Économie locale

Désiré Musharitse : « Même sans l’aide des bailleurs traditionnels, le Burundi arrivera au taux de croissance de 7% »

Le porte-parole du ministère des Finances est confiant que passé le choc de 2015, le pays est déjà sur l’orbite de la croissance économique, qu’en peu d’années, il  peut atteindre les performances d’avant la crise et même le dépasser. Pour lui, bien des   interrogations sur  la loi de finances 2017 est « un faux débat ».  

Désiré Musharitse, porte-parole du ministère des Finances

 Avec  l’augmentation des prix que certains activistes de la société civile expliquent par  l’augmentation des taxes et impôts dans la loi budgétaire 2017,( pression fiscale de 13% contre 11,9% en 2015) , des voix s’élèvent que le consommateur est contraint à réduire ses dépenses à l’achat des vivres et quelques produits de grande nécessité. En d’autres mots, plus rien dans le panier de la ménagère. Est-ce votre point de vue ?

Une mise au point : ceux qui disent que l’Etat a sensiblement augmenté les prix, c’est un faux débat. L’augmentation des prix est aussi justifiée par la montée des prix des matières premières et du carburant sur le marché international, ce qui influe sur des biens importés ou fabriqués localement au Burundi.

Pour revenir à la question du panier de la ménagère, du point de vue économique, les augmentations qui sont proposées aujourd’hui tournent entre 1 et  5% des prix pratiqués l’année dernière  alors que l’inflation actuelle de 2016 est 5,5%. Cela  veut dire qu’en termes réels, les prix pratiquées,  si on tient compte de l’inflation sont ceux de l’année passée parce que c’est inférieur à 5,5%  de l’inflation.

Concrètement, est-ce que la hausse des taxes et impôts ne se fera pas au détriment du salarié, notamment les petits fonctionnaires comme les enseignants ?  

Il ne faut pas voir seulement les impôts et taxes qui ont été augmentés. Il y a une autre fonction des impôts et taxes qui est la redistribution. Dans la loi budgétaire 2017, il est prévu un impact de plus ou moins 40 milliards pour au moins 90% des  fonctionnaires de l’Etat dans la réforme  de l’harmonisation des salaires. Aujourd’hui, les augmentations des salaires des fonctionnaires vont tourner entre 10 et  40 mille.  Le licencié qui était à  100 mille  en 2010, aujourd’hui,  il est à  200 mille Fbu. Cela veut dire que  même si les prix ont augmenté,  du côté  de la redistribution, il y a un impact sur les fonctionnaires qui vont voir améliorées leurs conditions salariales.

Comment le paysan lambda  ressentira l’impact positif de la pression fiscale en termes de redistribution ?

La population a besoin que les réformes prioritaires que le gouvernement a déjà engagées  puissent continuer. C’est notamment la réforme au niveau de la santé, au niveau des enfants de moins de 5 ans, aux mères  qui accouchent, la gratuité  de l’enseignent primaire. Ces réformes doivent continuer bien  que certains bailleurs aient  décidé unilatéralement de suspendre l’aide. Les services de sécurité doivent continuer.

Donc le gouvernement doit continuer à effectuer les missions régaliennes du gouvernement, même si les partenaires ont suspendu leurs  aides. Nous demandons à la population de faire cette effort pour que les grands projets du gouvernement,  que ce soit au niveau de l’énergie et des mines, à travers la construction des barrages, que ce soit en  agriculture, la subvention des engrais,  tous les chantiers doivent continuer bien que certains partenaires aient suspendu leurs aides. Nous demandons à toute la population de comprendre et de fait que  le Burundi arrive à un niveau où nous devons prendre en main notre destinée. Et prendre en main notre destinée suppose un civisme  fiscal ou chacun doit contribuer pour que le pays se développe.

En d’autres mots, le taux de  croissance  de 2.9% du PIB projetée pour fin 2017 sera atteint  et cela malgré cette  pression fiscale de 13% ?

