Économie locale, Politique Locale

Les maladies du système statistique burundais: manque de moyens, de coordination,…

BUJUMBURA (ABP) – Le système statistique national souffre d’énormes faiblesses, selon le directeur général de l’Institut des statistiques et d’études économiques du Burundi (ISTEEBU), M. Nicolas Ndayishimiye, dans une interview accordée à l’ABP, à la veille de la journée africaine de la statistique qui sera célébrée le 18 courant.

Bien que le gouvernement ait accompli d’énormes progrès au niveau du cadre légal en promulguant la loi statistique et en adoptant la charte africaine de la statistique, le DG de l’ISTEEBU déplore une faiblesse au niveau de la coordination du système statistique national.

Même si la loi précise bien que c’est l’ISTEEBU qui coordonne le système statistique au niveau technique, nous n’avons pas encore maîtrisé tous les contours liés à cette coordination, étant donné qu’il y a des chevauchements et des duplications de certaines activités qui devraient être bien coordonnées et produire des effets positifs et économiser les moyens, a notifié M. Ndayishimiye. En guise d’exemple, l’ISTEEBU produit des données sur les prix des denrées alimentaires, de même que le ministère en charge de l’Agriculture et la FAO. « On devrait non seulement harmoniser la méthodologie, mais également travailler ensemble pour éviter la confusion au niveau des utilisateurs des données statistiques », a proposé le DG de l’ISTEEBU, reconnaissant qu’il y a un problème.

M. Ndayishimye a également noté le manque de services statistiques sectoriels opérationnels dans différents ministères. Il y a ainsi une grave lacune, surtout que les informations statistiques des ministères ne sont pas centralisées. Or, d’après lui, les informations statistiques fournissent une base fiable d’élaboration, de gestion, de contrôle et d’évaluation de toute politique et constituent un élément essentiel pour la bonne gouvernance : « Pour le moment, je dirais que seulement trois ministères ont des services opérationnels. Il s’agit du ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, qui a mis en place la Direction des statistiques et d’informations agricoles, le ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida qui a la direction nationale du système d’information sanitaire, et le ministère de la Justice et Garde des Sceaux ».

Les ministères sont appelés à se doter d’une méthodologie, des outils de collecte et des canevas de collecte de données ainsi que des fonds pour réaliser ce travail, a fait savoir M. Ndayishimiye, précisant que l’ISTEEBU est disposé à les accompagner dans cette tâche.
Il a également signalé le manque de moyens suffisants pour produire régulièrement des statistiques et les mettre à la disposition des utilisateurs. Selon lui, les dernières recommandations de la commission de l’Union africaine demande aux Etats africains d’allouer au moins 15% du budget aux activités statistiques. Cependant, il déplore le fait que la plupart des activités sont accomplies sous l’impulsion des partenaires, selon l’information qui les intéressent. Ils financent ainsi certaines enquêtes puisqu’ils veulent telle ou telle information.

Le DG de l’ISTEEBU déplore par ailleurs la réticence à donner une information qui serait liée à un faible niveau de culture statistique des Burundais. Certains responsables des entreprises ou les chefs de ménages ne coopèrent pas pour donner l’information alors que les statistiques contribuent à donner une vraie image de la vie socio-économique de notre pays, a-t-il indiqué.

Ce manque de culture statistique se remarque également dans l’utilisation des données déjà existantes. Pour M. Ndayishimiye, les hommes politiques burundais doivent avoir une culture de redevabilité en se servant des données chiffrées quand ils prononcent des discours politiques.
Le thème de la journée africaine de la statistique de cette année est de renforcer les capacités statistiques économiques pour l’intégration régionale, la transformation structurelle et le développement durable.

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