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Francine Niyonsaba : « La femme peut gagner le pari de 50-50 dans le milieu du travail d’ici 2030 »

La spécialiste burundaise du 800m et médaillée d’argent aux JO de Rio soutient le thème mondial de la journée internationale de la femme : « Egalité de genres dans le milieu du travail d’ici 2030 ».  Dans une interview exclusive à Ikiriho, Mlle Niyonsaba  dresse  aussi l’état des lieux de l’athlétisme au Burundi et revient sur son « argent » gagné à Rio. Est-elle satisfaite de la récompense reçue des autorités du pays ?

Francine Niyonsaba, spécialiste burundaise du 800m et médaillée d’argent au JO de Rio

Le 8 mars, le monde célèbre la journée internationale de la femme. Qu’est-ce que cette journée te dit en tant que fille burundaise ?

Comme vous le dites, nous sommes dans une semaine dédiée à la femme dans le monde et au Burundi. Je pense que c’est une très bonne chose car à ce jour, les femmes se rassemblent, préparent des fêtes et échangent sur des thématiques concernant les problèmes qu’elles rencontrent dans la vie de tous les jours. C’est une occasion de proposer des solutions et décider la stratégie de  développer les différents secteurs d’activités auxquels elles sont affectées.

Penses-tu que la parité Homme-Femme dans le milieu du travail  soit  une réalité d’ici à 2030 comme le stipule le thème mondial de cette année ?  

J’estime que c’est un pari que la femme peut gagner.  Se fixer des délais pour atteindre l’objectif de 50% Hommes et 50% Femmes dans le milieu du travail est déjà un signal fort qui montre la détermination de la femme à l’atteindre cet objectif.   Je suis très d’accord avec ce thème et je suis persuadée qu’elle est réaliste. C’est un objectif qui encourage les femmes à s’engager dans les métiers au même niveau que les hommes.

Parlons cette fois-ci de l’athlétisme. Les filles sont-elles traitées de la même manière que les garçons dans le domaine du sport au Burundi ?

D’après ce que je vois, les filles est les garçons sont considérés de la même manière au Burundi dans le domaine du sport. Seulement, les filles n’aiment pas les activités sportives au même degré que les garçons. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est de faire que les filles aiment le sport. Il faut que les filles découvrent elles aussi qu’elles peuvent réaliser de bonnes performances, et  de là qu’elles peuvent se  développer elles-mêmes et développer le pays à travers le sport.

Comme athlète de renommée mondiale, qu’est-ce que vous êtes en train de faire pour que vos sœurs  s’impliquent dans le sport ?

J’ai déjà commencé. L’année passée, j’ai organisé une compétition au niveau national qui s’est déroulé en province Ruyigi. Je l’ai fait pour inciter les autres  et surtout les filles à bosser fort comme je l’ai fait pour espérer un jour devenir des athlètes de haut niveau comme moi. Les filles, autant que les garçons doivent développer leurs talents sportifs.

Mais les jeunes burundaises ne sont pas persévérantes  dans le sport…

En réalité, moi aussi je suis passée par là. C’est vrai que j’ai eu des problèmes au commencement, mais au fil du temps, ça ne m’a pas empêché de continuer parce que j’étais persévérante, courageuse. J’exhorte la fille à s’affirmer. Chacune doit avoir confiance en soi.

Après les Jeux Olympiques de Rio, tu es en vacances dans ton pays natale. Est-ce que tu continues les entraînements ?

Après ma médaille à Rio, vingt ans après celle de Vénuste Niyongabo, j’ai pris un seul mois de vacance. Mais, c’est à partir du 10 octobre que j’ai commencé l’entraînement pour préparer les championnats de 2017. Maintenant, les compétitions n’ont pas encore commencé. Mais, je m’entraîne pour pouvoir  toujours bien représenter le pays étant en forme.

A Rio ce fut l’argent. Quand est-ce que tu nous ramèneras  l’or ? Plus précisément quand vas-tu  battre la Sud-africaine  Caster  Semenya ?

Ça ne tardera pas. Dans ma pensée, j’ai toujours rêvé offrir une médaille d’or au Burundi avant la fin de ma carrière.  Pour cela, je me prépare intensément tous les jours. C’est pour cette raison que je vous rassure. La médaille d’or doit rentrer au Burundi un jour ou l’autre.

N’as-tu pas peur  que  des Kényanes ou des Ethiopiennes te coiffent sur le poteau ?

Non, je n’ai pas du tout et du tout  peur qu’une Kényane ou une Ethiopienne me batte dans une grande compétition. Seulement, quand je cours avec elles, cela  me donne la force de me  dépasser pour réaliser de bons chronos.

L’athlète Francine a été repérée lors des championnats interscolaires. Comment se porte l’athlétisme scolaire aujourd’hui au Burundi ?

Aujourd’hui, le niveau du championnat interscolaire a régressé, voire s’est dégradé jusqu’à même à 99% de ce qu’il était dans le temps. Je pense qu’on devrait voir comment relever le niveau du sport dans les écoles. Il faut détecter les talents dès le bas âge. Il faudrait notamment réactiver le brevet scolaire d’athlétisme au primaire. Je suis sûre que le Burundi regorge d’autant sinon plus  de talents que le Kenya  ou l’Ethiopie.

La Mozambicaine  Maria Mutola fut reine du 800m pendant une longue période.  Vous sentez-vous en forme pour rester athlète de haut niveau encore plus longtemps  comme elle ?

Si l’organisme tient bon, si je n’ai pas de blessure, rien n’empêche que ma carrière soit très longue. Le sport ne compte pas d’années. Tout dépend de la volonté et de l’éducation parce que c’est l’essentiel pour faire perdurer la carrière sportive. Tu mets fin à ta carrière  seulement quand tu sens que l’organisme n’en peut plus.

