Rencontres d'Ikiriho, Transports

« La politique en matière de transport en commun au Burundi ne favorise pas le remplacement de vieux bus »

Charles Ntimpirangeza, secrétaire général de l’Association des Transporteurs du Burundi (Atrabu) est persuadé que le gouvernement doit consentir des sacrifices pour que le parc de bus de transport se renouvelle. Il donne aussi un éclairage sur certains défis du vécu des usages de bus de transport en commun : insuffisance de bus, désordre au parking du marché du Cotebu et à l’agence de voyage Volcano, convoyeurs peu courtois et relativement propres. Il parle aussi des feux tricolores, du permis biométrique, de la hausse de tarif des contrôles techniques, etc.

Charles Ntimpirangeza, secrétaire général de l’ATRABU

Pourquoi il se remarque une insuffisance de bus, surtout les heures de pointe : matin et soir ?

Il n’y a pas assez de bus dans la capitale. Le nombre de minibus et bus de transport en ville de Bujumbura est d’environ 600. Il s’agit de 400 minibus Toyota Hiace et 200 bus Toyota Coaster. Pour les habitants de Mirango à la sortie nord de la capitale sur la RN1, le manque de bus est dû au fait que le ticket est resté de 350 comme pour tous les axes urbains alors que c’est un long parcours. Il devrait être à 400 Fbu. Les chauffeurs préfèrent s’engager sur des axes courts.

De vieux bus. Prévoyez-vous renouveler votre par automobile ?

Les véhicules en circulation aujourd’hui datent des années 1987, donc âgées de plus 30 ans. Le dernier bus Toyota Coaster acheté au Burundi, c’était en 1992 par un certain Ntezimana de Muyinga. Cette vétusté de bus est la conséquence de la mesure de 2008 interdisant les véhicules « main gauche ». Les véhicules vieillissent mais ils ne sont pas remplacés : les transporteurs burundais n’ont pas de moyens financiers pour acheter les véhicules type « main droite » qui coûtent extrêmement cher. Parallèlement, depuis ces années, la capitale connaît une grande extension mais le nombre de bus n’augmente pas. A ces raisons s’ajoute le fait que les conditions de travail ne sont pas des meilleures.

Aucune solution en vue ?

Au niveau de l’Atrabu, nous envisageons sérieusement renouveler nos véhicules. Nous avons déjà créé des coopératives partout dans le pays et nous envisageons créer une confédération de toutes les coopératives de transport. Mais à nous seuls, il nous serait très difficile de transformer nos rêves en réalité. Il nous faut un coup de main de la part du gouvernement surtout en ce qui concerne la structure et la garantie bancaire.

Pourquoi il y a presque plus de bus de marques occidentales comme Mercedes Benz, Renault, etc ?

Les bus de marques occidentales sont chers et les pièces de rechanges le sont davantage. Nous nous rabattons sur les bus d’occasion de fabrication japonaise que nous achetons à Dubaï. Mais là aussi, les pièces de rechanges ne sont pas de bonne qualité mais sont quand même à la taille de la bourse des Burundais.

Certains bus de marque Hiace ont des vitres qui ne s’ouvrent pas et des barres de fer au niveau de ces vitres. Pour dire qu’ils sont impropres au transport de personnes….

De ces bus, il n’en existe plus beaucoup en circulation. Il incombe à la police de roulage de s’occuper de ces cas.

Parking au marché du Cotebu, les véhicules de l’intérieur sont concentrés dans un petit espace au grand dam des passagers…

En délocalisant de la Gare du Nord vers le marché du Cotebu, nous avons mis en pratique une mesure administrative édictée par la mairie. Mais nous avons constaté que l’espace n’est pas suffisante par rapport au nombre de véhicules en stationnement. L’Atrabu s’est convenu avec la mairie que cette dernière jettera des dalles sur le caniveau sur une partie qui longe la route principale vers la rivière Ntahangwa. Nous espérons que cette place améliorera nos conditions de travail.

Bousculade, passage à travers les fenêtres pour entrer dans les bus des agences de voyage comme Volcano alors que les tickets sont payés à l’avance ? Atrabu qui fait aligner les passagers au centre-ville, est-elle incompétente pour imposer l’ordre chez Volcano ?

