Sécurité régionale

Et si les Maï-Maï Yakutumba prenaient Uvira, la ville de Bujumbura serait-elle menacée?

Des opposants burundais sont persuadés que la chute d’Uvira ne saurait être une menace pour Bujumbura car, affirment-ils, celui-ci est derrière les rebelles de William Amuri Yakutumba. Par contre, l’activiste de la société civile Gilbert-Bécaud Njangwa (mouvance) soupçonne la présence des mercenaires parmi les rebelles congolais dont le dessein ultime est de déstabiliser le Burundi mais aussi le Rwanda.

Mercredi 27 octobre. Dans l’après-midi, des informations commencent à circuler sur les réseaux sociaux faisant état de l’entrée des rebelles Yakutumba dans Uvira, une ville située à une trentaine de kilomètres de Bujumbura. Bien des sources localisent les combats dans les hauteurs qui surplombent la cité d’Uvira. La situation est confuse : difficile de préciser qui contrôle quoi entre les rebelles et les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) appuyées par la force onusienne, la MONUSCO.

Jeudi 28 septembre, dans la petite matinée, les rebelles Yakutumba tentent de s’emparer du port d’Uvira via le lac Tanganyika. L’armée pilonne en direction de leurs embarcations pour les éloigner des abords du port. La canonnade s’entendra jusqu’à Bujumbura.
Selon les témoignages des Burundais qui revenaient d’Uvira dans l’après-midi de ce jeudi, les soldats FARDC ont intimé l’ordre aux habitants de rester terrés dans leurs maisons ; le temps de mener des opérations de ratissage. Ce n’est que vers 11 h que les Uvirois commenceront à sortir. Mais boutiques, kiosques et marchés sont fermés. Pas de véhicules de transport.

La ville de Bujumbura menacée en cas de chute d’Uvira

Les combats d’Uvira ne semblaient pas passionner les Burundais. Pourtant, certains ressortissants burundais, surtout des jeunes, disent se retirer d’Uvira par peur d’être pris pour des hommes du rebelle burundais Nzabampempa par les militaires des FARDC. Selon ces jeunes, les militaires congolais accuseraient les rebelles burundais de ce battre dans les rangs de Yakutumba. Il va sans dire que la prise d’Uvira serait une menace réelle pour la ville de Bujumbura.

Très peu de commentaires côté intelligentsia. Toutefois, Gibert-Bécaud Njangwa, président de l’association ONELOPE-Burundi (mouvance) trouve que la prise d’Uvira par Yakutumba déstabiliserait la paix et la sécurité à Bujumbura. Il ne parle pas de menace venue de quelque groupe rebelle burundais. Mais il soupçonne que derrière Yakutumba se trouve la main invisible de l’Occident: « Fort probable que le Burundi soit attaqué par des mercenaires venant du Congo Kinshasa pour que l’Occident puisse déstabiliser la paix et la sécurité dans la sous-région. Le gouvernement du Burundi doit faire de vigilance, sinon le plan de déstabilisation est bien conçu, planifié, il peut être exécuté d’un moment à l’autre ».
Et quand M. Njangwa parle de l’Occident, il pense à la Belgique et à la France. Pour lui, la prise d’Uvira serait un verrou dans la tentative de chasser le président Nkurunziza (pour les Belges), puis Kagame (pour les Français).

Jérémie Minani (RDB) : “Bujumbura travaille avec les Maï-Maï Yakutumba”

« Les Maï-Maï Yakutumba, pas une menace pour le régime burundais »

Autre lecture chez l’ancien commissaire en communication de la plateforme de l’opposition burundaise CNARED : « Des preuves jusqu’ici non contredites révèlent que les Maï-Maï Yakutumba travaillent de concert avec les renseignements burundais, les miliciens Imbonerakure implantés en RDC, les miliciens Interahamwe qui sont aussi les alliés du régime burundais. Nous avons des preuves que les Maï-Maï Yakutumba sont approvisionnés en armes à partir de Bujumbura, nous savons aussi que des éléments du régime combattent à leurs côtés ».

Et de marteler : « Les Maï-Maï Yakutumba ne sont donc pas une menace pour le régime burundais. Ils sont plutôt une menace directe pour les milliers de réfugiés burundais qui sont dans cette région et dont le régime burundais veut rapatrier de force. Ça peut d’ailleurs être l’une des raisons pour lesquelles le régime burundais décide de déstabiliser cette région pour provoquer un retour massif des réfugiés burundais et verrouiller la zone pour empêcher un nouvel exode des réfugiés burundais ».

Quant aux autorités burundaises, silence sur la question. Sauf l’Armée: “La Monusco et l’armée du Congo continuent à traquer les Maï-Maï et ils ont été repoussés. L’armée burundaise est à l’œuvre pour sécuriser les frontières. Je profite de cette occasion pour tranquilliser les Burundais”.

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