Sécurité régionale

« Kamanyola est la 4ème option d’infiltration à l’Est de la RDC des Forebu et RED-Tabara »

Selon les sources militaires congolaises, depuis le putsch de 2015, l’Est de la RDC n’a jamais connu de répit, avec différentes tactiques pour les recrues des rébellions burundaises de s’installer non-loin de la frontière. Un « récit chronologique des différentes stratégies » a été fourni à Ikiriho.

Situation géographique de Kamanyola, qui donne sur le Burundi, la RDC et le Rwanda

« Il est impossible de comprendre le drame de Kamanyola sans établir la genèse des tentatives d’infiltration des rebellions burundaises à l’Est de la RDC », explique K. B, officier militaire de l’armée congolaise.
Nous sommes au Rond Point Ngomo, dans la localité de Kamanyola. A quelques kilomètres, la Rusizi et le croisement de trois frontières, Burundi, RDC et le Rwanda à Ruhwa. Au nord et au sud s’étend une petite plaine aussitôt surmontée par les fameux hauts-plateaux qui longent Uvira, continuent par Kaseli, Baraka, s’estompant avant Kalemie.

C’est une région trois fois le Burundi en superficie, très poreuse : « Depuis 2015, nous avons beaucoup avancé en matière de démantèlement des réseaux armés dans toutes ces localités », avance fièrement l’officier des FARDC. Dans ce discret poste militaire, un deuxième officier entre, et ils se mettent à retracer ce qu’ils appellent « la guerre de l’ombre que l’Armée congolaise mène pour éviter la déstabilisation de toute la plaine de la Rusizi avec ces rebellions contre Bujumbura ».

1er plan : entrer directement en venant du Rwanda

Jeunes captifs de Kabarore

Après l’échec du putsch de 2015, de nombreux éléments issus notamment de l’armée burundaise s’enfuient vers le Rwanda derrière le Général Godefroid Niyombare. Là, ils sont rapidement regroupés sous la direction d’une structure armée, les Forces républicaines du Burundi, FOREBU en sigle. Ils dépendent du général putschiste : « Celui-ci convainc les Rwandais de former rapidement plusieurs jeunes pour qu’ils reviennent au Burundi installer les premiers postes dans la Kibira. Au vu des manifestations dans Bujumbura et des vivats populaires le jour de la tentative du coup d’État, il mise sur la colère populaire contre le Cndd-Fdd pour appuyer le tout nouveau mouvement rebelle ».

Selon les informations transmises par Bujumbura à la CIRGL, l’EAC et l’UA incriminant le soutien du Rwanda aux plans de déstabilisation du Burundi, les formations se feront notamment dans les camps militaires de Nyungwe, avec des combattants recrutés à Mahama.

Deux mois plus tard, ces jeunes formés au Burundi seront cueillis par le feu nourri des militaires burundais à Kabarore, en province Kayanza, lors des attaques du 10 et 11 juillet 2015. Plusieurs dizaines parmi les recrues sont faits prisonniers, d’autres seront tués.

LIRE le compte-rendu de l’attaque de Kabarore par l’Armée burundaise

Les services de renseignements américains et certains pays européens reconnaîtront officiellement l’implication du Rwanda et vont mettre Kigali en garde.

2ème plan : camoufler les combattants en bergers

« Après l’échec de Kabarore, les Rwandais délaissent Niyombare et se tournent vers Alexis Sinduhije, cette-fois avec une nouvelle structure : le RED-Tabara, Résistance pour un État de Droit au Burundi. Le Président du MSD va s’appuyer d’un côté sur Melchiade Biremba dit ‘le Général David’ pour monter la structure militaire, et de l’autre côté, sur Claude Murundi, chef de groupement des Barundi dans la localité de Mutarule comme stratège du recrutement », expliquent les militaires congolais.

Justement, à Mutarule de part et d’autre de la Rusizi non loin de son embouchure dans le lac Tanganyika, opère un autre groupe rebelle qui mène des incursions-éclair en territoire burundais. Ce sont les FNL du Colonel déserteur Aloys Nzabampema. Leur quartier général se trouve plus loin, dans les collines de Nyaburunda, plus en hauteur d’Uvira.

N’ayant pas de foyer précis dans la région et donc sans centres de repli, les RED-Tabara optent pour une stratégie d’infiltration différente des FNL : durant la journée, les combattants, des jeunes du MSD venus du Rwanda notamment via Bugarama, ou des déserteurs de l’Armée burundaise, sont des bergers. Le soir, ils prennent les armes.
Quant au recrutement, il se fera notamment sur base de tensions tribales entre les Barundi et les Bafulero. « Les jeunes s’enrôlent avec en tête qu’ils vont défendre les intérêts de la tribu des Barundi. Mais en réalité, ils sont dans la rébellion burundaise contre Bujumbura », explique K. B.

