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Tatien Sibomana: “Il y a une interprétation erronée des propos du ministre Didier Reynders”

Le porte-parole de l’Union pour Progrès National (Uprona) de l’opposition s’inscrit en faux contre une certaine opinion à Bujumbura qui interprète les propos du Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders comme un aveu  de l’injustice des sanctions de son pays contre le Burundi. Pour lui, pas de montée de la cote de popularité de  Gaston Sindimwo; la présidence de Charles Nditije au CNARED  n’affecte en rien l’Uprona de l’opposition et celle-ci maintient des relations avec Agathon Rwasa. Il s’exprime aussi sur les questions du moment : Arusha, révision de la Constitution, éventualité d’un quatrième mandat pour le Président Nkurunziza, élections de 2020,  faim qui sévit au Burundi. Il dit ne pas être « un homme politiquement fini » mais affirme être parmi les cinq grandes personnalités du pays.

Didier Reynders confesse que la décision de sanctions contre le Burundi a été prise dans la précipitation. Votre réaction?

C’est une interprétation erronée de ce qu’il a dit. Il faut circonscrire ses propos  dans le contexte qui  était de savoir  si les sanctions économiques  sont finalement plus efficaces pour infléchir les positions de certains dirigeants.  Les sanctions économiques, c’est pour faire pression à ces dirigeants pour qu’ils s’inscrivent dans la logique de la résolution pacifique  des crises et des conflits. Or, le constat malheureux  est que pour certains dirigeants, la mauvaise condition  des dirigés qui sont les populations, leur état de misère ne les empêche pas  de dormir. Pour la plupart de ces dirigeants, ils préfèrent la voie  de la confrontation  voire de la guerre. Il en est le cas du Burundi  comme de la Syrie, etc.

Mort de l’UPRONA de l’opposition au regard des descentes de terrain de l’Uprona du 1er Vice-Président  Gaston Sindimwo  et   vu aussi le nombre de militants de la coalition Amizero y’Abarundi  qui  regagnent son camp ?

C’est  se faire de la bonne conscience  à travers une escroquerie politique.  Le parti Uprona officiel, qu’est-ce qu’il a de séduisant pour que les militants  de la vraie Uprona joignent les rangs de Gaston Sindimwo ? Il n’incarne ni les valeurs ni les visions  de l’Uprona.  Si les positions qu’ils expriment sur la situation du Burundi peuvent séduire plus d’un, c’est que celui-ci n’a rien compris de l’Uprona.

Mais il draine derrière lui des foules à chacune de ses descentes…

Ils sont en train de justifier l’argent qu’ils tirent de la vente illicite des biens du parti. Et j’en profite pour  faire un clin d’œil  aux  acquéreurs de ces biens  parce que les arrêts  de la Cour Suprême  seront exécutés tôt ou tard. En substance,  ces arrêts stipulent que seul le comité central élu en 2009  est l’organe suprême  reconnu conformément aux statuts et règlements du parti. En conséquence, tous les actes posés  sans l’aval  de cet organe seront déclarés nuls et de nul  effet. C’est-à-dire que les contrats de vente seront frappés de nullité.

Des défections au sein de l’électorat d’Amizero y’Abarundi….

On ne recense aucun départ  de notre côté. Par contre, même ceux qui étaient abusés  de bonne foi et par méconnaissance, ils se sont rendus  compte  que cette aile minoritaire  représentée par Gaston Sindimwo ne représente plus les intérêts des Burundais.

Mais vous êtes déconnectés de votre électorat  que récupère facilement le camp Gaston Sindimwo…

Nous travaillons  dans la clandestinité  car nous ne sommes pas l’aile satellitaire  du pouvoir. Le jour  où on nous laisserait  tenir une réunion, on verrait notre force,  notre capacité de mobilisation.

Le camp Gaston Sindimwo affirme que Tatien Sibomana est un homme fini politiquement…

Quelle est cette donne nouvelle  qui pousse l’Uprona officielle à dire que Tatien Sibomana est fini politiquement ?  Aujourd’hui plus qu’hier, nous incarnons les valeurs et la vision du parti. Par contre, le camp Sindimwo a eu l’argent pour acheter de la bière  aux petites gens  qui en ont tant besoin.  La preuve est qu’aux élections  de 2015,  alors que nous n’étions pas aux élections, ils ont récolté le score lamentable que tout le monde connaît ? Même les paysans de l’Uprona ne sont pas dupes comme l’aile officielle veut le  faire croire.