La pression fiscale de 13% est calculée sur base de croissance projetée dans  l’année budgétaire 2017.Donc, ce taux de 13% représente l’impôt et taxe par rapport à la richesse nationale, et cette richesse nationale est calculée sur le produit intérieur brut. Le taux de 13% est lié directement à la croissance de 2,9% qui est projeté en 2017 et cette croissance est plus  tirée par l’agriculture au premier niveau, mais aussi par  le secteur secondaire et tertiaire.

Le taux de croissance de 2.9%  projeté fin 2017 reste faible. Quand est-ce que le  pays pourra redécoller et atteindre le niveau d’avant la crise voire arriver au taux de 7% comme c’est le cas pour la  Tanzanie par exemple ?

On a eu un choc économique ponctuel en 2015 qui a fait que notre croissance soit en dessous de 0%, c’est-à-dire  une croissance négative, une décroissance pure et simple. Ce choc se répercute  sur plusieurs années, ce n’est pas quelque chose que l’on peut relever directement, mais si on regarde les indicateurs macroéconomiques dont on dispose actuellement, avec 2106, on a enregistré ou amorcé  une croissance positive. On est plus ou moins à 2%. En 2017, les projections qu’on a fait avec les méthodes de simulation nous donnent un taux de croissance de plus ou moins  2,9%.

Ce qui est le plus important, il y a une croissance qui s’est amorcée positivement et qui continue. Nous pensons donc qu’il y a des bases fondamentaux que nous sommes en train de poser, au niveau de certains secteur porteur de croissances, notamment dans le secteur de l’énergie, dans le secteur de l’agriculture, qui permettra que dans deux ans ou trois ans, on revient à la situation normale, d’une croissance plus ou moins de cinq  pourcent, et à partir de cela on pourra atteindre le taux de 7% qui est celui qui peut tirer toute la population de la pauvreté.

Vous croyez dur comme fer que le Burundi peut atteindre le taux de croissance d’avant la crise  voire 7% sans l’aide des bailleurs de fonds traditionnels ?

Il peut. Mais, c’est un défi important à relever.  Et cela passe par chaque burundais qui doit travailler 24 heures  sur 24 heures  pour augmenter la production. Ce n’est pas l’aide qui fait qu’au niveau de la campagne, le haricot, puisse être produit parce que ça fait partie de la production nationale. Si les conditions climatiques sont meilleures, nous pensons qu’aujourd’hui, le Burundi peut se développer, par les Burundais, si tout le monde se met au travail.

Quels reproches faites-vous de la croissance arrimée sur l’aide extérieure ?

Je le dis et je le répète pour tous ceux qui veulent  l’entendre, le Burundi a besoin d’une croissance réelle, tirée par sa richesse, par le travail, par la production des peuples burundais, et non par une croissance tirée par l’aide extérieure.

La croissance tirée par l’aide extérieure n’est pas une croissance réelle, c’est une croissance qui est un peu biaisée. Si on regarde aujourd’hui les aides que par exemple l’Haïti a reçues, et si l’aide devrait exprimer la richesse d’un pays, l’Haïti aurait un même PIB que les USA. Mais, aujourd’hui c’est le contraire. L’aide n’a jamais développé  aucun pays. Nous devons prendre en main notre destinée et travailler d’arrache-pied, 24 heures sur 24 heures pour augmenter notre production.

One Comment

  1. Jean-Marie Ntahonkiriye

    Agreed, we need to work hard with an open mind approach in relations to all potentials difficulties both internal & external.
    The first steps would be to get rid of corruption and to ensure security for people and their belonging in order to engage in small and medium businesses. The rule of law must apply to everybody and applied equally. Those in position of authority at all levels must be held accountable.
    There is a huge untapped potential source of investments from the diaspora which can only flourish when the forementioned two conditions are fulfilled.

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