Ce projet d’implantation des FOREBU connaît un sérieux revers avec l’arrestation de David le 14 février 2016 par l’Armée congolaise à Katogota, à moins de 5 km de Kamanyola. Il livrera le mode opératoire de toute la structure, avant que les FARDC montent une opération de capture de Claude. « Avec l’envoi de ce dernier à Kinshasa pour interrogatoire, c’est la fin de l’aventure du MSD à Mutarule. Plusieurs éléments seront arrêtés, d’autres fuiront ».

C’est d’ailleurs avec ce plan que sera arrêté le journaliste Égide Mwemero de la RPA, alors qu’il s’apprêtait à signer un contrat de partenariat avec la radio Le Messager du Peuple d’Uvira. Égide allait fournir le contenu à diffuser, et à la radio congolaise d’ouvrir ses antennes : « Les renseignements nous avaient averti de la teneur subversive des émissions qu’apportait Égide, diffusées entre 18h et 20h. Le plan de Sinduhije comprenait donc un volet militaire avec David, appuyé par une campagne d’endoctrinement politique via les diffusions radiophoniques qui allaient se déverser sur Cibitoke, Bubanza, Bujumbura par les ondes du Messager,…», précise K. B.

Le bureau Afrique de Reporters Sans Frontières avait affirmé lors de la libération du journaliste-techniciens que “Égide Mwemero a été victime de la collaboration des gouvernements burundais et congolais pour museler toute information critique”.

3ème plan : monter des structures locales

Un responsable militaire congolais (Photo Actualite.cd)

Pour leurrer le renseignement congolais, quelques transfuges du Forebu et des RED-Tabara restés dans les environs d’Uvira ou basés dans les hauts-plateaux surplombant la localité de Remela s’activent. Le plan ici est de former localement les combattants, un peu sur le modèle des FNL de Nzabampema, avec des opérations ciblées de l’autre côté de la frontière burundaise.

Le 2 juillet 2017, les FARDC procèdent à l’arrestation de 14 combattants dans la localité de Lubarika, ainsi que le chef de cette section des RED-TABARA. Les autres s’enfuiront : « Les renseignements obtenus à la suite de ces arrestations nous ont permis de circonscrire rapidement le mouvement », expliquent nos sources de l’Armée congolaise.

LIRE Des combattants burundais signalés dans le haut plateau d’Uvira

4ème plan : passer par les fidèles de Zebiya

« Les RED-Tabara n’ont pas baissé les bras pour autant, après Lubarika. Récemment, ils ont changé de stratégie, en décidant de passer par les Burundais résidant à Kamanyola pour mobiliser contre Bujumbura et recruter, mais aussi établir dans le camp des points de transit des combattants, qui se font passer pour des illuminés de Zebiya ».

Pour étayer l’analyse, l’officier K. B. rappelle: « Les résidents burundais de Kamanyola n’ont jamais accepté d’être enregistrés comme réfugiés. Il était donc facile pour les recrues venant du Rwanda d’entrer dans le camp via Bugarama, ou alors pour les Burundais de passer par Cibitoke. » Le mode opératoire de Kamanyola a été confirmé notamment par les hommes arrêtés dans le camp le 14 septembre dernier, avant d’être transférés à Uvira.

Une fois dans Kamanyola, avec le statut de persécuté de Zebiya qui sert de couverture, la stratégie d’implantation allait discrètement suivre son chemin. Tout en regrettant la mort des civils lors des violences du 15 septembre dernier, les officiers congolais soulignent que « le déplacement des demandeurs d’asile de Kamanyola vers des terres plus en profondeur du territoire congolais atténuera la tendance d’en faire un centre de recrutement de rebelles contre Bujumbura. »

Actuellement, quelles forces en présence ?

Pour ces deux officiers congolais, « dire qu’il y a actuellement des menaces sérieuses d’occupation dans la plaine de la Rusizi contre le Burundi, c’est mentir. Par contre, il y a de petites unités qui peinent à mener des actions éclairs sur le sol burundais, généralement entre minuit et 3h du matin, avant de se replier entre Kamanyola et Uvira ».

L’information est confirmée par des acteurs de la société civile à Uvira : « Les FOREBU sont en errance dans les hauts-plateaux, le leader Édouard Nshimirimana étant en difficulté avec son numéro deux Abdul Rugwe. En définitive, la plus grande menace pour les populations civiles le long de la frontière burundo-congolaise reste les FNL de Nzabampema, plus aguerris, même s’ils sont tout autant en nombre réduit ».

Dernière précision des sources militaires congolaises : « Jusqu’à ce jour, Kigali n’est pas parvenu à s’attacher les services de Nzabampema ».

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