En 2015 ils ont eu un piteux score mais  aujourd’hui, ils sont en train de se préparer sérieusement pour 2020…

En 2020, ils n’auront pas de membres. Ils ne font que s’enfoncer en soutenant des positions insoutenables. Qui est cet Uproniste de l’aile Gaston Sindimwo qui a plus d’influence et de charisme que Tatien sibomana à Gitega, qu’Evariste Ngayimpenda à Rutana, que Muceri à Mwaro, que Gasuhuke à Cankuzo, pour ne citer que ceux-là ? Uprona de Gaston Sindimwo, a-t-elle déjà créé des leaders pour supplanter toutes ces personnalités de l’Uprona de l’opposition ?

A part l’opération de remobilisation des militants du parti par l’Uprona de Gaston Sindimwo, il y a Nditije et Busokoza qui sont au CNARED. Uprona de l’opposition est fragilisée ?

L’Uprona de l’opposition ne se fissure pas contrairement aux  propos de l’Uprona officielle. D’abord le parti Uprona est géré par des organes et non par des individus. Il est géré aussi conformément à ses statuts  et règlements. Pour une décision ou une autre, il y a un organe habilité à la prendre. Il y a des quorums exigés par les textes pour que ces organes siègent et délibèrent valablement.  S’il n’y a pas consensus, la majorité absolue dans certains cas ou les deux-tiers dans d’autres prennent la décision et ces décisions sont opposables à tout le monde. Que ce soit Tatien Sibomana, Charles Nditije ou Evariste  Ngayimpenda, tous sommes liés par  ces  organes conformément aux dispositions statutaires et réglementaires du parti. Pas de fissure donc. Nous ne faisons que mettre en application les décisions prises par ces organes  et la majorité écrasante soutient ces décisions  qui sont en train d’être mises en application par le président a.i Evariste Ngayimpenda.

Apparemment Gaston Sindimwo et  Charles Nditije drainent beaucoup de gens du bureau exécutif de 2009 auquel vous faites tout le temps allusion. Le camp Tatien Sibomana ne serait-il pas très affaibli ?

Nous sommes ensemble avec 30 des 71 membres du bureau exécutif. Dix membres du bureau exécutif non institutionnel  sont en exil.  Trois sont décédés dont Jean Baptiste Manwangari. Six sont en jachère politique, c’est-à-dire qu’ils ne sont ni chez nous ni chez Gaston Sindimwo. Cela veut dire qu’il ne reste que 22 membres du bureau exécutif qui sont avec Gaston Sindimwo.

Gaston Sindimwo et Abel Gashatsi parlent de la réunification de l’Uprona. Votre réaction ?

C’est de l’escroquerie politique.  Ce n’est pas une réunification mais une adhésion. La réunification se fait sur base  des modalités convenues  entre les deux tendances.  Elle se fait en plus  sur base de l’évaluation  du  respect des valeurs et de la vision du parti Uprona. Elle se fit enfin  sur bases statutaires  et réglementaires : les textes de 2009.  Or, le système Gaston Sindimwo est du copié-collé  du système du CNDD-FDD.  A titre indicatif, on attend le 56ème  anniversaire de la victoire de l’Uprona aux élections de 1961 et les  Gaston Sindimwo  est en train de  manifester comme le fait le CNDD-FDD soi-disant pour commémorer le 55ème  anniversaire  que l’Uprona célèbre normalement le 18 septembre.

Gaston qui reçoit le 22 janvier à Muramvya une vache en cadeau de la part des militants à la base, signe de sa popularité

On soudoie la base de l’Uprona en proie à la misère sans nom. Même du temps  où  l’Uprona avait une base électorale plus consistante, il n’y a pas eu cette mauvaise pratique de donner des vaches en dons  aux leaders.

Véritable embrouillamini : Nditije président du CNARED et l’Uprona de l’opposition dans laquelle se reconnaît M. Nditije qui a sa propre logique à Arusha.  Quid?

