Politique

Sur ces monuments du Cndd-Fdd à Bujumbura, “des messages parfois provocateurs”

Les petits monuments érigés aux coins de rues dans la capitale par le parti au pouvoir font objet de controverses. Certains messages qui y sont inscrits sont « dangereux », selon certaines. Ce qui n’est l’avis des membres du CNDD-FDD. Un petit tout à Bujumbura.

L’un des monuments du Cndd-Fdd

Zone Buyenzi. A l’entrée qui mène vers la morgue de l’Hôpital Prince Régent Charles, entre les 5ème et 6ème avenues, se dresse un monument de plus ou moins un mètre et demi de haut. Le pied de cette construction est rectangulaire, environ deux mètres sur trois. Ces dimensions vont diminuant à chacun de ses trois niveaux. Les faces sont peintes aux couleurs nationales : le blanc, le rouge et le vert. Au sommet trône un aigle, symbole du parti au pouvoir, le CNDD-FDD.
Des constructions pareilles, il y en a des dizaines dans la capitale burundaise, dans ce qui semble un véritable marquage spatial du parti au pouvoir autant en prévision des élections de 2020 qu’en rappel de 2015.

Une vieille mère s’arrête pour lire le message sur chaque face de ce monument : « Intwari ziriho kandi zizokwamaho » (Des vaillants existent et ont toujours existé), « Haduga, hamanuka, hanyerera, tuzobasongako » (Sur une montée, une descente ou même un terrain glissant, nous fonceront sur eux), « Intumva zamyeho kuva kera » (Ceux qui font toujours la sourde oreille ont toujours existé).
La veille maman hocha la tête en signe de désapprobation: « Le CNDD-FDD se comporte comme s’il était en guerre. Il brûle d’envie d’écraser toute personne qui aurait le culot de se mettre en travers de son chemin. De tels messages inquiètent. »

Monument du genre en zone Buterere, même si le message n’est pas dans la même veine: « CNDD-FDD hangama ku ngoma » (CNDD-FDD, longue vie au pouvoir). Un jeune militant qui se réclame être de la coalition Amizero y’Abarundi, aile d’Agathon Rwasa lâche: «Le message sur ce monument est apparemment anodin. Il ne provoque pas tellement ceux qui ne sont pas de la mouvance ». Et de glisser : « Mais nous faisons tout pour éviter leurs auteurs. » Un taximan qui suivait le témoignage précisera que pour éviter la confrontation avec les militants du CNDD-FDD qui érigent de tels monuments et qui écrivent des messages « pas toujours anodins, bien des gens optent pour simuler une adhésion au parti au pouvoir ».

Même avec des messages positifs, ils laissent dubitatifs

Zone Cibitoke. Jonction 10ème avenue et l’Avenue des Forces Armées connue sous « Ku rya Kanyoni », quartier naguère dit « contestataire ». Pour bien des gens, le monument qui y est érigé passe pour une curiosité. Pourtant, le message est positif : « Abarundi ntidusangiye umugambwe, ariko dusangiye igihugu kandi turi abavukanyi, Umoja wetu ndiye nguvu zetu » (Les Burundais ne militent pas dans un seul parti, mais nous avons le pays en partage et nous sommes tous des frères. Notre unité, c’est notre force). Un pasteur affirme que bien de ses fidèles ont la frousse devant ce genre de monuments qui passent pour eux pour des « idoles » (Ibigirwamana).

Un militant du CNDD-FDD dans ce quartier aura de la peine à faire comprendre aux gens que les messages sur les monuments sont adressés aux putschistes. Et pour preuve, sur chacun d’eux est écrit : « 13 mai 2015, date inoubliable ». Ici, les auteurs font allusion au coup d’État manqué contre le président Nkurunziza.

« Le parti sera dorénavant plus attentif »

Côté administration, beaucoup de responsables estiment « inoffensifs » les messages sur les monuments. Mais un élu à la base au quartier Buyenzi reconnaît le caractère « provocateur » de certains messages: « J’ai réussi à convaincre les Imbonerakure de les effacer pour les substituer par des textes positifs ». Et de révéler qu’il a ordonné que ces monuments ne soient plus érigés à l’intérieur de son quartier. « Un jour, des enfants jouant dans la rue peuvent gribouiller ces monuments, ce qui pourrait déclencher l’ire des Imbonerakure ».

Au niveau de la représentation nationale du parti au pouvoir, le Secrétaire Général Evariste Ndayishimiye tranquillise. D’abord une mise au point : chaque parti peut ériger ses propres monuments, estime-t-il. Ensuite, le parti va s’atteler à la constitution d’un répertoire de messages à inscrire sur les monuments et promet la mise sur pied d’une commission ad hoc.

Article produit au terme d’une formation organisée par La Benevolencija sur la thématique : « Faire face aux messages de haine ». Rédigé par Lorraine Josiane Manishatse (Iwacu), Norbert Rucabihari (Net Press), Philippe Ngendakumana (Ikiriho)

One Comment

  1. BIRANTUNGANYE

    CONTINUE A ERIGER LES MONUMENT SI CA FAIT PEUR. ‘LES REBELLES ET VOLEUR VEULLENT RECRUTER DES VAGABONDS POUR LE PROCHAIN COUP D’ETAT. SI LES VAGABONDS VOIENT LES MONUMENTS, IL VONT REFLECHIR DEUX FOIS.
    JE CROI SINCEREMENT QUELQU’UN QUI N’AS RIEN DANS LA POLITIQUE CA Y DERANGE PAS.

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