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Yves-Lionel Nubwacu : « Arusha risque d’être une vaste escroquerie »

Réagissant aux propositions faites par différents protagonistes présents à Arusha, Yves-Lionel Nubwacu, Conseiller à la Présidence de la République qui dit s’exprimer à titre individuel redoute que ce « énième round de pourparlers » ne soit un remake de l’Accord d’Arusha venu pour tenter de mettre fin à la crise de 1993.

Yves Lionel Nubwacu, Conseiller à la Présidence

Une certaine opinion estime qu’un Accord Bis d’Arusha sera scellé et parrainé par les Chef d’Etat de l’EAC le 8 décembre. Une histoire qui se répète…

Certaines gens de l’opposition ou qui en sont proches souhaitent revoir les contingents sud-africains, la MINUB et autres structures onusiennes qui ont fait le bonheur d’une petite catégorie de l’élite de la capitale qui a trop mal vécu la victoire du CNDD-FDD en 2005 et le départ progressif des Nations Unies du Burundi. Ceci n’est qu’un détail qui mérite quand même d’être souligné car certaines revendications qui ont été formulées à Arusha dénotent plus une certaine nostalgie d’une époque révolue dont certains ont un mal fou à faire le deuil. Actuellement à Arusha, certains pensent que le contexte de 1993 reste d’actualité. Ils croient que les soubresauts commencés en avril 2015 peuvent leur servir de tremplin pour arriver à récolter ce qu’ils n’ont pas semé. Cela se voit à travers des revendications contenues dans la proposition soumises à la médiation durant ce round de dialogue.

Lesquelles par exemple ?

Ne perdons pas notre temps à entrer dans les détails sordides de ce document. Tout se résume en ceci : remettre à plat tous les acquis de dix ans de démocratie pour leurs beaux yeux. Ils ont même eu le toupet de demander la dissolution de nos forces de défense et de sécurité. Le caractère irréaliste de certaines propositions à la table du dialogue est une preuve que certains ont acquis ce fameux réflexe pavlovien. Croyant aveuglement que les mêmes causes produisent les mêmes effets, ils sont à Arusha l’appétit aiguisé, la langue pendouillant, se mettant à rêver à un retour triomphant sous escorte onusien comme jadis.

Réflexe pavlovien ?

Si cela n’était pas un réflexe conditionné, comment alors comprendre qu’ils puissent revenir avec les mêmes exigences qu’en 2015 alors que leur révolution de pacotille n’a duré que le temps d’un feu de paille ? Comment comprendre que ces mêmes hommes et femmes supposés être sensés en soient à reprendre moutonnement des revendications que non seulement le gouvernement du Burundi a rejetées mais aussi que la communauté internationale n’a pas endossées ? Comment comprendre l’obstination des hommes et des femmes pour une cause perdue long temps à l’avance, qui ne tient debout que grâce à l’appui de certaines puissances occidentales dont les buts poursuivis n’ont rien à voir avec les intérêts du peuple burundais ?

Pourtant, certains se désolent de ce cycle de violences/dialogues incessants depuis 1994, même quand l’espoir est permis d’espérer qu’on s’en est sorti …

C’est pourquoi j’ai parlé de réflexe quasi pavlovien de certains acteurs politiques. Il faudrait d’ailleurs remonter à 1993 avec l’assassinat du premier président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, pour mieux comprendre le phénomène. Le contexte politico-sécuritaire de l’époque a permis à ceux qui avaient décapité la démocratie de revendiquer des positions politiques que leur avaient refusé la population via les urnes. Qui n’a pas en sa mémoire les humiliations subies par Léonce Ngendakumana, Jean Minani, Sylvestre Ntibantunganya, etc. Ils étaient obligés de céder à tous les caprices des putschistes qui venaient d’assassiner le président Ndadaye et ses collaborateurs et qui s’en prenaient à longueur de journée et de nuit à une population qui, avec des moyens de bords résistait et payait le plus lourd des sacrifices pour sauver une démocratie chèrement acquise. Les populations de Kamenge, Mutakura, Kinama, Butere…rien que dans la ville de Bujumbura, ont le souvenir encore vivace des bombes et des tirs à balles réelles qui ont emporté des centaines de milliers de vies humaines. C’est dans ce climat que des gouvernements de transition à la pelle verront le jour dans un chaos indescriptible où chacun y allait de sa petite menace auprès des dépositaires du pouvoir issu de l’urne pour se voir attribuer un poste ministériel avant de s’en vanter à la télévision : « Ico umwana w’umwami aririye…» (Ce que revendique l’enfant du roi, finit par l’avoir). Certains analystes baptiseront cette situation inédite dans les annales de la politique de coup d’Etat rampant qui cessera de ramper le 25 juillet 1996 avec le retour du Major Buyoya à la tête du pays. Ce qui a suivi est connu, dont les propositions faites par les différents protagonistes présents à Arusha…

Votre position par rapport à Arusha ?

Le processus démocratique tel qu’il a été remis sur les rails en 2005 ne devrait en ce moment où nous nous dirigeons vers le rendez-vous de 2020 souffrir d’aucune remise en question. Certes, des améliorations peuvent être apportées, mais le pays ne peut pas continuer à se conformer à la volonté de certaines personnes qui ont déjà prouvé leur médiocrité par le passé. Personne ne doit être dupé par ce tapage autour d’Arusha. Le chemin parcouru est déjà assez long et personne ne devrait nous faire reculer. La paix et la stabilité actuelles ne doivent pas être sacrifiées sur l’autel des intérêts de quelques individus qui aveuglés par le sentiment d’invulnérabilité leur procurée par l’appui de certaines puissances occidentales se sentent le droit d’enterrer leur peuple. Ce sont ces mêmes individus dont le score durant tous les scrutins organisés depuis 2005 a tout le temps frôlé le ridicule. Ni la médiation, ni les autres membres de la communauté internationale ne doivent se rendre complices de cette vaste escroquerie.

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