L’Uprona non gouvernementale a ses propres organes. Ce sont ces  derniers  qui décident des orientations politiques  à mettre en œuvre même pour ce qui est du dialogue inter-burundais. Le bureau exécutif du comité  central a donné la voie à suivre.  Que Nditije soit président du CNARED, c’est son droit. Mais dès la naissance du CNARED, le parti Uprona avait signifié au  directoire  que compte tenu des questions spécifiques  que l’Uprona doit défendre de façon spéciale, elle  devrait  désigner sa représentation  au dialogue inter-burundais. La  position aurait été prise  quand Nditije  était encore président.  Elle n’a guère changé  jusqu’aujourd’hui.  C’est vrai qu’on a des exigences  communes avec le CNARED  et surtout avec la coalition Amizero y’Abarundi , cela ne signifie pas  qu’il ne peut pas y avoir des nuances sur certains aspects.  Pour cela, il y aura complémentarité  sur certaines questions  comme il peut y avoir  des positions spécifiques sur d’autres aspects.

Brisées les relations entre l’Uprona de l’opposition et Agathon Rwasa ?

Pas du tout brisées. A titre indicatif, vous saurez que Mkapa nous invite à  Arusha comme Amizero y’Abarundi. Il nous invite à ce titre parce qu’il est ligoté par le CNDD-FDD qui nous a chipé nos partis respectifs.  Même sans partis dits reconnus par le pouvoir, même sans avoir mené campagne, la population a montré que nous sommes des forces incontournables. D’où il fallait chercher une appellation pour nous inviter au dialogue. Nous avons signé un document fondateur  de la coalition, lequel  document visait plus loin  que les seules élections  de 2015.  C’est  la première raison qui nous pousse à garder contact parce que cet objectif ultime  de constituer une alternative pour ce pays est toujours recherché.  Quand nous sommes à Arusha, nous signons  sur des documents communs  et nous nous entendons sur toutes les questions  qui nous sont soumises.

Le parti Uprona de l’opposition va-t-il se  présenter aux élections de 2020 ?

L’objectif de tout parti politique c’est de se présenter aux élections. Mais faut-il encore que ces élections soient bien préparées  conformément aux lois qui régissent la République.  Il faut que ces élections respectent les normes et standards internationaux. On en n’est pas encore là pour le moment.  C’est une question qui sera appréciée le moment venu.

Uprona de l’opposition n’a pas voulu siéger à l’Assemblée Nationale pour la législature 2015-2020. Vous ne regrettez pas votre politique de chaise vide ?

Tout ce qui nous impose à violer l’Accord d’Arusha et la Constitution ne nous sera jamais opposable. Il ne fallait pas aller aider ceux qui ont pris l’option de passer outre l’Accord d’Arusha et la Constitution de se légitimer beaucoup plus.

Si vous aviez occupé vos sièges,  vous  seriez en train d’alimenter un  débat contradictoire à l’Assemblée Nationale…

On ne regrette pas. Les dés étaient déjà jetés. Le CNDD-FDD  avait tout verrouillé pour s’assurer  des  deux-tiers  à l’Assemblée  Nationale  qui constituaient le quorum de la majorité de vote des lois sauf la révision de la Constitution. Les informations que nous détenons feraient que la coalition aurait gagné les élections de 2015 même sans avoir mené campagne. La preuve : le Code électoral exige que les mandataires  des partis politiques signent et rentrent avec les procès-verbaux. Pour dire que le décompte des voix ne prendrait pas plus d’une journée. Or, ils ont fait cinq jours sans avoir proclamé les résultats.

Mais Rwasa siège à l’Assemblée Nationale et contribue énormément  dans les débats…

Les lois passent comme s’il n’était pas là. Le retrait du Statut de Rome a passé même si les députés d’Amizero y’Abarundi avaient voté contre.

Le Gouvernement  voudrait amender la Constitution  parce que le peuple, seul détenteur de la souveraineté nationale le réclame ainsi.  Votre réaction.

Il ne faut même pas entrer dans ce débat. On risque de faire le jeu du CNDD-FDD. Il y a l’article 299 qui stipule qu’aucune procédure de révision de la Constitution ne peut être acceptée si elle porte atteinte à l’unité nationale, à la réconciliation, à la démocratie et à l’intégrité du territoire. Donc, aussi longtemps que cette crise perdure et que le gros des leaders ont été contraints à l’exil sans oublier les centaines de milliers  qui vivent dans les pays d’exil, il serait impensable que la révision enclenchée dans cette conjecture n’apporte pas préjudice à ces valeurs universelles précitées.  Vouloir amender la Constitution serait enfoncer le  clou en aggravant une situation politico-sécuritaire déjà préoccupante.

