Économie locale

Commerce ambulant à Bujumbura : une réglementation restée lettre morte

Chassés autour de l’ancien marché central de Bujumbura pour des motifs d’hygiène et de sécurité, les commerçants ambulants sont toujours présents au centre-ville.

©Ikiriho – Vendeurs ambulants dans Bujumbura

Avenue du Progrès, communément appelé «Kwa Ngoma ». Des femmes furètent. Elles guettent un éventuel passage de policiers. Ce sont des vendeuses clandestines. Elles ont pris la précaution de dissimuler des paniers de fruits et de légumes au bord de la route, derrière les fleurs: «Quand la police nous repère, elle fond sur nous et nous dépouillent de nos biens. Des fois la police nous embarque dans les pickups » se lamente l’une d’elles.
Dans d’autres rues et avenues de la ville, des garçons circulent avec des petits articles au fond des sachets. A la sauvette, ils vendent des chaussures, de la friperie, des draps, etc. Ils colportent aussi des articles divers.

En décembre, la police avait intensifié la campagne de chasse aux vendeurs ambulants au centre-ville comme dans les quartiers. Ce furent des lamentations de ces petites gens qui vivent au jour le jour de leur commerce ambulant. Ces jérémiades avaient décidé la ministre du Commerce Pelate Niyonkuru à sortir le 29 décembre trois ordonnances pour tenter de réglementer ce commerce de rue.

Selon ces textes, un commerçant ambulant ne peut pas dépasser 2 millions Fbu de chiffre d’affaires pour ne pas concurrencer les commerçants fixes. Le ministère du Commerce demandait aux vendeurs ambulants de se faire aussi enregistrer dans leurs communes natales ou de résidence. Le ministère interdisait aussi le commerce ambulant de certains produits, notamment les appareils électroniques, les produits pharmaceutiques et les cosmétiques.

Pas de réponse au vrai problème des vendeurs de rue

Mais les vendeurs de rue trouvent que les ordonnances de la ministre du Commerce Pelate Niyonkuru n’ont pas contribué à l’amélioration de leur situation: «La ministre nous a renvoyés dans nos communes pour nous faire enregistrer. A la commune, l’administration nous a dit qu’elle nous convoquera. Jusqu’à maintenant nous attendons. Mais entre-temps, nous devons chercher de quoi manger » témoignage d’un vendeur des vêtements sur la voie publique.

L’administrateur de Mukaza, Désiré Bazimpaka indique que la commune est en train de confectionner le modèle d’attestation qu’elle proposera à la mairie: « Nous ne voulons pas interdire ces commerçants d’exercer leurs activités. Mais il faut aussi noter que tout commerçant ambulant doit avoir d’abord le numéro d’identification fiscale (NIF) ». Or, selon des vendeurs de rue, le chiffre d’affaire avoisine à peine les 50 mille Fbu: « Le NIF, c’est trop nous demander », dira une d’elles.

Au nord de la capitale, l’administrateur de la commune de Ntahangwa dit ne pas trop en savoir sur la question des vendeurs ambulants. Pourtant, Ntahangwa est la commune qui en concentre le plus, surtout les femmes vendeuses des fruits dans les rues du centre-ville. Elles sont pour la plupart des quartiers pauvres de Kamenge et Kinama.
Signalons que les femmes installées à l’intérieur du « Grenier du Burundi » (mini-marché de fruits et légumes jouxtant l’ancien marché central de Bujumbura) disent subir de moins en moins la concurrence déloyale des vendeurs de rue: « Elles étaient le premières à rabattre les clients qui passaient. Nous qui sommes installées à l’intérieur de marché n’avaient pratiquement plus de clients. Pourtant, c’est nous qui payions des taxes ».

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