L’organisation du transport au Burundi est du ressort de l’ATRABU. Mais nous ne sommes pas au courant de ce problème. Nous promettons de régler ce problème d’ici deux jours. C’est inconcevable qu’un citoyen qui a payé son ticket commence à utiliser la force pour prendre place dans un bus. Nous allons envoyer quelqu’un pour s’enquérir de la situation, puis nous allons convoquer tous les responsables des agences pour les ramener à l’ordre. A ce que je sache, ils devraient marquer le numéro de siège sur le ticket pour que chaque passager entre dans le bus à son aise.

Comment avez-vous accueilli la mise en service des feux tricolores en mairie de Bujumbura ?

Au niveau de l’association des transporteurs du Burundi, c’est une grande satisfaction. Les feux de signalisation vont aider à limiter les accidents et à régler les déplacements en mairie de Bujumbura. Parfois on remarquait que les camions et les grands bus pouvaient se donner le droit de dépasser les petites voitures. Avec les feux tricolores, tous les utilisateurs de route serons traités de la même façon.

Des conducteurs qui brûlent les feux rouges ou qui cognent les poteaux…

Pas mal de chauffeurs au Burundi ne savent pas comment s’adapter face aux feux tricolores. Nous organisons des séances de formation et de sensibilisation sur la discipline à observer devant les feux de signalisation. Nous souhaitons qu’il puisse être de même pour tous les utilisateurs de route. Nous interpellons le gouvernement de veiller à la protection de ces infrastructures routières pour qu’elles ne soient pas cognées par des conducteurs inconscients ou mal intentionnés.

Parkings payants. Comment avez-vous accueilli la mesure ?

C’est une mesure administrative de la mairie. Je ne peux pas trop commenter. Mais c’est nous qui avons commencé à mette en application cette mesure. Pour ce qui concerne les véhicules privés, je constate qu’ils ont commencé à payer ces frais de stationnement.

Dernièrement l’Office du Transport en Commun (Otraco) a revu à la hausse les tarifs de contrôle technique, mesure décriée par Atrabu et vous avez eu gain de cause puisque le ministère de tutelle l’a suspendue. Suspendue mais pas abandonnée complètement ?

Au niveau de l’Atrabu, la mesure de revoir à la hausse les tarifs de contrôle technique obligatoire a été accueillie franchement avec amertume. Nous sommes allés voir le ministre des Transports pour lui signifier notre position. Heureusement, le ministère a suspendu cette mesure ; ce que nous avons apprécié. Dans la foulée, nous lui avons adressé une lettre de remerciement, laquelle correspondance expose aussi d’autres problèmes qui minent notre secteur. Nous espérons une suite favorable.

Si par impossible l’Otraco décidait d’opérer un forcing et majore les tarifs pour le contrôle technique, comment allez-vous réagir ?
Nous espérons que le gouvernement va nous comprendre et arrêter complètement cette mesure. Cette hausse était vraiment injustifiable parce qu’il n’y a aucune valeur-ajoutée par rapport au service qu’il nous rendait. Sinon, si cette mesure revenait à la surface, Atrabu recourra au ministère de tutelle pour la mettre en échec.

Le soir, de longues files de passagers au parking du centre-ville. Pourquoi les gros bus de l’Otraco n’interviennent plus ?

Les bus de l’Otraco venaient sur demande de l’Atrabu. Ces jours-ci, on ne les voit plus. Peut-être sont-ils affectés ailleurs. Toutefois, nous souhaitons qu’ils viennent toujours nous appuyer parce que nous ne sommes plus capables de faire face en temps réel au flux de passagers désirant rentrer.

Le permis biométrique. Chaque chauffeur a son document ?

Aujourd’hui, presque tous les conducteurs de bus ont déjà reçu leurs permis biométriques. Les retardataires ne manquent. Mais, nous espérons que plus de 90% des conducteurs de bus sont désormais en ordre.

Courtoisie, propreté, décence de tenue : des mots inconnus pour bien des chauffeurs et convoyeurs….

Nous reconnaissons qu’il y a un défi de déficit de propreté et d’hygiène parmi les chauffeurs et les convoyeurs. Atrabu s’est attaqué suffisamment à cette question. Vous allez constater qu’il y a un changement dans ces jours.

Pourquoi pas un uniforme ou gilet pour chauffeurs et convoyeurs ?

Au niveau de l’Atrabu, nous avons pensé à instaurer des uniformes pour tous les conducteurs et convoyeurs en mairie de Bujumbura. L’uniforme contribuera à la présentabilité des chauffeurs et convoyeurs. Mais aussi, dans la cohue, l’uniforme mettra en évidence chauffeurs et convoyeurs. Ainsi les passagers sauront identifier la personne à qui s’adresser en cas de problème. Cette question est en train d’être étudiée en collaboration avec les associations affiliées et nous espérons qu’avec le début de l’année prochaine, cette question sera résolue.

