Diplomatie

Léonard She Okitundu : « Nous regrettons le retrait de la République du Burundi de la CPI, mais nous le comprenons »

En visite de travail de deux jours à Bujumbura, le Vice-Premier ministre congolais en charge des Affaires étrangères souligne “l’excellence des relations bilatérales entre le Burundi et la RDC”, et revient sur le retrait du Burundi de la Cour Pénale Internationale.

Le MAE de la RDC She Léonard Okitundu interviewé par le Directeur des Publications d’Ikiriho, Philippe Ngendakumana

Quelle est l’état des lieux des relations bilatérales entre le Burundi et la RDC ?

Les relations entre la République Démocratique du Congo et la République du Burundi sont excellentes. La tenue de la première session de la consultation ministérielle bilatérale entre les deux pays en est une preuve. Nous sommes en étroite collaboration avec les autorités burundaises, les deux chefs d’Etats se rencontrent régulièrement. Dernièrement moi-même j’ai été porteur d’un message du chef de l’Etat Kabila au Président Nkurunziza ici à Bujumbura. En plus de cela, le premier vice-président de la République du Burundi a rencontré le président Kabila lors des assises de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs à Brazzaville. De commun accord, on a décidé que la consultation bilatérale entre les deux pays se tient le plus rapidement possible. Les paroles viennent de rejoindre les actes, le président de la République nous a dépêchés ici à Bujumbura pour la réunion de cette consultation bilatérale, ce qui prouve effectivement que les relations entre les deux pays sont au beau fixe.

Le retrait du Burundi de la Cour Pénale Internationale qui sera définitif dans deux jours, quelle lecture faites-vous de ce retrait et quelle lecture faites-vous de la Cour Pénale Internationale ?

Nous regrettons le retrait de la République du Burundi de la CPI, mais nous le comprenons. Nous-mêmes, nous avons participé à la conférence diplomatique qui a donné naissance au Statut de Rome. La RDC a été le pays qui a permis la ratification, c’est-à-dire l’entrée en vigueur de ce Statut de Rome à New York parce qu’il fallait 60 ratifications pour que ce Statut de Rome soit mis en vigueur et c’est le Congo qui a donné cette possibilité. En plus de cela, nous avons collaboré étroitement avec la CPI pour le transfert de certaines personnes qui ont connu les infractions de droit international dont la Cour Pénale est compétente. Mais dans la pratique, il y a eu beaucoup de griefs qui ont été formulés contre cette juridiction. On a remarqué que la CPI avait une pratique discriminatoire: la plupart des personnes visées par ses mandats sont d’origine africaine et notamment les chefs d’État et des gouvernements.

Quelle a été votre réaction face delà ce constat ?

Cela a donné lieu à des consultations au sein de l’Union Africaine, avec au bout une recommandation faite par l’UA effectivement de se désengager du Statut de Rome. La question reste encore en discussion au sein de l’UA, mais il y a certains pays qui, radicalement ont décidé de sortir parce que c’est une manière de stigmatiser la partie discriminatoire à laquelle j’ai fait allusion toute à l’heure. La République du Burundi n’est pas la seule à se retirer : il y a aussi l’Afrique du Sud. Cela montre que si on veut que le Statut de Rome reste un texte de référence pour le continent africain, je pense que nous devions profiter de la conférence des États parties pour poser le problème de cette partie discriminée et qu’on trouve un remède le plus rapidement possible. Sinon tous les autres pays africains ou la majorité des pays vont suivre le Burundi et l’Afrique du Sud. Mais nous espérons qu’il y aura une amélioration. Ce serait dommage que nous en arrivions là.

Selon la CENI Congolaise, la présidentielle ne peut pas se tenir avant avril 2019. Vous ne redoutez que l’opposition puisse arguer de l’article 64* de votre Constitution pour rendre le pays ingouvernable avec émergence des rébellions qui déstabiliseraient la sécurité au Congo, voire au Burundi ?

Non. On ne peut pas évoquer cette disposition constitutionnelle de manière arbitraire. Encore, faudrait-il que les conditions requises soient remplies pour user de cette disposition. Sinon le gouvernement pourrait invoquer la même disposition pour mettre l’opposition hors d’état de nuire. Je dois vous faire remarquer que le pouvoir organisateur des élections, c’est la CENI. Lorsque la CENI a fixé un calendrier après avoir consulté tous les partenaires attitrés, le calendrier doit s’imposer et personne ne pourra le remettre en cause. Je vous dis ici que ces partenaires sont équitablement représentés, non seulement au sein du Conseil National de l’application de l’accord, mais aussi au sein du gouvernement et la Commission électorale elle-même. L’opposition, la majorité des sociétés civiles sont représentés dans tous ces organes-là. Si ces organes ont dégagé un consens pour un calendrier à publier par la CENI, il y a une obligation constitutionnelle à respecter les décisions de la CENI.

A quand la publication du calendrier électoral en RDC ?

Nous attendons l’annonce de la CENI. A ce moment-là, tout le monde sera fixé.

* L’article 64 de la RDC : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi. »

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