France, de l’Union Européenne, du Mali, du Nigéria, etc.

L’ambassadeur de France Laurent Delahousse a révélé la motivation de sa présence à la plus grande prison du Burundi : « Je participe à cette manifestation pour saluer la libération de prisonniers dont on peut se demander si certains n’auraient rien commis d’autre que ce qu’on pourrait qualifier de  délits d’opinion et car l’Ambassade de France appuie l’association Ntabariza-SPF de soutien aux prisonniers, notamment son projet d’identification des prisonniers ».

«  C’est le mois dédié à la femme »

L’ambassadeur Delahousse n’a pas manqué de glisser : «J’ai été frappé par l’annonce la semaine dernière de la condamnation à dix ans de prison de trois collaborateurs de l’association PARCEM, qui fait l’objet d’un appel et que je ne commenterai donc pas plus».

Le troisième fait a été la présence de la ministre de l’Éducation Janvière Ndirahisha, en sa qualité de présidente du Forum National des Femmes: “Je ne pouvais résister à l’envie de venir à cette cérémonie quand j’ai appris que 200 femmes allaient être graciées, surtout en ce mois dédié à la Femme”. La ministre s’est félicitée aussi de la libération de 80 mineurs en conflit avec la loi à travers tout le pays. L’on retiendra que chaque femme a eu droit à 8 kg de riz comme paquet retour « afin de se présenter avec dignité en famille ».

Enfin, qui aurait parié que la vedette du jour serait le président de l’Association Solidarité avec les Prisonniers et leurs Familles « Ntabariza», Jean Marie Nshimirimana ? Dans son mot de circonstance, cet ancien prisonnier a pu prouver sa forte popularité auprès des prisonniers, notamment par sa capacité de les galvaniser. La ministre Kanyana n’a pas caché son appréciation : “Je ne me serais jamais imaginée qu’il était si efficace ; mais son interaction avec les prisonniers relaxés ici présents m’en convainc”.

Signalons que la ministre de la Justice a exhorté les graciés entre autres à “ne pas retomber dans la récidive et à ne pas s’exiler”.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*