Comment travaillez-vous avec les rabatteurs qui apparemment sèment la pagaille sur les parkings ?

Les rabatteurs forment une autre association agréée au niveau du ministère. A sa création, l’association avait l’objectif d’orienter les passagers et de les mettre dans les bus. Nous travaillons avec eux mais nous constatons que le nombre de convoyeurs augmente jour après jour. Les rabatteurs ne collaborent pas avec les propriétaires de bus. Ils sont payés par les conducteurs. D’ici peu, peut-être qu’il nous sera difficile de les satisfaire.

Interdiction aux bus aux couleurs bleu-blanc, c’est-à-dire ceux qui font le trafic urbain de dépasser les limites de la mairie, même en cas de force majeure….

Au niveau de l’Atrabu, nous nous plaignons franchement de cette mesure. A l’époque, le ministère avait jugé bon de distinguer les véhicules assurant le transport urbain de ceux qui vont à l’intérieur du pays. La ville de Bujumbura s’est beaucoup agrandie. A l’époque Rubirizi, Maramvya, Gatumba et Ruziba par exemple n’étaient pas des localités urbaines. Aujourd’hui, ce sont les mêmes bus en bleu-blanc qui doivent transporter les personnes jusque dans ces localités. Là où le bât blesse, il nous est difficile d’y arriver : les policiers nous taxent de déviation d’itinéraire.

Pourquoi pas de compromis avec la police de roulage sur cette question ?

Nous avons présenté cette question au nouveau commissaire chargé de la sécurité routière. Les policiers devraient toujours garder à l’esprit que la capitale s’agrandit. Ce qu’on demander au gouvernement, c’est toujours de ramener ces policiers à la raison. Si les bus ne se rendent pas là-bas, ce sont les citoyens qui seront victimes et non les policiers. Un autre problème dans le même registre : il est trop dommage qu’un propriétaire de bus soit obligé de recourir à la location de bus s’il veut se rendre à l’intérieur du pays.

Une pancarte à chaque poste de contrôle de la police dénonce la corruption. Pourtant, c’est de notoriété publique que vos chauffeurs corrompent la police de roulage surtout pour infraction de surnombre de passagers ? Le fameux billet de deux mille que les chauffeurs glissent dans leurs documents. ..

L’Atrabu n’est pas concernée par ce phénomène de chauffeurs corrupteurs et de policiers corrompus. Mais comment expliquer qu’il y ait surnombre de passagers avec tant de postes de contrôle de police sur les axes de l’intérieur du pays ? L’infraction de surnombre ne se commet plus dans le transport urbain. La police doit balayer devant sa porte.

Que demandez-vous encore pour que vous travailliez dans des conditions encore meilleures ?

Première doléance : le gouvernement devrait abandonne certains taxes et impôts au profit des transporteurs ; les taxes d’importation par exemple. L’état actuel des véhicules montre franchement que les transporteurs travaillent à perte. Le prix de transport est fixé par le gouvernent en considérant uniquement la structure du carburant. On oublie beaucoup de choses qu’il faut pour que le véhicule soit opérationnel notamment les pièces de rechanges, les taxes et impôts, etc. Le gouvernement doit savoir qu’il y a du social dans ce qu’on fait. Deuxième proposition : notre secteur de transport n’est pas structuré. Certaines structures organisationnelles viennent uniquement du gouvernement alors que nous aurions des contributions à donner par rapport à ce qui se passe sur le terrain. Il faut qu’il ait d’autres structures organisationnelles qui permettront le secteur de transport de devenir petit à petit professionnel.

Autres doléances….

Le gouvernement doit s’impliquer en mettant sur pied un fond de garantie pour permettre au transporteur l’accès au crédit. En effet, les bus « main droite » qu’il exige coûtent énormément cher. Les prix dépassent le pouvoir d’achat des transporteurs burundais. Enfin, il faut signaler qu’il incombe au gouvernement d’aménager les arrêts-bus, réparer les routes, mettre en place les terminales de bus et les gares routières. Nous demandons au gouvernement de nous approcher pour qu’on puisse travailler ensemble, déterminer les activités à faire dans l’immédiat et à long terme pour que le secteur de transport puisse devenir opérationnel comme d’autres secteurs de la vie nationale.

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