Rencontres d'Ikiriho

Françoise Nibizi : “Briser les tabous autour des questions de sexualité et de reproduction avec SaCoDé”

Le nom de Françoise Nibizi est associé au projet SaCoDé (Santé, Communauté, Développement), une ONG qui développe en son sein cinq axes de travail tous centrés sur la femme et les jeunes. Invitée d’Ikiriho, elle s’exprime d’abord sur sa conception de la Journée Internationale de la Femme avant de nous parler du projet SaCoDé et du prix “Africa Innovation Challenge” qu’elle a gagné le 1er mars dernier au niveau continental.

Françoise Nibizi, Directrice Exécutive de la SaCoDé

On est vers la fin du mois dédié à la femme. Comment concevez-vous la Journée Internationale de la Femme ?

La Journée Internationale de la Femme a été établie pour donner beaucoup plus la voix aux femmes.  Malheureusement, on nous a donné seulement une journée durant toute l’année.  Si les Nations Unis ont pensé à établir cette journée, c’est parce qu’ils ont vu qu’il y a quelque chose à faire aux femmes. Normalement, les femmes  sont comme les hommes ; de sexes différents mais de cerveaux semblables,  d’après les études. Le cerveau n’a pas de sexe. C’est pour cela que j’essaie de renforcer les capacités des femmes, les éduquer et les appuyer pour qu’elles sachent que ce qu’un homme peut faire, la femme aussi peut le faire, sauf ce qui demande beaucoup de force.

Vous êtes Directrice Exécutive de SaCoDé. Vous avez un projet d’éducation sur la santé sexuelle et reproductive. Quelle est sa spécificité quand on sait que beaucoup d’ASBL interviennent dans ce domaine ?

La particularité est que le projet  est exécuté avec plusieurs approches, spécialement le SMS qui  donne l’opportunité aux jeunes et aux femmes de nous poser discrètement des questions relatives à leur santé sexuelle.

A part la discrétion, quel  sont les autres atouts de ce genre de communication sur la sexualité et la vie reproductive ?

C’est une approche innovante parce que nous savons que dans la culture burundaise tout ce qui est lié à la sexualité, à la reproduction est tabou. Nous avons vu que c’est une approche qui marche très bien surtout pour  les jeunes filles qui ont des soucis de parler de leur santé sexuelle et reproductive. Ce moyen de communication nous permet d’atteindre  beaucoup de gens. Dans tout le Burundi en une fraction de seconde, nous pouvons communiquer via SMS à plus de  cinq mille personnes.

SaCoDé utiliserait aussi des dépliants….

Effectivement. Nous utilisons aussi des dépliants sur les méthodes contraceptives et sur les maladies sexuellement transmissibles. Ces dépliants sont distribués dans les écoles et les communautés.

SMS et dépliants pour la femme et la fille lettrées. Comment atteindre les couches illettrées surtout que bien des femmes et filles n’ont pas été sur le banc de l’école ?

Pour les femmes qui ne savent ni lire, ni écrire, qui n’ont pas la capacité de participer dans des conférences, nous utilisons aussi les vidéos. Les images aident beaucoup à l’éducation. Après la projection des vidéos nous organisons des séances de discussion par rapport à la vidéo. Nous utilisons des vidéos qui éduquent sur le cycle menstruel, les différentes sortes de méthodes contraceptives. Nous avons des vidéos qui éduquent sur l’égalité des genres.

Vous auriez eu un prix dernièrement. C’était pour quel projet ?

En plus du projet d’éducation sur la santé sexuelle et reproductive, nous avons un projet Agateka (dignité) qui vient de gagner un prix de la part d’une société pharmaceutique américaine  Johnson and Johnson, le 1er mars de cette année. Ce projet permet d’aider les femmes et les jeunes filles qui n’ont pas le pouvoir de s’acheter  du « Cotex » chaque fois qu’elles ont des menstruations d’avoir une serviette qui va leur permettre de vivre leurs menstruations en dignité.

Un produit-maison, paraît-il ?

