Société

Nicodème Bugwabari, historien et sociologue: “La multitude des fêtes sociales appauvrit les familles burundaises”

« Les fêtes appauvrissent les familles du fait des dépenses qu’elles occasionnent, mais aussi du fait qu’elles mobilisent les gens pendant des journées au cours desquelles ils auraient pu faire un travail productif », indique Nicodème Bugwabari, historien et sociologue du politique, enseignant à l’université du Burundi.

Le professeur Bugwabari constate que les fêtes deviennent nombreuses au Burundi

En effet, explique-t-il, parfois les fêtes commencent déjà le jeudi. C’est dire que ceux qui y participent auront travaillé seulement trois jours sur cette semaine, et le vendredi devient du coup un jour férié. Par ailleurs, indique le professeur Bugwabari, les Burundais en général ressentent de la fatigue et de l’anxiété devant des cotisations et contributions devenues insupportables. Il conseille la suppression de certaines fêtes ou la réduction du nombre de personnes qui doivent y participer.
Ainsi, “la cérémonie de Gukaraba, qui se déroule juste après l’enterrement, devrait concerner seulement la famille restreinte et se dérouler au domicile du défunt. La cérémonie de levée de deuil partielle devrait également être supprimée”. On se contenterait alors de celle de « Guca mubihunda », qui marque la fin du deuil des membres de la famille proche pour qu’ils reprennent le travail, chacun selon son métier, et de celle de la levée de deuil définitive.

Pour lui, il faudrait insister sur les valeurs présentes au cœur de chaque fête, selon la tradition, et éviter d’accorder trop d’importance aux nombreux ajouts onéreux de la modernité, uniquement de nature à fatiguer les Burundais, en particulier les familles aux revenus très modestes.
Il conseille également aux Burundais de ne pas céder à la culpabilisation excessive liée au manque de contributions matérielles mais, au contraire, de faire renaître les valeurs culturelles, en élaguant sans pitié les éléments à la fois inutiles et onéreux: « Autrement dit, on ne pourra jamais s’en sortir et on restera dans de sempiternelles lamentations », souligne-t-il.

Car les fêtes deviennent nombreuses: celles relatives au mariage, notamment l’officialisation des fiançailles, la dot, le mariage lui-même et la levée de voile, celles liées à la naissance, aux funérailles, à l’entrée dans le rang des Bashingantahe et à l’inauguration d’une nouvelle maison, les fêtes religieuses (le baptême, la première communion, la communion solennelle, la confirmation, la messe des prémices, des premiers vœux religieux, la profession perpétuelle, les jubilés, et les fêtes musulmanes comme la fin du jeûne de Ramadhan, la Tabaski, etc).

Il y a aussi des fêtes liées à la modernité, telles que la fête de Saint Valentin, dit aussi fête des amoureux du 14 février, les anniversaires de naissance ou de mariage, les voyages de lune de miel, les fêtes de Noël et de Nouvel an, la fin de l’école secondaire ou de l’université, les voyages d’études, les pique-niques, les soirées dansantes, etc. Ces fêtes sont, selon lui, aussi nombreuses qu’onéreuses: « On dirait que les gens rivalisent d’ardeur. C’est à celui qui aura dépensé le plus d’argent, en invitant le plus de monde, de s’enorgueillir après, en commentant sur « une fête digne de ce nom », s’exclame-t-il.

Pour Justin N, un jeune homme de 35 ans qui a trouvé du travail depuis quatre ans, les contributions aux différentes fêtes ne permettent pas de faire un investissement. Cela fait trois ans qu’il a une fiancée et tente de faire des économies pour organiser les cérémonies de dot et de mariage, mais il n’y arrive pas: « Mon salaire est maigre. Or, en plus de payer mon loyer et ma ration, je dois payer les contributions aux diverses fêtes de mes amis, collègues et parentés. Car si je ne contribue pas, je risque d’être perçu comme quelqu’un d’insociable, voire de marginal. Comment voulez-vous que je puisse épargner dans ces conditions? », se lamente-t-il, souhaitant que le gouvernement s’investisse dans la réduction des fêtes.

6 Comments

  1. Jean de Dieu

    Validé

  2. Josephine

    Bonjour a tous,

    Etant un constant aussi que, depuis quelque temps, les burundais venerent les fetes comme si cela doit etre une obligation citoyenne. Je m’y oppose fermement sans compter aux vide poches que cela occasione pour un citoyen.
    Non seulementles vides poches, mais aussi une marginalisation. Des citoyens tombent dans ce piege sans reflechir ni s’y opposer puisque cela reste comme un devoir.
    J’avais souligne cela le jour ou je me suis rendu a Bujumbura, j’avais un dossier tres important pour une famille en besoin, je n’ai pas pus contituner puisque tout le monde partaient mu “RUBANZA” Un jeudi! Svp!!! Comment voulez-vous que le pays avance si nous avons que 3 jours de travail vu nos besoins grandiose.

    Alors mon cobseil, je souhaite que vous reduisiez vos nombres de fetes, interessons nous aux resulltat de notre travail, est demander au interesses a ces fetes d’organiser un reseau de faire un deuil, sans vider leur poches, sans oublier que cema reste un piege. J’en sui sure est certaine qu’il y a des gents qui souffrent comme moi apres avoir se rendre compte des depenses que ces fetes nous occasionnent

    Je vous remercie

  3. yamuremye Désiré

    Tout sociologue qui dirait la même chose. Merci à Bugwabari pour cette analyse sociologique du phénomène social qui vient de ce que nous appelons la “pauvrété anthropologique”. Toutefois, il ne revient pas à l’Etat de réguler cela, mais à chaque personne d’avoir une conscience sociale que la vie s’est monétarisée et en conséquence il y un lien entre l’organisation sociale et les capacités économiques de chaque individu et de chaque famille. Je le disais tjrs à mes étudiants. Ceci est aussi vrai pour des questions démographique: on ne peut plus se prévaloir de “nzovyara Imana Izora”. Soyons responsable de notre propre vie car, en ce qui concerne la démographie par exemple, ni le curé, ni le pasteur, ni l’Imam et que sait je encore, personne ne te remplacera pour payer les frais de scolarité de tes enfants.

  4. WOOW!! AAA OUIII!! AUJOURD’HUI EST SYNONIME DE DEPENSES ENORMES. bONJOUR LA PAUVTRETE!!

    DEPENSER DES MILLIONS POUR QUELQUES POUR QUELQUES HEURES EST MAUVAIS CLACULS

  5. HORANDAZI

    Merci pour l’article. Plus des articles comme ca sont necessaire. Trop de fetes COMME LES CONGOLAIS, TROP FETE ET BOIRE, SANS SE SOUCIE A AUTRE CHOSE, CA ARRIVE SOUVENT ICI AUSSI AU CANADA, DES IDIOTS AVEC DES DETTES EN MARRIAGES, ET IMAGINE ILS ONT DEJA DIVORCE!!!!!!
    IL FAUT METTRE DU PRESSION, QUE TROP DES FETES C’EST POUR DES IGNORANTS, SANS TETE. ILS VONT TOUJOURS TROUVER DES EXCUSES, C’EST POUR SOCIALE, S’AMUSER, ETC… COMME SI C’EST OBLIGATOIRE

  6. ivyo bisigaye I Burundi honyene !!!

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