Économie, Rencontres d'Ikiriho

Tim O’Hanlon: « La mission de Tullow Oil ici est d’explorer le pétrole onshore au Burundi »

Ikiriho s’est entretenu avec Tim O’Hanlon, le “Monsieur Afrique” et vice-président du britannique Tullow Oil, qui était en visite de travail à Bujumbura ces lundi et mardi.

Il y a de l’excitation dans l’air en sachant qu’une compagnie sérieuse et spécialisée dans l’exploration et l’exploitation pétrolifère s’intéresse au Burundi… Pourquoi êtes-vous à Bujumbura ?

Je suis heureux d’entendre qu’il y a de la joie au sujet de ma présence au Burundi, merci pour ce compliment. Nous sommes connus maintenant parce que Tullow a aidé trois pays africains à figurer sur la liste des producteurs de pétrole, le Ghana, l’Ouganda et le Kenya. Les deux derniers sont dans la vallée du Rift, laquelle traverse le Burundi ainsi que le Lac Tanganyika, via la plaine de Rusizi. Cela nous donne donc le droit d’envisager des possibilités de trouver du pétrole, ou du gaz au Burundi.

A un certain moment, on a évoqué au Burundi la possibilité d’exploiter le pétrole du lac Tanganyika…

C’est connu depuis longtemps que le lac Tanganyika renferme du pétrole tapi dans ses profondeurs. Mais le Tanganyika en soi peut être un grand défi pour l’industrie pétrolifère, et certainement pour Tullow, pour son exploitation. Avec un baril de pétrole à 60$, je pense que c’est à d’autres entreprises de tenter.

Il y a donc un réel potentiel de voir le Burundi devenir un producteur de pétrole ?

A part la partie du Rift au Burundi qui est onshore, il y aussi un bloc que le Gouvernement burundais a ouvert pour l’exploration industrielle, et qui intéresse Tullow. C’est pourquoi je suis ici, pour une discussion avec les autorités compétentes, le ministère en charge des Mines et le département de géologie, et voir les données disponibles, qui sont très bien organisées par ailleurs. Après cette étape, nos experts vont étudier tout cela, et alors on pourra avancer vers la signature d’un contrat d’exploration pour un temps fixe. Et si Dieu le veut, nous allons trouver quelque chose. Mais ce qui doit être souligné, c’est que notre travail sera l’exploration. Il n’y a pas d’assurance de trouver du pétrole onshore. Qui ne tire pas, ne marque jamais : ce principe dans le football s’applique aussi à notre industrie.

Tim O’Hanlon: “L’accueil au Burundi a été très chaleureux”

Quelle a été la réaction des pays dans lesquels vous avez été, sans trouver du pétrole ?

Le Rift s’étend de l’Éthiopie au Mozambique. Les pays traversés présentent le potentiel d’avoir du pétrole dans leurs sous-sols. Nous avons par exemple creusé quatre puits en Éthiopie, avec d’importants investissements, et nous étions naturellement déçus de ne pas en trouver, tout comme les autorités éthiopiennes. Mais c’est la nature de ce business, et les professionnels savent gérer les déceptions de ne rien trouver et, parfois, le succès des explorations. Ils comprennent que tous les pays ne sont pas bénis avec des hydrocarbures. Mais cela ne nous empêche pas d’essayer d’en trouver, et c’est pourquoi nous sommes ici au Burundi.

Quelle expérience avez-vous eu avec le Kenya et l’Ouganda, donc nous partageons la même Communauté des pays de l’Afrique de l’Est ?

Dans notre business, il y a ce fameux terme de « first mover advantage ». Quand il s’agit de l’Afrique, je ne pense pas que cela soit un avantage d’être le premier à s’engager dans un processus d’exploration d’un filon pétrolifère. Par exemple, pour le Ghana, nous avons trouvé du pétrole offshore. Les parties prenantes dans cette aventure sont les poissons, et les pécheurs. L’offshore est certes coûteux, mais il est modularisé et se présente avec plus de facilités. L’onshore est beaucoup plus délicat. En Ouganda, cela n’a pas été une seule accumulation découverte, mais une série de différentes trouvailles qui, additionnées, sont devenues commercialisables. Il y a beaucoup d’infrastructures à mettre en place, un pipeline à tracer jusqu’à la côte, à plus d’un millier de kilomètres, plusieurs communautés qui doivent participer au succès du projet… Au Kenya, la région du Turkana où nous avons trouvé le pétrole est un coin très reculé et défiant, là aussi à des centaines de kilomètres de la côte, à Lamu.

Ce sont donc des projets beaucoup plus coûteux…

Dans le cas de l’Ouganda ou comme au Kenya, vous avez autour de 10 milliards $ à engager avant que la production ne commence, et après la découverte du filon. Ce sont des projets énormes, avec plein de parties prenantes, des problèmes fonciers, d’eau, communautaires, souvent dans des parties du pays qui ont été négligés et qui se retrouvent du jour au lendemain en face de grands défis de développement. Le Burundi ne sera donc pas différent. C’est un long chemin avant d’atteindre le marché international à partir de la plaine de la Rusizi… Mais avant cela, nous devons d’abord trouver le pétrole, s’il est là. Et ça c’est notre boulot.

Quel a été l’accueil au Burundi ?

Le Ministre et toute son équipe ont été chaleureux, ouverts, disponibles pour les questions de Tullow. C’est une belle opportunité d’affaires ici. Chaque pays a ses problèmes, et le Burundi de même, mais ce que Tullow peut vous offrir, c’est son professionnalisme.

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