Si. C’est une serviette que nous confectionnons chez SaCoDé. Elle est lavable et réutilisable ; peut être mise  avec ou sans sous-vêtement.

Sans sous-vêtement ! Que voulez-vous dire ?

Si. Beaucoup de jeunes filles,  surtout en milieu rural ne portent ni slips, ni « Cotex ». C’est cette réalité qui  justifie cette innovation de faire cette serviette facilement accessible et abordable. Un paquet de cinq pièces ne coûte que 10.000Fbu et peut être utilisé pendant cinq ans. Avec cette serviette, même sans slip, les filles  et femmes vivent leurs menstruations en toute dignité. Les filles continuent à aller à l’école et les femmes continuent à vaquer à leurs activités quotidiennes.

Qui dit menstruations parle aussi de l’hygiène en général. Un projet dans ce sens de SaCoDé ?

Oui. Nous avons un autre projet « Isuku » qui parle d’hygiène comme ce mot en kirundi l’indique. Dans les communautés burundaises surtout en milieu rural, les maladies liées à une mauvaise l’hygiène sont fréquentes. Nous enseignons aux femmes les techniques modernes de nettoyage et d’entretien des locaux. Pour les encourager, après la formation,  nous les aidons à trouver de l’emploi dans des bureaux et  hôtels.

SaCoDé est surtout connu à travers votre magazine des jeunes, un magazine atypique au Burundi.

Effectivement. Nous avons aussi un projet d’écrire un magazine. Le Magazine Jimbere qui parle des jeunes et femmes.  Divers sujets relatifs à la promotion de la femme et à l’éducation de la jeunesse burundaise sur l’entrepreneuriat sont développés dans ce magazine.

Les projets de SaCoDé, quel impact économique et éducatif  dans notre   pays ?

La jeunesse burundaise et les femmes constituent une tranche non négligeable de la population. Éduquer cette population au maintien de la santé pour bien vaquer aux activités produit un impact très important à l’économie du Burundi.  Pour qu’un pays soit développé, il faut qu’il y ait des gens éduqués, qui font du business. Ces derniers doivent être d’abord en bonne santé.

Quels sont les défis  lors de la réalisation des programmes de Sacode ?

Le problème majeur est le manque de fonds. Nous aimerions atteindre toute la jeunesse et femmes burundaises. Mais SaCoDé, organisation jeune de cinq ans n’a pas beaucoup de fonds pour pouvoir exécuter les activités comme nous le voulons. L’autre handicap est l’incompréhension de la population burundaise. Des fois nous avons un problème de faire comprendre notre innovation dans la communauté. Ça nous prend du temps malheureusement, mais par après, l’innovation est acceptée

Auriez-vous des doléances à l’endroit du gouvernement du Burundi ?

A l’ endroit du gouvernement du Burundi,  nous  demandons  seulement qu’il nous appuie parce que nous voulons que la communauté burundaise soit en bonne santé. Il faut que le gouvernement sache que nous sommes là pour le bien des communautés et  qu’il nous appuie.

Quels sont les  perspectives d’avenir de SaCoDé ?

Nos projets sont innovants, ils ont un impact positif dans les communautés burundaises. Nous voulons les étendre sur toute l’étendue du pays.

Vous venez de recevoir un prix. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Je n’avais jamais cru que je pourrais gagner ce prix. Ce fut une très grande surprise en recevant l’email me l’annonçant. Au Burundi nous avons l’habitude de dire : « Je ne peux pas arriver là-bas parce que je n’ai personne qui puisse m’aider à y arriver ». Il faut chaque fois essayer. Le Burundi a besoin des entrepreneurs sociaux qui veulent engager de l’argent mais aussi  faire des choses ayant un impact social dans la communauté.

Une reconnaissance des actions de SaCoDé et de Françoise Nibizi personnellement ?

