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Ikiriho, ou une autre manière de faire du journalisme au Burundi

Après plus d’une année de publications, Médiatrice Barengayabo, la Directrice du pure-player Ikiriho nous raconte la genèse d’un projet qui est en train de changer la manière de faire du journalisme au Burundi.

Médiatrice Barengayabo, actuelle PDG d’Ikiriho Press Group, a rejoint le projet en 2016 avec la délicate mission de s’assurer que Ikiriho devienne une organisation médiatique de premier plan qui répond aux besoins des différents publics sur le plan international, à l’ère numérique. Elle a déjà travaillé pour plusieurs organisations en Afrique du Sud, y compris la direction d’une ONG locale, Embrace Dignity, qui s’efforce de protéger les droits des femmes. Elle détient une maîtrise en santé publique bien que son expérience professionnelle dépasse ce domaine pour inclure les relations internationales, l’organisation d’événements médiatiques et la gestion électorale

Comment Ikiriho est-il né ?

Ikiriho est un medium qui a vu le jour en août 2015, au milieu de la crise que traversait le Burundi. En ce moment-là, le récit des médias burundais sur le pays était très contrasté: quand les internautes consultaient les sources d’information, ils avaient l’impression que les médias avaient décidé de prendre clairement partie dans le conflit. Pour ou contre. Les lecteurs étaient perdus.
Or le Burundi avait un tissu social fraîchement sorti de guerre, avec plus de 50 ans de violences politiques derrière et des mémoires blessées. Partant de ce constat, une place se libérait pour un medium véhiculant une information réparatrice, qui veille aux acquis de la réconciliation au Burundi, qui fait la promotion du dialogue entre toutes les parties prenantes à la vie nationale, du simple paysan à l’élite et à la diaspora, qui parle de développement socio-économique et qui accompagne les efforts des différents partenaires bilatéraux et multilatéraux impliqués dans la pérennisation des acquis de l’Unité et des Accords d’Arusha. C’est ainsi qu’un groupe de jeunes burundais s’est levé, et a fait le choix de raconter « ce qui est » (ikiriho, en kirundi), en montrant toutes les facettes de ce qui se passait au Burundi.

Comment fonctionne Ikiriho ?

Ikiriho au départ fut lancé par des jeunes étudiants burundais en Chine. Ils se partageaient les derniers évolutions de la crise au Burundi. Chacun contribuait de sa façon, en s’appuyant principalement sur ses sources au Burundi ou dans la diaspora, pour vérifier les faits et recouper les informations. Une tâche rendue facile par l’usage de WhatsApp et Facebook.
Après plus de cinq mois de publications, le projet s’est formellement structuré avec l’arrivée de mon prédécesseur Fabrice Iranzi à sa tête. Ainsi, Ikiriho est devenu une entreprise médiatique agréée par le Conseil National de Communication comme agence de presse sur le Net. Depuis peu, nous étoffons ce professionnalisme: un réseau de plus de 40 contributeurs de contenu, une salle de rédaction, un mini studio vidéo et plusieurs départements qui reflètent la diversité de l’actualité burundaise, de la politique à l’économie, aux sports et aux loisirs, etc.

Pourtant, certains de vos confrères répètent à qui veut l’entendre qu’Ikiriho est “un organe de communication du gouvernement”…

Souvent par méconnaissance, ou par calcul intéressé, nous avons des accusations pareilles. C’est se tromper, ou vouloir induire le public en erreur. Si Ikiriho tient depuis 15 mois, c’est uniquement grâce aux contributions de nos lecteurs, et depuis peu grâce aux rentrées financières générées par notre pôle marketing. Ce qui dérange ceux qui nous accolent une étiquette politique est justement le cœur même de l’identité d’Ikiriho : l’innovation numérique.
Sinon, nous sommes heureux qu’aujourd’hui, les lecteurs d’Ikiriho peuvent savoir ce que pensent les leaders de l’opposition comme ceux du pouvoir, peuvent découvrir les activités de développement du Burundi et les défis socio-économiques du pays, savent ce que pense la diaspora burundaise ou les Burundais de nos collines. Il serait malhonnête de dire que les 110.000 lecteurs qui viennent quotidiennement chaque jour nos comptes Twitter et Facebook sont uniquement pro-Cndd-Fdd ou pro-gouvernement.

Après 15 mois de travail, quelle étape franchie ?

Ikiriho est parvenu à changer complètement la manière dont est racontée l’actualité du Burundi. Certains sources d’information dites « traditionnelles » sur le pays se sont mises récemment à produire du flux informationnel en copiant nos codes. Nous nous en réjouissons. Par ailleurs, même avec plus de 110.000 visites par jour sur nos différents supports de diffusion, nous sommes sur une pente ascendante en matière d’expansion du projet. Ikiriho révolutionne l’usage des réseaux sociaux au Burundi : utilisés depuis 2014 pour semer les rumeurs et détruire le tissu social burundais, ils sont depuis plusieurs mois des outils de diffusion d’une information qui redonne de l’espoir, et qui force tous à apprendre à s’écouter mutuellement malgré nos différences d’opinion.

Quelle est la principale critique que les lecteurs vous font ?

Ils nous demandent souvent pourquoi nous évitons de publier des photos de meurtres, ou des corps mutilés, ou de scruter, etc. Les études en psychologie sociale montrent que l’exposition permanente de telles images aux communautés issues d’histoires marquées par des violences violences est destructrice mentalement, surtout quand ces communautés-là sont en large majorité composées de jeunes, l’avenir du pays. C’est le cas exact du Burundi.

Quelles sont les perspectives d’Ikiriho ?

Notre soif est modeste: dire ce qui se passe au Burundi en respectant les bases d’un journalisme sensible au conflit. Cela n’est pas possible sans intégrer la vision d’Ikiriho dans le grand espace régional qu’est l’EAC. Par ailleurs, nous allons continuer à travailler sur notre devise: l’innovation numérique.

3 Comments

  1. Jean-Marie Ntahonkiriye

    Well done

  2. Cher Ikiriho, allez de l’avant nous vous soutiendront, A quand le journal imprime pour distribution dans tout la pays?

  3. Ntahitangiye

    Blague
    Innovation: les journalistes devront désormais réfléchir dix fois avant de poser des questions aux Chefs d’Etats : confirmation dans cette vidéo :

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