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« Il y a des enjeux géopolitiques qui entravent le dialogue inter-burundais », analyse Médard Muhiza du CAPS

L’expert associé au Centre d’Analyse Politique et Stratégique (CAPS) espère que le prochain round du dialogue inter-burundais à Arusha aboutira à une feuille de route pour les prochaines élections. Mais il entrevoit une entrave à sa mise en exécution : la donne géopolitique, plus précisément le rôle du Rwanda et de la Belgique.

Activiste et analyste politique, Médard Muhiza est fortement engagé dans le développement communautaire au Burundi

Que pensez-vous du dialogue qui s’ouvre ce lundi à Arusha ?

Notre centre suit de près le dialogue inter-burundais depuis son début. Nous nous réjouissons de cette initiative de la sous-région qui vise à aider le Burundi à recouvrer une paix durable. Néanmoins, le centre est inquiet de la durée très longue que prend ce dialogue et souhaite qu’il prenne fin afin que les Burundais s’attellent à d’autres préoccupations plus en phase avec les objectifs de développement socio-économique. Nous suggérons à la facilitation de donner aux politiciens une feuille de route claire et précise qui engage les acteurs politiques à la préparation du calendrier électoral de 2020. Une feuille de route qui fixe les règles du jeu acceptables par tout le monde et qui fixe des balises contre les discours de haine et respectueux de la volonté du peuple à se choisir des dirigeants à travers les urnes.

Vous évoquez une mise en place d’une feuille de route alors que l’histoire démontre que bien d’autres feuilles de route n’ont pas été respectées…

Effectivement, il y a eu plusieurs feuilles de route accompagnant le processus électoral. On peut citer tout récemment, celle qui visait 2015. Elle était pilotée par le représentant du BNUB, Parfait Onanga Onyanga. Elle n’a pas été respectée dans son entièreté à cause de certains politiciens burundais qui croient toujours arriver au pouvoir sans consulter le peuple. La facilitation devrait mettre des garde-fous dans la nouvelle pour que dorénavant le processus électoral tel que légué par le Héros de la Démocratie soit respecté par tous les politiques. Nous sommes confiants que cette feuille de route tiendra la route vu qu’il aura du poids.

Quel poids aura-t-il différent de celui de Kayanza ?

Elle est le produit d’un long processus émanant de deux résolutions du Conseil de Sécurité : la 2248 du 12 novembre 2015 et la 2279 du 1er avril 2016. Elle émane aussi du consensus du Sommet des Chefs d’Etat de la sous-région, lequel sommet a mis sur pied la facilitation avec comme médiateur le Président Museveni. La session du dialogue se déroule aussi dans un climat sécuritaire favorable à tous les acteurs politiques.

En scrutant ce qui débute à Arusha, quelles embûches éventuelles à ce dialogue en vue ?

Selon notre analyse, l’ouverture d’enquêtes autorisées par la CPI et précédée par la décision souveraine du Burundi de quitter le Statut de Rome vient perturber les efforts des uns et des autres comme l’ont souligné les Présidents Magufuli et Museveni. Pour le centre CAPS, il est plus qu’urgent de clôturer dans les plus brefs délais le dialogue afin que ce processus ne soit entaché par des jeux géopolitiques des uns et des autres.

Que voulez-vous dire par “jeu géopolitique” et qui sont ces “uns et les autres” ?

Depuis la crise de 2015, le Rwanda n’a jamais caché ses visées géopolitiques sur le Burundi. Kigali veut casser à tout prix le modèle socio-politique assumé et promu par le pouvoir de Bujumbura. Depuis dix ans, la promotion de la réconciliation et de l’unité nationale a été la principale préoccupation de Bujumbura jusqu’au point où les Burundais n’ont plus de gêne à assumer leurs appartenances ethniques et en revendiquer les droits qui vont avec, lesquels droits sont par ailleurs prévus par la Constitution de leur pays. Ce qui n’est pas le cas au pays des mille collines où la minorité règne magistralement et sans partage. Des deux côtés des rives du Kanyaru, deux approches différentes: au Burundi, on a une majorité au pouvoir qui valorise les minorités, et au Rwanda, on a une minorité qui n’entend pas valoriser la majorité et qui préfère occulter les ethnies. Ainsi, ce modèle burundais complexe sape sérieusement la communication d’État du Rwanda, poussant ainsi Kigali à faire tout ce qui est à son pouvoir pour déstabiliser les institutions démocratiques au Burundi et tenter d’instaurer des marionnettes à Bujumbura. C’est pour cette raison que le CAPS demande avec insistance aux Chefs d’État de la sous-région de ramener le Rwanda à la raison. Ce pays doit rester circonscrit à l’intérieur de ses frontières et doit cesser ses velléités hégémoniques sur le Burundi et sur la RDC. Le CAPS estime aussi qu’il est judicieux que la même communauté internationale demande clairement au gouvernement du Rwanda de cesser son soutien aux rebelles burundais qu’il héberge, forme, équipe militairement et essaie de projeter sur le territoire du Burundi via la RDC.

D’autres aspects géopolitiques ?

Selon nos analyses, la Belgique joue aussi un rôle néfaste. L’ancien colonisateur a pris les devants de la scène en pratiquant une politique de deux poids deux mesures. D’une part, en félicitant un pouvoir qui vient d’effectuer quatre mandats à Kigali et, d’autre part, en faisant pleuvoir sur Bujumbura toute une série de sanctions à cause d’une interprétation d’un mandat dans la Constitution, les uns estimant qu’il s’agit d’un deuxième mandat et d’autres d’un troisième. Pour ce faire, le CAPS demande à la Belgique de cesser son jeu cynique consistant à faire étouffer financièrement notre pays à travers l’UE et d’autres bailleurs. En tant qu’ancienne métropole, son rôle devrait être la consolidation de la paix dans la région des Grand Lacs.

A travers ce dialogue, que peut faire la Communauté internationale ?

Aujourd’hui, le Burundi est un pays structuré administrativement, à la différence de beaucoup d’autres en Afrique. Que ce soit les ONGs qui viennent assister le Burundi dans ses efforts de développement et de lutte contre la pauvreté, que ce soit les observateurs de l’UA qui sillonnent ce pays depuis 2015, leur feed-back est commun : le Burundi est debout. Et pour preuve : la chaîne pénale existe, l’administration fonctionne et maille tout le territoire, les enfants vont à l’école, les centres de santé et hôpitaux du pays sont à moins de deux kilomètres du citoyen lambda, les infrastructures routières sont en bon état, le désenclavement numérique est déjà entamé, la sécurité règne sur tout le territoire du pays. Le CAPS estime que comme pays souverain, le Burundi mérite mieux que cette sorte de blâme collectif provenant de certains pays. Seul le renforcement des capacités des structures locales est nécessaire pour faire fonctionner « la machine Burundi ». Enfin, nous exhortons la communauté internationale impliquée dans la facilitation de mettre en garde nos hommes politiques pour qu’ils s’habituent dorénavant à accepter sans vergogne le verdict du peuple.

2 Comments

  1. ça n’a rien d’analyse géopolitique. Le titre et le contenu n’ont rien en commun.

  2. Rubunda Melchior

    toujours le Rwanda……….ou la Belgique

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