Culture

Kidum de retour à Buja: “Je ne referai pas l’erreur de répondre aux polémiques comme lors de ma dernière tournée”

A la veille de son retour sur scène au Burundi après sa tournée de janvier 2017 qui avait nourri de longues polémiques sur fond d’accusation de soutien au pouvoir de Bujumbura, la superstar de la musique burundaise Kidum se confie à Ikiriho.

Jean-Pierre Nimbona, alias Kidum, est un musicien burundais basé à Nairobi. Il a été nommé meilleur artiste masculin de l’Afrique de l’Est aux Kora Awards 2012

Vous revenez au Burundi pour un concert une année après une tournée qui avait provoqué beaucoup de polémiques politiciennes. Est-ce que vos relations avec certains de vos fans se sont normalisées depuis?

Avec l’histoire douloureuse de notre pays, il se fait que les Burundais se sont progressivement attachés à la politique, jusqu’à en faire le barème de tout. Qu’importe quel sujet que vous abordiez, surtout pour nous les artistes, il y aura des Burundais qui vont ramener des débats, par ailleurs stériles, sur la politique. Et avec les réseaux sociaux, ça s’est empiré. Dans la tête de certains, plus on se chamaille sur des sujets politique, plus on fait preuve de son amour pour le pays… La conséquence de tout cela est que surtout en milieux urbains, on passe beaucoup de temps en polémiques et critiques vaines qu’à produire et travailler pour améliorer son sort et l’image du pays.

Mais début 2017 avec votre tournée, vous avez ajouté de l’huile sur le feu si l’on peut dire en intervenant à plusieurs reprises dans la polémique qui accompagnait votre séjour…

Oui, et ce fut l’erreur que j’ai commise. Il fallait que je reste dans la musique. Il ne fallait pas que je réponde par exemple aux questions liées à la sécurité car je ne peux l’assurer à la limite que dans ma maison. La santé? Je n’ai de données précises que sur la mienne. L’économie du pays me dépasse, à peine je peux gérer la bourse de ma famille. Donc, il me fallait un peu plus d’humilité, et rester dans mon domaine. Je voudrais donc souligner que je viens au Burundi pour jouer uniquement de la musique. Que ce soit mes fans ou vous les journalistes, ne vous attendez pas que j’évoque autre chose que la musique.

Justement, sur ce plan, estimez-vous que la crise de 2015 a eu des conséquences sur la scène musicale burundaise ?

Tous les artistes burundais actuellement sont d’une manière ou d’une autre le produit des différentes crises qu’a connu le pays. Les malheurs qu’endurent les peuples n’empêchent pas la créativité artistique, au contraire, l’art est un moyen de les dénoncer et d’essayer d’unir encore et encore les populations. L’apartheid en Afrique du Sud nous a donné Lucky Dube et Hugh Masekela qui ne sont plus, Yvonne Chaka Chaka, et bien d’autres. Aux États-Unis, la ségrégation raciale a donné naissance à la saoul-musique, nourrit le jazz, tandis que les malheurs des ghettos noirs nous produisaient le hip-hop. Je pense que la crise a beaucoup plus affecté la capacité d’achat des ménages, leur moral, plutôt que la capacité créatrice des artistes burundais.

Vous revenez au Burundi dans le cadre de concerts en hommage à Jean Christophe Matata. Que vous inspire-t-il?

Matata était d’abord un grand-frère du quartier, à Kinama, quartier Ngozi. Quand nous rentrions des terrains de foot, dont j’étais un très grand amateur avec notamment les matchs inter-scolaires, on nous montrait là où il habitait Quand “Amaso akunda”, “Mukobwa ndangowe” sortaient, c’était une fierté pour tout le quartier, sa carrière et ses œuvres rythmaient nos vies même quand il a déménagé vers Kamenge avant de s’installer au Rwanda. Il a été l’étincelle à la base de ma passion pour la musique, à partir de mes 12 ans. C’était un modèle pour moi et pour des milliers de gosses des quartiers nord de Bujumbura. Et comme tous les modèles, il m’a incité à le dépasser, à mieux maîtriser les instruments, la voix… J’en profite d’ailleurs pour appeler tous les Burundais à se mobilier pour un autre monument de la musique burundaise qui a besoin d’aide: Aaron Tunga. Il est gravement malade, et il mérite le plein soutien de tous ceux qui savent sa valeur pour faire rayonner les talents musicaux burundais.

Quel message apportez-vous avec votre retour au Burundi?

Il faut que les Burundais apprenions à célébrer et chérir ce qui nous unit, plutôt qu’à nous cramponner à la politique qui nous divise en fin de compte.

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