 Et si le peuple accordait  un quatrième mandat à Nkurunziza et même autant de mandats qu’il voudra…

Cela relèverait de l’irresponsabilité politique. A voir la crise dans laquelle le pays est déjà plongé suite au troisième mandat, penser à un quatrième mandat serait de la myopie et de l’irresponsabilité politique. Ce serait comme un maître qui pose  toujours des  questions en connaissant les réponses. Même le Conseil de Sécurité des Nations Unies  a déjà exprimé ses inquiétudes face aux conséquences qui seraient inhérentes  d’un éventuel quatrième mandat.

Mais c’est le peuple qui pousse Nkurunziza à briguer un quatrième mandat…

Ce serait de la manipulation de la population. C’est le CNDD-FDD  voire un petit groupe au sein du parti au pouvoir  qui veut faire avaler cette option à la population.  On le sait même qu’au sein du CNDD-FDD, beaucoup étaient déjà contre le troisième mandat. Ils sont déjà plus nombreux à ne pas souhaiter le quatrième mandat de Nkurunziza.

Croyez-vous dans les négociations d’Arusha ?

Nous sommes optimistes parce que  si nous ne l’étions pas, on aurait  déjà déclaré ce processus inopportun  et par voie de conséquence on n’y  participerait plus.  Mais comme le parti Uprona de l’opposition est convaincu  que le salut du peuple burundais passera par la voie  de dialogue, nous faisons tout  pour que cette voie soit là seule privilégiée pour résoudre la crise qui endeuille le Burundi.  Être optimiste ne signifie pas qu’on n’a pas d’appréhensions.  D’abord nous déplorons la mauvaise foi des  institutions issues  des élections contestées de 2015.  La mauvaise foi caractérisée par le refus du dialogue, les manœuvres dilatoires, l’entêtement à réviser la Constitution  comme étant l’émanation  des consultations unilatérale pilotée pat la CNDI.

Arusha,  rien que pour parler des élections de 2020,  donner des garanties qu’on y participera, qu’on ne se retirera pas au cours du processus et qu’on respectera le verdict des urnes. Arusha pour parler du retour des politiciens en exil et des réfugiés au Burundi…

C’est encore une fois une manipulation de l’opinion. Parler des élections nécessite de se rendre à Arusha surtout quand il s’agit des élections de 2020 qui ne souffrent  encore pas  de contentieux. C’est aussi une façon  de la bonne conscience  car le CNDD-FDD  et ses institutions  constituent une des parties  en conflit. Donc, il n’est pas de ses compétences  de fixer l’ordre du jour  du dialogue. Ce dernier devant être  un compromis de tous les parties au  dialogue.

Quelles sont les questions clés à traiter  à Arusga ?

Il y a des questions déjà validées par la facilitation  et le sommet des chefs d’Etat de l’EAC. Selon nous, toutes ces questions peuvent être groupées  en trois grandes parties. L’évaluation et la mise en œuvre  de l’Accord d’Arusha  qui en définitive  regroupe les huit thématiques. Les institutions à mettre en place pour mettre en exécution le cahier des charges et en troisième lieu le mécanisme conjoint  de suivi et de mise en œuvre  de l’Accord d’Arusha  et de l’accord qui sera suivi après le dialogue.

Tatien Sibomana va à Arusha pour représenter la minorité Tutsi alors qu’aucun Tutsi ne l’a mandaté pour cette fin…

C’est une allégation véhiculée par les détracteurs de Tatien Sibomana. En faisant allusion à la défense des minorités, je faisais allusion à l’histoire des G7 et  G10 qui ont négocié l’Accord d’Arusha de 2020.  Être membre de l’Uprona qui était chef de file du G10 qui était à prédominance Tutsi  et ne pas défendre les intérêts de  ces minorités serait un manquement grave-même.

La question de minorité Tutsi discriminée  se poserait-elle actuellement au Burundi ?