Si j’ai bien compris, tu es physiquement apte à être sur les pistes encore  cinq ou  six années ?

Pas seulement six. Je peux même les dépasser. Je me sens en forme. Rien ne m’empêche de continuer avec ma carrière parce que j’aime bien l’athlétisme.

Est-ce que, l’Etat pose des gestes substantiels pour les athlètes qui représentent le Burundi dans les grandes compétitions ?  

Dans notre pays, il y a encore un problème  d’aider les sportifs.  Dans les autres pays par exemple, il y a des lois régissant les sportifs ; des lois régissant toutes les catégories de sports pour que ces jeux soient préparés à temps. Chez nous au Burundi, il n’y a pas de préparatifs. C’est la raison pour laquelle les jeunes semblent découragés.

D’où ton coup de gueule sur les réseaux sociaux à quelques jours des JO?

Le gouvernement ne met pas de moyens dans la préparation des sportifs. On songe aux préparatifs seulement quand les championnats approchent. Là, tu ne peux non plus être prêt pour le championnat en une semaine. Moi par exemple, lors des jeux olympiques, j’ai eu une semaine seulement pour me préparer. Voilà, maintenant, je me prépare depuis octobre pour les championnats mondiaux d’août 2017. C’est cela qui devrait être fait avant les championnats pour que le sportif se présente étant bien entraîné. Si j’ai eu la médaille, c’est grâce à Dieu et au courage. J’ai eu le courage et Dieu m’a aidée. C’est le même cas pour les autres athlètes qui représentent le pays dans des compétitions mondiales ou autres.

Francine Niyonsaba, une athlète de renom et partant riche, très riche même ?

Ce que je peux dire maintenant est  que je peux me faire vivre. Ce qui n’était pas le cas avant. Je suis issue d’une famille pauvre mais aujourd’hui, je peux me procurer  ce dont j’ai besoin. Je peux dire que j’ai gagné beaucoup de choses avec le sport. Le sport est un métier. C’est un travail pour moi. J’en profite pour appeler les autres à le considérer ainsi. Il suffit d’avoir du courage et de penser à ce que tu peux accomplir.

Francine Niyonsaba court sur les pistes en Europe, en Amérique et ailleurs ,  jamais  au Burundi.  Quand est-ce que tu prévois courir devant le public burundais au Stade Prince Louis Rwagasore?

La raison est simple. Les sportifs de haut niveau au Burundi sont peu nombreux. C’est soit moi ou peut-être deux autres seulement qui ne vivent même pas au pays. Alors, à voir le ticket d’avion pour venir courir avec ceux qui n’ont pas encore les minimas requis pour se qualifier à telle ou telle autre compétition, c’est difficile. Mais dans les autres pays, quand on veut se préparer pour les championnats internationaux, on organise d’abord des championnats nationaux pour sélectionner ceux qui vont représenter le pays. Cela n’est pas encore le cas pour le Burundi.

Comme tu es à Bujumbura, ne pourrais-tu pas approcher le ministère de la Jeunesse  et des Sports pour organiser un  mini-championnat au Burundi ?

Depuis que je suis Francine Niyonsaba, je n’ai jamais vu aucun championnat organisé par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Seulement, la fédération d’athlétisme organise des championnats pour préparer les athlètes et les présenter au public. C’est là que le ministère de la Jeunesse et des  Sports devait intervenir pour les soutenir. Il devrait y avoir pour le moment une équipe nationale d’athlétisme comme il y en a une pour le football et pour les autres jeux. L’athlétisme a été relégué au second plan au Burundi, bien loin du football. Pourtant, ce sont  les athlètes qui portent très loin le drapeau du Burundi plus que les footballeurs. Et je profite pour remercier la fédération d’athlétisme qui ne ménage rien pour faire retourner l’ancien système de sélection des athlètes via des championnats nationaux afin que ce domaine sportif soit développé. Hommages très appuyés à Dieudonné Kwizera surnommé Muvuduka.

Quelle appréciation fais-tu des athlètes de haut niveau qui sont à l’étranger comme Antoine Gakeme, Diane Nukuri ?

Antoine Gakeme est un valeureux  sportif. Quand je commençais ma carrière, je voyais Gakeme et le prenais comme une star. Tout le monde l’appréciait lors des championnats interscolaires. J’apprécie aussi hautement Diane Nukuri, l’unique Burundaise qui fait le marathon aux côtés des Kényanes et des Ethiopiennes.  Mes hommages vont aussi à Thierry Ndikuriyo et  à bien d’autres qui sont dans le droit chemin comme Elsy Uwamahoro et Billy qui peuvent servir d’exemple pour la jeunesse burundaise.

Vous avez ramené la médaille d’argent des JO de Rio, qu’est-ce que les organisateurs vous ont donné comme récompense ?

Je voudrais vous éclairer sur ça et que les gens le sachent. Aux Jeux Olympiques, on ne donne pas d’argent. L’athlète est récompensé par le pays pour lequel l’athlète a ramené la médaille.

Si ce n’est pas un secret, qu’est-ce que le pays vous a offert ?

Ce n’est pas un secret, le pays m’a donné cinq millions de francs burundais pour la médaille d’argent que j’ai gagnée. Partout ailleurs, il y a des lois régissant le sport sur  lesquelles les pays se basent pour déterminent la récompense pour un athlète qui remporte tel ou tel autre championnat.

Es-tu satisfaite de cette enveloppe ?

Oui. Je suis satisfaite parce que ce n’est pas chose courante au  Burundi.

One Comment

  1. Jean-Marie

    Courage, portez le flambeau plus haut pour l’ honneur de ton peuple.

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