Sécurité au Burundi

Poussée de justice populaire au nord du Burundi face au “laxisme judiciaire”, particulièrement à Ngozi

Le nord du Burundi, particulièrement à Ngozi, observe ces trois derniers mois un regain du phénomène de justice populaire: 26 personnes tuées depuis avril accusées de vol, signale la Police.

Au centre-ville de Kayanza

Le commissaire régional de la police Félix Gahitira est très préoccupé : « Nous avons enregistré plusieurs cas de personnes qui se font elles-mêmes justice. Depuis avril seulement, les provinces du ressort de la région policière nord, en l’occurrence Ngozi, Kirundo et Kayanza ont connu au moins 26 cas de personnes tuées dans ce qu’on peut appeler justice populaire. Toutes sont accusées de vol dans les ménages, les champs ou les boutiques. C’est une situation inacceptable. Parmi toutes ces personnes tuées, la province Ngozi en a enregistrées 11 ».

Dans les quartiers fortement visés par les voleurs, le fait de se faire justice, une fois les voleurs attrapés, est le seul moyen de décourager, voire de mettre fin au banditisme devenu très reculant à Ngozi. Les habitants trouvent que le phénomène persistera et redoublera même d’intensité, tant que l’impunité n’est pas combattue.

Mamerte Bigirimana, une maman victime d’un vol dans son ménage à Kigarama dans la ville de Ngozi ne mâche pas ses mots : « Le banditisme prend une ampleur très inquiétante, surtout dans la ville de Ngozi. C’est sûrement dû à l’impunité qu’on observe au sein de l’appareil judiciaire. Un bandit qui t’a volé ou failli te lyncher se voit relaxer quelques semaines après son arrestation. Au retour, il se moque de toi. Il est même prêt à te tuer, car pour lui, il ne risque rien car il peut tuer, voler ou commettre tout forfait sans rien craindre de la justice ».

Théodosie Nimbona, une autre dame qui s’est vue dépouiller de ses téléphones et de l’argent au quartier Gabiro de la ville de Ngozi précise : « Je crains que des pots de vin sont versés au niveau de la police judiciaire ou au parquet. Un bandit appréhendé est vite libéré. Ça nous fait très mal. La seule solution est de le punir soi-même si on l’attrape en flagrant délit. C’est pourquoi la population a opté pour les tuer avant de les acheminer à la police ou devant l’administration ».

En plus des piqueurs de poches, les bandits usent de techniques plus ou moins améliorées pour commettre leurs forfaits. C’est surtout l’usage des motos et des voitures fumées sans plaques, la perforation des murs des maisons et l’administration des boissons contenant de la drogue aux gardiens des institutions financières et des grands magasins. Il y en a aussi qui volent « intelligemment » en usant de l’escroquerie.

Ces voleurs font régner la terreur dans les ménages des quartiers Kanyami, Rubuye, Kigobe et Rusuguti. Plusieurs habitations ont été cambriolées ces derniers jours. Ce sont les objets ménagers de valeur qui sont ciblés, notamment les matelas et les coussins des salons de maisons d’habitation, les ustensiles de cuisine, les sacs à main pour dames, les téléphones portables et autres.
Du côté de l’administration, de la justice et de la police, la justice populaire constitue un phénomène inacceptable. Le conseiller principal du gouverneur de la province Ngozi, Dieudonné Hiboneye met en garde les auteurs des crimes sur des voleurs. Les administratifs à la base doivent s’impliquer pour que ce phénomène cesse.

Au parquet comme à la police, les responsables disent être prêts à combattre toute personne, se faisant justice, qui sera désormais considérée comme un criminel à part entière. Félix Gahitira suggère plutôt à la population d’aider la police en livrant en temps réels des informations utiles pour l’identification des réseaux des bandits: “Les comités mixtes de sécurité réellement inclusifs doivent être renforcés dans tous les quartiers de la ville de Ngozi”.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*