On crie toujours qu’il y a déséquilibre dans les corps de défense et de sécurité. A quoi fait-on allusion ? N’est-ce pas à Hutu-Tutsi ? Est-ce que quelqu’un qui dit qu’il faut sauvegarder ces équilibres est-il condamnable ? Quand on dit qu’il faut respecter la loi portant distinction des postes politiques des postes techniques, n’est-ce pas la défense  des minorités politiques  et ethnique en même temps ? Quand il faut défendre le quorum des votes des lois à l’Assemblée Nationale et au Sénat, quand il faut défendre les dispositions de l’Accord d’Arusha et de la Constitution qui garantissent tant bien que mal le partage ethnico-politique du pouvoir, n’est-ce as une façon  de défendre les intérêts des minorités politiques  et ethniques en même temps ? Finalement, au lieu de condamner Tatien Sibomana on est plutôt fondé de savoir ce que défendent les autres qui se disent grands défenseurs de l’Accord d’Arusha et de la Constitution. J’ai  parlé des minorités « inkehwa »et pas de « minorité tutsi ». Il y a des questions des minorités politiques et ethniques et ces questions ne seront pas défendues à Arusha par le CNDD-FDD et ses acolytes.

Nkurunziza, l’homme fort   du Burundi qui  maîtrise la situation sécuritaire dans le pays. La population est rangée derrière lui. Et si jamais il décidait de poursuivre son bonhomme de chemin et de se passer du dialogue d’Arusha, un dialogue par ailleurs Bujumbura qualifie de partage à qui mieux mieux du pouvoir» (amagaburanyama) ?

«  Igihugu si icana » (Le pays veille). Qui dit  force d’un leader dit la force de bien faire, dit la force de sécuriser  tout le monde dans ses biens  et dans sa personne  sans tenir compte  de son parti politiques, de son ethnie, de sa région et de tout autre considération.  C’est de faire en sorte que  la population puisse satisfaire à ses besoins fondamentaux. C’est de promouvoir l’Etat de droit  et la bonne gouvernance dans ses aspects politiques, juridiques et économiques. Est-ce que c’est la situation que nous vivons ?  La justice qui devrait être le pouvoir d’équilibre  est-elle en train de jouer pleinement son rôle ? Les assassinats continuent, les disparitions forcées, les emprisonnements arbitraires  et bien d’autres maux  qui gangrènent la société.  C’est ça dire que la situation sécuritaire est maîtrisée ?

Mais le Président Nkurunziza est soutenu par la majorité des Burundais…

Dire qu’il est soutenu par  la majorité des Burundais, c’est aussi une erreur politique  de dire ainsi  parce que même la frange  qui ne le soutient pas a besoin  d’être gouvernée  et ne perd pour autant la citoyenneté burundaise. En plus, le meilleur thermomètre  qu’il est soutenu par la majorité  de la population c’est le résultat des urnes, des élections organisées conformément aux lois nationales et en respectant les normes  et standards internationaux de tout processus électoral crédible.  Faut-il penser que les élections de 2015 en constituent une bonne illustration ?

Mais les élections de 2015 ont prouvé la popularité du Président Nkurunziza….

Pour ceux qui ne le savent pas, si on se réfère au rapport de la CNI sur les élections de 2015 et qu’on tient en compte du nombre  d’électeurs qui ne  se sont pas fait inscrire,  d’autres qui se sont fait inscrire et qui ne sont  pas allés  voter ; si on tient compte  encore de ceux  qui ont voté  abstention ou qui ont occasionné des bulletins nuls, si on tient compte enfin de ceux qui ont voté pour des partis et coalitions qui n’étaient pas partis aux élections,  aux législatives et aux communales, le CNDD-FDD n’a pas totalisé 45%. Aux présidentielles, le candidat Nkurunziza n’a pas totalisé 52%. Est-ce  cela que l’on appelle popularité et légitimité ?

Estimez-vous qu’il soit grand temps que les réfugiés rentrent dans leur Burundi natal ?

Il n’est pas encore temps. Les raisons de l’exil  restent toujours pendantes : cadavres retrouvés tous les jours,  disparitions,  emprisonnements arbitraires auxquels s’est ajoutée  la pauvreté sans nom. Tout cela ne favorise pas le retour  des gens  qui sont en exil. D’où l’impérieuse nécessité de  clôturer dans les meilleurs délais le dialogue afin  de créer les conditions de retour  de ces réfugiés au pays.

Un grand défi national : la faim sévit dans le pays.  Quel remède ?