C’est un grand honneur pour moi mais aussi pour toute l’équipe de SaCoDé parce que c’est toute l’équipe qui a gagné ce prix. Je suis trop reconnaissante pour nos amis qui nous appuient, qui nous donnent des conseils, qui nous encouragent. Je suis très reconnaissante surtout de la société Johnson and Johnson.  J’aimerais profiter de cette occasion pour lancer un appel surtout à la jeunesse burundaise de visiter beaucoup l’Internet  parce qu’il y a beaucoup d’offres sur internet.

Quel message donneriez-vous à l’endroit des autres organisations ou entrepreneurs œuvrant au Burundi ?

Je souhaiterais que maintenant au Burundi il y ait de l’entrepreneuriat social qui soit à la fois économique et social. Ce dernier n’est pas connu au Burundi mais c’est la seule voie du développement. On gagne de l’argent mais aussi on fait ce qui rend meilleure la vie des gens de la communauté.

Y aurait-il un apport de la SaCoDé par rapport à la consolidation de la paix au Burundi ?

Le prix que je viens de gagner va créer de l’emploi et cela va permettre à beaucoup de jeunes d’être occupés.  Si tous les jeunes en chômage pouvaient avoir de l’emploi, ce serait un atout à la paix. Avec le projet Agateka, il y aura beaucoup de jeunes filles qui ne vont plus rater l’école, ce qui contribue aussi à la paix. Il faut qu’on travaille beaucoup sur ces enjeux : lutter contre le chômage, les abandons scolaires, la paix  viendra après. Dans ses missions, SaCoDé essaie de promouvoir toutes les bonnes pratiques qui visent à ce que les communautés jouissent de la vie dans de meilleurs conditions.

7 Comments

  1. Munyangeri

    1. La femme n’est pas l’égale de l’homme et ne le sera jamais, Françoise Nibizi. Dieu, en créant Eve, en a fait l’aide d’Adam. Dieu a établi l’homme comme chef et la femme son assistante. Quel homme sensé oserait aller à l’encontre de la volonté divine?

    2. Vous enseignez les méthodes contraceptives aux filles et femmes burundaises. Cela veut dire que vous prônez le libertinage sexuel. Que dit, Françoise Nibizi, le sixième commandement de Dieu? La luxure est un péché capital et ne devrait jamais être encouragé. A contrario, il faudrait enseigner la pureté aux jeunes filles jusqu’au mariage.

    • Siméon Nikoruhoze

      Munyangeri…c’est à cause des gens qui pensent comme vous que l’Afrique vit dans la misère….

  2. Munyangeri

    @Siméon Nikoruhoze

    Je m’attendais à un commentaire de ce genre de la part de l’un ou l’autre internaute et je vous en remercie. Nous avons des façons différentes d’apprécier la misère dont vous parlez. Je suppose que vous êtes chrétien à en juger par votre prénom. Vous connaissez certainement Jean-Baptiste, celui qui a baptisé Jésus dans les eaux du Jourdain. Ce monsieur vivait dans le désert, mangeait des sauterelles et du miel sauvage pour toute nourriture et s’habillait d’une peau en poils de chameau.

    Dans cette terre d’exil où nous vivons, ce monsieur était considéré, par les humains, comme le plus misérable de la terre. Cependant, quelle appréciation Jésus a fait de ce monsieur? En raison de l’excellence de ses vertus, Jésus a dit de Jean-Baptiste qu’il n y a jamais eu d’homme plus grand que lui sur la terre. Voilà une appréciation divine qui ne se focalise pas sur les apparences mais qui sonde la pureté de l’âme.

    Jean-Baptiste a méprisé les richesses et le confort matériel derrière lesquels le commun des mortels court pour préférer de loin les biens éternels. Aujourd’hui, il en jouit pour l’éternité pendant que ceux qui étaient considérés comme riches croupissent en enfer pour toujours. Souvenez-vous aussi, cher Siméon, du riche homme de l’évangile et de Lazare.

  3. Munyangeri

    @Siméon Nikoruhoze

    La vérité que Jésus a dite quand il avait entre 33 et 37 ans est éternelle. Elle ne passera jamais. Puis-je vous souhaiter sincèrement, avant de conclure nos échanges, de devenir un homme juste à l’instar de Jean-Baptiste, d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moise ou de Job pour votre salut et gloire dans l’éternité!

