Diplomatie, EAC

« La victoire de Trump sur Clinton est un soulagement de Bujumbura face à Kigali »

L’élection-surprise du républicain Donald Trump en compétition avec Hillary Clinton a été célébrée à Bujumbura comme une épine de moins à gérer, face à l’encombrant voisin du Nord.

C’est un membre du gouvernement burundais qui l’a personnellement tweeté, après l’annonce de la victoire du milliardaire républicain sur l’ex-première Dame démocrate:

Et il suffit de voir comment le Président Nkurunziza s’est dépêché de féliciter Trump, toujours sur Twitter, pour comprendre le soulagement vécu à Bujumbura à l’issue de l’élection du 45 deuxième président des USA.
« Ce qu’on a célébré, c’est moins la victoire de Trump que la défaite de Clinton », a reconnu en fin de semaine dernière une source diplomatique burundaise. Et pour cause: le soutien sans faille dont jouit personnellement le président rwandais Paul Kagame auprès du couple Clinton, le mari étant d’ailleurs un Conseil Special du maître de Kigali, faisait peser des jours sombres sur le Cndd-Fdd.

Officiellement, le Rwanda qui a soutenu la constitution d’une rébellion contre Bujumbura au lendemain du putsch manqué du 13 mai 2015, se désengage progressivement de la crise burundaise: activistes et opposants radicaux ont été tout le long de l’année envoyés en Europe, atterrissant principalement à Bruxelles en venant de Kigali.
Sur les accusations de soutien à la rébellion, le pourvoir rwandais a décidé de jouer aux victimes de calomnie en annonçant vouloir renvoyer les réfugiés burundais… alors que ces derniers semblent plutôt s’installer durablement sur le sol rwandais.

Et officieusement, les appétits de Kigali pour contrôler Bujumbura n’ont pas baissé. Selon les informations des renseignements de la région, les Rwandais lorgnent toujours sur la côte burundaise du Tanganyika pour contrôler les mouvements des biens et des personnes en provenance de la RDC. Ceux-ci iront en s’intensifiant avec la construction du chemin de fer liant Dar-es-Salaam à l’Est de la RDC via le Burundi, qui fait désormais les affaires avec la Russie.

« Pour les opposants à Bujumbura et leurs soutiens rwandais, la solution à la résistance de Nkurunziza allait inévitablement venir de l’administration Clinton », commente un consul établi à Bujumbura. D’où l’appel répété du CNARED en faveur de la candidate démocrate.

Au Burundi, l’élection de Trump est donc perçue comme la carte qui est venue brouiller un plan « proxy rwandais » des démocrates, comme ce fut le cas pour la RDC jusqu’en 2013.

D’ailleurs, certains au Département d’État américain ont très mal pris les félicitations de Nkurunziza à Trump. Pour freiner l’élan de rapprochement entre les deux présidents, Obama a quelques heures après décrété que « la situation au Burundi continue de poser une menace extraordinaire à la diplomatie américaine ». Le signal est clair: l’opposition des démocrates à Nkurunziza n’aura pas de répit.

En attendant de voir concrètement les réactions de la nouvelle administration républicaine aux yeux doux de Bujumbura, la Présidence burundaise compare le traitement médiatique des élections américaines à celui de la crise burundaise.

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