Politique

Genève : attentes diamétralement opposées entre Njangwa et Sibomana

Impossible que la résolution que présentera l’Union Européenne sur le Burundi lors de la 36ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU passe : conviction de Gilbert-Bécaud Njangwa, président de l’association de la société civile ONELOP-Burundi (mouvance). Elle passera comme une lettre à la poste, prévoit l’opposant politique Tatien Sibomana.

Gilbert-Bécaud Njangwa, de l’ONELOP

Pas la moindre probabilité que la résolution que proposera l’UE soit votée. Pour cause,  selon M. Njangwa : l’organisation des enquêtes sur les droits humains au niveau international par l’ONU se fait selon des principes ; « ce qui ne serait pas le cas pour le Burundi ». Et d’égrener un chapelet d’irrégularités à l’endroit du rapport d’experts dont s’inspire la  résolution rejetée par Bujumbura et la société civile de la mouvance : violation du principe de la présentation des preuves, échantillonnage non représentatif, absence de témoins, absence de preuves testimoniales (documentaire) , manque de transport sur le lieu ( constat sur terrain), absence de débat contradictoire entre différentes opinions , absence d’aveux.

Pour le président de l’association ONELOP-Burundi, « en l’absence de preuves testimoniales, la commission aurait dû au moins disposer de documents écrits et autres pièces à conviction de l’existence de crime contre l’humanité au Burundi ».

LIRE  Rapport complet de la Commission d’enquête onusienne sur la situation des droits de l’homme au Burundi depuis 2015

Pour le président de l’association de la société civile ONELOP-Burundi, la résolution que présentera l’Union Européenne pour vote à la 36ème session du conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève avant la fin de ce mois est une autoroute pour « un génocide contre le peuple burundais. L’UE veut demander l’appui de la CPI pour la déstabilisation de la paix et la sécurité au Burundi. Ils veulent amener des troupes étrangères au Burundi pour chasser le pouvoir en place, ce qui va engendrer le génocide qu’ils ont tant chanté au Burundi ».

A la question de l’ethnie qui serait victime de ce génocide, M. Njangwa rétorque : « Le génocide sera contre le peuple burundais. Le problème existe entre l’UE et le gouvernement en place et non entre les trois composantes ethniques de la société burundaise ». Et si la résolution passait, Njangwa répond: « ONELOP-Burundi demandera aux Burundais de résister contre cette injustice  par des manifestations pour empêcher toute personne ou organisation, qu’elle soit de l’ONU, de l’UE ou d’où qu’elle viendrait de fouler le sol burundais par la force ».

Pas de veto au Conseil des droits de l’homme

Tatien Sibomana, de l’Amizero y’Abarundi

Autre façon de voir chez Tatien Sibomana. Pas de doute que la résolution sera approuvée et passera même comme une lettre à la poste. « Il n’y a pas de veto au Conseil des droits de l’homme comme c’est le cas au Conseil de sécurité », fait-il observer d’entrée de jeu pour « rabattre le caquet » à ceux qui comptent sur le droit de veto de la Chine et de la Russie pour éviter au Burundi d’être traîné devant la CPI, “la résolution n’étant qu’une étape vers ce but ultime”, comme le constate M. Njangwa. « La saisine du Conseil de sécurité est obligatoire quand seulement les crimes concernés ont été commis dans un pays ne faisant partie du Statut de Rome qui a institué la CPI, ce qui n’est pas le cas pour le Burundi du moins jusqu’au 27 octobre 2017 ». L’on saura qu’à cette date, le retrait du Burundi du Statut de Rome formulé le 27 octobre 2016 sera effectif.

L’opposant Sibomana attend que les enquêtes du procureur de la CPI commencent hic et nunc. Autre attente : que le Conseil des droits de l’homme prolonge le mandat des experts de l’ONU pour avoir d’autres témoignages, notamment « ceux qui sont à l’intérieur du pays, y compris la partie gouvernementale et ses acolytes qui n’ont pas voulu composer avec la commission d’experts ».

M. Sibomana ironise : « Apparemment, ils auraient aimé dire des choses et se sont privés des moyens de le faire. Il faut que désormais ils se rendent à l’évidence de l’intérêt de composer, et avec la Commission d’expert, et avec la CPI pour que l’enquête ou l’instruction se fasse à charge et à décharge et que seuls les coupables soient traduits devant la justice ».

Qui aura finalement raison ? Attendons le jour du vote qui devrait intervenir le 28 septembre prochain.

3 Comments

  1. L’avenir nous réserve trop des choses mon frère

  2. Ntahitangiye

    Qu’une résolution passe ou ne passe pas.
    Deux questions incontournables et d’une importance capitale se posent:
    1)Pourquoi les enquêtes ne concernent que depuis 2015 (2 ans) alors les crimes de guerre , violation de droit de l’homme, des génocides, des crimes contre l’humanité sont commises depuis près de 60 ans et que le Burundi est plein de fosses communes, de veuves et d’orphelins dus à ces crimes ?
    2)Qui limite ces enquêtes à deux ans et pourquoi et comment des enquêtes sur deux ans peuvent-ils apporter des solutions sur ce qui s’est passé en près de 60 ans ?
    Attendons voir la logique dans ce qui va être décidé par l’ONU (UE) en Suisse.

  3. Karadiridimba

    Ntahitangiye,

    Les crimes commis de 1962 à 2008 sont censés être résolus par les Accords d’Arusha car il était prévu la création du tribunal spécial pour juger les crimes inamnitiables commis et la CVR en parralèle. C’est le gouvernement CNDD FDD qui a supprimé ce mécanisme de justice car ils ont commis Drs attrocités pendant les 10 ans de maquis. Raison pour laquelle la CPI doit se charger des crimes dont l’origine est le 3e mandat afin d’éradiquer à jamais l’impunité.

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