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En attendant le 19 décembre, à Kinshasa la vie continue. Un petit air de déjà-vu…

Dans cette ville qui compte désormais plus de 12 millions d’habitants, un mandat présidentiel doit en principe prendre fin ce 19 décembre à minuit. Sauf que l’actuel président va vraisemblablement rester pour mener la transition obtenue à l’issu d’un dialogue entre la Majorité au pouvoir et une partie de l’opposition. Pendant ce temps, les activistes de la société civile jurent que Joseph Kabila devra avoir quitter la présidence le 20 décembre prochain. Entre crise annoncée, dialogue et débat électoral interminable, Ikiriho a dépêché un envoyé spécial à Kinshasa.

Le fameux discours sur l’état de la Nation

Il y a eu ce 15 novembre. Joseph Kabila Kabange, devant le Parlement réuni en congrès, passait au peigne fin ses 15 ans au pouvoir. Les Kinois, majoritairement pro-opposition, ainsi que le reste du pays suivaient le discours en direct sur la RTNC. Fidèle à son flegme hérité de sa formation militaire en Tanzanie, Kabila répond subtilement sur son avenir après le 19 décembre: « Les questions pertinentes relatives au sort des institutions et leurs animateurs sont réglées de manière satisfaisante par la Constitution. Ainsi la constitution n’ayant jamais été violée, elle sera toujours respectée dans toutes ses dispositions ».

Les réactions de l’opposition congolaise, qui aurait voulu l’annonce claire de son départ rappelle la polémique constitutionnelle de 2015 au Burundi. A Kinshasa comme à Bujumbura,  tout se joue sur un passage de la Constitution.
Dans le cas congolais, l’article 70 de la Constitution insiste sur la continuité de l’ordre institutionnel: « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. A la fin de son mandat le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu ».
A moins d’une autre surprise, tous les analystes voient mal Kabila partir, puisqu’il est supposé rester en poste jusqu’à l’entrée d’un nouveau Président élu.

La nomination du Premier Ministre

Les commentateurs ne s’étaient pas encore remis de l’analyse du discours présidentiel que le nom du premier ministre tomba. Patatras! L’opinion s’attendait à un membre issu de l’UNC de Vital Kamerhe, opposant qui s’est investi dans le dialogue au prix des démissions et divisions internes en se débarrassant des partenaires gênants du Rassemblement dont l’UDPS et son allié Moise Katumbi. Joseph Kabila était allé chercher ailleurs: Samy Ntita Badibanga. Membre d’honneur de l’UDPS depuis 1994, conseiller spécial d’Etienne Tshisekedi de 2001 à 2009, il est parmi les 42 élus UDPS qui ont siégé au Parlement en violant l’interdiction de Tshisekedi. Lequel ne veut surtout pas entendre de transition (ou alors, la plus courte possible, de l’ordre de quelques mois).

Parmi les chantiers du nouveau patron de la Primature, outre la formation du gouvernement d’Union nationale et l’organisation des élections, Badibanga devra veiller sur les bons points marqués dans l’économie et l’amélioration du sociale par son prédécesseur, Matata Ponyo.

Quant à la nomination de Badibanga, les commentaires allaient de « trahison envers le camp Kamerhe« , à « la matérialisation des décisions de la cité de l’Union Africaine, qui stipulent que le gouvernement d’union nationale sera dirigé par une personnalité de l’opposition ».

Filimbi, la Lucha… et tous ceux qui attendent « impatiemment » le 19 Décembre

Le « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement », qui se présente comme « la plus grande plate-forme de l’opposition en RDC » n’en démord pas et rappelle sa date butoir: le 19 décembre.
Il dénonce « la constante violation de la Constitution par le gouvernement qui interdit les manifestations publiques ». Et promet « des surprises » le 19 prochain: « Avec l’interdiction des manifestations prévues ce 19 novembre, nous avons pu voir comment la Police et l’Armée se déploient. Et puis les actions qu’on a déjà menées nous permettent de bien calculer l’action finale du 19 décembre 2016. Aucune armée, aucune police ne peut étouffer la vérité« , jure un membre de la jeunesse anti-Kabila.

Tandis que le compte à rebours du mandat lancé par l’opposition tourne, les collectifs Filimbi et la Lucha sont en pleine campagne dénommée « Bye Bye Kabila« , réaffirmant leur intention de voir Kabila partir le 19 décembre « par tout les moyens« .

La tension semble donc monter petit à petit, alimentée principalement par les acteurs politiques de l’opposition à travers les media alors que le pouvoir semble muscler sa riposte à « l’insurrection » qui vient. Dans les rues de Kinshasa, le calme est là. Sur le micro d’Ikiriho, les Kinois qui s’expriment espèrent que la RDC passera sereinement le 19 décembre prochain, et que les acteurs politiques « trouveront un compromis pour bâtir ensemble un lendemain meilleur ».

Une atmosphère qui rappelle au détail près Bujumbura la veille du 26 avril 2015.

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