Avant de parler de remède, il faut d’abord parler des causes. La faim est liée à la crise que nous vivons dans tous ses aspects  qui a des conséquences fâcheuses sur  la vie socio-économique.  Elle résulte aussi des conditions climatiques peu clémentes. La conséquence de la faim, c’est l’épidémie de paludisme. Comme solution, il faut mettre fin à la crise  et cela doit passer par la conclusion rapide  du dialogue sous la houlette de l’EAC.  Il faut aussi continuer à mobiliser l’aide internationale humanitaire.  Mais avant de guérir tout mal, il faut d’abord accepter de le nommer.  Cela évite la perte en vies humaines inhérente à la tergiversation des pouvoirs publics qui tardent à reconnaitre que la population meurt de faim  et de paludisme.

Tatien Sibomana un opposant qui n’a pas la langue dans sa poche et qui réside au Burundi. Ne craint-il  pas pour sa sécurité ?

Je vis avec l’appréhension  comme tout Burundais mais plus particulièrement  comme opposant au système. Toutefois, malgré l’appréhension  ou même des risques,  on a pris l’option  de continuer  le combat  en restant au pays. Ceci parce que Tatien Sibomana n’a jamais prôné la violence  et ne  la prônera jamais.  Si par malheur il était victime  de ses convictions politiques, son parti, sa famille  et les Burundais  réclameront la justice  comme Tatien Sibomana  est en train de le faire pour les autres. Mais il fait un clin d’œil  aux tenants de cette façon  de faire  que ce ne sera pas la voie pour conduire le Burundi paisible et réconcilié avec lui-même.  Autre chose, contrairement à certains, aucune guerre politique ne peut être gagnée  par les leaders  qui la mène  en restant à l’extérieur du pays.

D’après vous, quels sont les cinq hommes forts du Burundi ?

Et si j’étais parmi les cinq !

5 Comments

  1. Horandazi

    Tatien, Charles nditije, Busokoza..etc, ils representent toujours l’Uprona? Ou c’est le Cnared? Arrete moi cette blague. Je ne sais plus qui les donnent l’argent en occident pour rester actif, mais crache plus sur l’Uprona.

  2. Ntahitangiye

    Nous avons assez souffert et nous avons montré que nous (peuple) étions étions capables de réfléchir , de nous ressaisir pour constater nos dégâts et de nous (Hutu Tutsi et Twa) réconcilier.
    1)L’équilibre ethnique doit s’opérer beaucoup plus dans nos têtes que dans le simple nombre de Hutu ou Tutsi dans une institution. Savoir qu’on est Burundais avant d’être Hutu ou Tutsi au lieu du contraire.
    2)La modification de la constitution devra mettre une très grande importance sur les projets de sociétés des candidats à l’élection présidentielle, et une surveillance rigoureuse du déroulement des élections. Le pays se développera avec les projets de société et non avec le nombre de mandats des candidats. Les candidats sans projets, ou ne pouvant pas avoir des représentants dans tous les bureaux de votes, sont les premiers à crier le nombre de mandats,la non transparence et la non crédibilité de l’élection .
    3)Les débats sur la limitation du nombre de mandat n’ intéresse que ceux qui rêvent occuper ce poste de présidence de la république. C’est leur droit absolu, mais il faut y arriver par des projets et par les urnes et non par de long discours ou des guerres. On n’a plus besoin des opposants qui s’opposent pour s’opposer en disant tout est mauvais ou des adeptes qui disent que tout est bien.
    Nous avons besoin des politiciens qui reconnaissent ce qui a été bien fait et veulent améliorer ce qui a été mal fait. C’est le seul chemin vers le développement. le reste n’est qu’une distraction pour détruire.andidat
    Si un candidat, fatigué veut se maintenir au pouvoir, son projet sera fatiguant et sera éjecté par les urnes.

  3. jishorimwe

    sigaho kuvugira umugambwe uri ku butegetsi basha muri ayo ma commentaires yanyu atagira amaguru n’umutwe

  4. jishorimwe

    mbega ivyo uvuubaza ugira orientation y’inyishu ga filipo ngendakumana; uko siko bagira interview à moins que uriko ugira communication y’umugambwe CNDD FDD.Nayo ahandi uko siko babaza.

  5. iciyumviro canje mwagikuyeko kubera kidahuye n’ivyipfuzo vyanyu!!!!! shame to you!!!!! quel journalisme!!!

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