    Très cordialement.

  4. Françoise Nibizi

    Bonjour Munyangeri. Je vous remercie d’avoir pris du temps pour lire mon interview sur Ikiriho. Mais je pense que vous avez mal interpreté tout le message. Et pire encore vous avez tiré des mauvaises conclusions en nous accusant gratuitement de prôner le libértinage sexuelle sans demander des clarifications. Je pense que c’est injuste . Si vous souhaitez comprendre pourquoi SaCoDé éduque les femmes et les jeunes sur la santé sexuelle et reproductive, je vous invite à participer à nos sessions éducatives pour mieux comprendre. Si non, j’ai un livre qui peut aussi vous aider qui parle des ” Choix de la vie”, ce qui guide un choix responsable de la vie! Lisez aussi Osée 4:6. Je pense qu’on ne peux pas opérer des choix responsables, si on ignore ce que la vie ou le monde nous offre ou nous propose! Mon souhait est que les jeunes et les femmes soient bien informés pour qu’ils puissent operer des bons choix pour leurs vies! Je rêve des communautés responsables de leurs actes et de leurs vies! Et pour finir je vous invite aussi à lire 1 Corinthien 6:12. Bon weekend! Nitwa Françoise.

  5. Munyangeri

    Bonjour Françoise. Merci pour votre réaction. Malheureusement une grande distance nous sépare et je me trouve présentement dans l’impossibilité de participer à vos sessions de formation.

    Toutefois mes appréhensions demeurent. Dans la tradition burundaise, les mamans se faisaient un souci constat de veiller à ce que leur fille arrive au mariage sans avoir connu d’homme auparavant. Vous le savez très bien. Le jour de l’ugutwikurura, ça aurait été une opprobre pour toute la famille d’apprendre que leur fille n’avait pas été trouvée vierge et que, pour cette raison, elle se faisait renvoyer par son mari. Certains parents n’hésitaient même pas à tuer leur fille par noyade s’il advenait qu’ils constataient qu’elle avait une grossesse en dehors des liens du mariage.

    Vous me direz que nous sommes en 2017 et que le monde a évolué et que nous vivons dans un monde moderne avec beaucoup de progrès de la médecine et plusieurs choix en matière de santé sexuelle et reproductive. En occident le terme en vogue pour qualifier le libertinage sexuel est ”droits sexuels”. A cela s’ajoutent des pratiques bizarres du genre homosexualité. De plus, il est devenu trè courant de ne plus s’étonner de pratiques comme la contraception et l’avortement. La jeune fille et/ou la femme moderne veut disposer de son corps comme elle le veut et en jouir sans la moindre entrave. La science et les techniques de la médecine sont là à son service en cas du moindre pépin. Voilà le progrès! Gare à la personne qui oserait dénoncer de telles pratiques! Cela fait partie des droits de la femme, quand bien même il faut tuer des êtres humains au début de leur vie!!!

    Chère Françoise, je ne vous apprends rien en vous disant que nous ne nous appartenons pas et que notre corps est le temple du Saint-Esprit. La question est de savoir comment prendre en charge l’éducation des jeunes gens (garçons et filles) pour qu’ils ne tombent pas dans la luxure à un âge où les passions charnelles se déchaînent. Au Burundi, les cours de religion ont été supprimés de l’éducation nationale depuis longtemps. A la place, on a préféré introduire des cours de morale.

    Personnellement s’il m’était donné de gouverner ce pays pour quelque temps, je réintroduirais le cours de catéchisme dans toutes les écoles avec un accent particulier sur la pratique des vertus par excellence. Les vertus ont comme opposé les vices que sont les sept péchés capitaux à savoir l’orgueil, la luxure, l’intempérance (gourmandise), la colère, l’envie, l’avarice et la paresse. Notre pays a, plus que jamais, besoin de gens vertueux qui craignent Dieu et aiment le prochain.

    Reçevez tous mes respects.

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