Sécurité régionale

Affrontements entre armée congolaise et Burundais à Kamanyola: des violences et des non-dits

Une semaine après le drame de Kamanyola, la Rédaction d’Ikiriho a pu réunir des informations qui jettent une nouvelle lumière sur les enjeux de la guerre de l’ombre qui se joue à l’Est de la RDC. Dans ses investigations, trois questionnements ont servi de fil conducteur pour mener les enquêtes.

Blessés de Kamanyola en train d’être évacués par la MONUSCO

Le récit du carnage de Kamanyola est désormais connu, comme le montre le dernier reportage de la chaîne Al Jazeera. Le jeudi 14 septembre 2017, les services de renseignements congolais arrêtent 4 hommes parmi les deux milliers de Burundais établis à Kamanyola depuis 2014. Ces derniers disent tous avoir fui le Burundi pour échapper à la persécution des fidèles de la “Prophétesse Zebiya”, cette gourou qui affirme avoir vécu une apparition de la Vierge Marie à Kayanza sans que l’Église Catholique l’ait confirmée.

Selon les sources d’Ikiriho, les 4 hommes arrêtés à Kamanyola ne sont pas de simples “suiveurs” de Zebiya, mais plutôt des membres d’une rébellion burundaise qui profitent du camp comme couverture. L’Agence Nationale du Renseignement (ANR) les transfère peu après vers Uvira pour interrogatoire.
Immédiatement, des éléments au sein du camp s’agitent, pour convaincre les Burundais sur place de manifester contre les quatre arrestations. Et effectivement, à partir de la soirée, commencent des mouvements devant le bureau de l’ANR pour demander la libération des quatre hommes arrêtés: “Pour leur sécurité, il ne faut pas qu’ils soient renvoyés au Burundi”, hurlent les manifestants, sans savoir que les hommes aux arrêts sont déjà à Uvira.

LIRE: RDC: La population de Kamanyola accuse les réfugiés burundais de constituer une “source d’insécurité”

Affrontements entre Burundais et militaires congolais

Les réclamations vont se poursuivre le lendemain vendredi 15 septembre, devenant de plus en plus violentes: ceux qui manifestent ont des armes blanches et lancent des pierres. Le commandant d’une station de police venu le matin calmer les manifestants est molesté avec sa suite, deux armes sont arrachées à sa garde et on tire sur lui. Il bat en retraite, vers 11h, laissant un gardien du poste de l’ANR sans vie.

Voyant la situation dégénérer, le responsable de l’ANR appelle un détachement de l’armée congolaise en renfort. Quand les militaires arrivent, tirs de sommation en l’air pour disperser la foule. Au lieu de fuir, celle-ci répond par des jets de pierre, et des détonations claquent. Un militaire congolais tombe. “C’est en voyant leur camarade tué que les militaires ont décidé de réagir en tirant en direction du lieu où sont partis les tirs. Il était évident qu’en face il n’y avait pas que des civils…”, explique un haut responsable militaire du Sud-Kivu.

Quand le calme est rétabli, le bilan humain s’avère lourd: 37 personnes sont mortes, en plus de “5 morts parmi les forces de l’ordre” selon le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende.
Parmi les morts, des femmes et des enfants. L’Union Africaine, l’Union Européenne, les États-Unis feront part de leur consternation après les violences, condamnant l’usage disproportionné de la force par l’Armée congolaise et demandant des enquêtes sur le drame.

Mais plusieurs questions restent posées:

Selon les autorités du Sud-Kivu, les Burundais vivant à Kamanyola se disant adeptes de Zebiya n’ont jamais demandé de statut de réfugié. D’ailleurs, le HCR annoncera ne pas les reconnaître, avant de se raviser quelques instants. Comme l’ont mentionné des internautes burundais, pourquoi ce changement de position en quelques heures ? 

Quelle est la véritable identité des 4 hommes arrêtés, et pourquoi parmi ceux qui demandaient leur libération y avait-il des gens capables d’arracher des armes à des policiers et de tirer sur des militaires ? 

Pourquoi les communicants de l’opposition radicale, repris par le CNARED, se sont-ils empressés de twitter que l’intervention militaire à Kamanyola comprenait des Imbonerakure et le renseignement burundais” ? Une assertion qui ne sera reprise ni par l’UA, ni l’UE ni les agences onusiennes.

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