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MAN, le nouveau réseau métropolitain de télécommunication à fibre optique : mort-né ?

Fonctionnel depuis bientôt deux mois, Metropolitan Area Network (MAN) est exploité par l’Office National des Télécommunications (ONATEL). Fera-t-il long feu  ou va-t-il péricliter autant que les autres infrastructures que l’ONATEL a eu à gérer ?

Optic fiber cable
Câble à fibre optique

MAN : un réseau métropolitain de fibre optique (FO) financé 100% par le gouvernement à travers un prêt concessionnel de 15 millions de dollars américains accordés par la banque chinoise d’investissement Exim Bank of China en 2013. Ce réseau a été construit par le géant chinois des télécoms HUAWEI Technologies sous la supervision et le contrôle du géant français «Orange Group» à travers sa société de service SOFRECOM.

Un réseau long de 250 km et qui a tenu compte lors de sa construction en 2014 du développement urbanistique de l’agglomération de Bujumbura est sorti de la terre et vient compléter la dorsale nationale à FO construite par l’autre géant chinois ZTE  sous la supervision de la société tunisienne de conseil en nouvelles technologies, CERT.

En 2009, on doit ce projet à une ministre des télécommunications visionnaire, Concilie Nibigira et à un directeur général éclairé de  l’Onatel, Salvator Nizigiyimana. Tous sont soucieux de voir le réseau BBS couvrir entièrement Bujumbura. Mais la Banque Mondiale ne l’entend pas de cette oreille et refuse le financement d’une boucle métropolitaine à FO. Ces deux hauts fonctionnaires vont se battre pour que le gouvernement du Burundi investisse dans cette boucle et enfin le MAN voit le jour.

Combinaison des savoir-faire chinois et français

En 2011,  Donatien Ndayishimiye, le nouveau directeur général de l’Onatel en remplacement de Salvator Nizigiyimana a pris le dossier en main et a usé de toute l’audace et courage nécessaire pour redimensionner le projet. De 75 Km,  il l’a fait passer à 250 Km. Il a négocié dur avec l’équipementier chinois HUAWEI pour baisser la note de 15 millions à 9 millions de dollars.

Pour éviter les mêmes déboires qu’à Kampala et Nairobi où les sociétés chinoises ont construit des réseaux métropolitains  à des prix exorbitants et qui n’ont jamais pu servir, ce nouveau directeur général a innové : acquérir les nouvelles technologies chinoises de chez HUAWEI et s’attacher les services d’un géant européen qui apportera les standards et normes internationaux de qualité en supervisant et contrôlant le travail des chinois. Ainsi, en 2013, l’Onatel s’est attaché les services de l’opérateur français  « Orange Group » à travers sa filiale de fourniture de services, « SOFRECOM».

Le réseau MAN est fiable, stable et est de très bonne qualité grâce à ce cocktail sino-français (HUAWEI/ORANGE). C’est ainsi  que le gouvernement peut se targuer d’avoir le réseau métropolitain le plus réussi et le moins cher de la région de l’EAC.

Les services offerts par Onatel
Les services offerts par Onatel

Ce n’est qu’en novembre 2013 que l’Onatel a engagé des négociations avec le Ministère des Finances. Donatien Ndayishimiye a pu convaincre le Gouvernement pour que ce dernier rétrocède ce réseau à l’Onatel. Chose faite, l’Onatel est depuis cette époque gestionnaire et exploitant de cette infrastructure de l’Etat. En revanche, par cette rétrocession, l’Onatel s’engageait à remplir les objectifs stratégique du gouvernement, notamment rendre les services internet abordable pour les habitants de l’agglomération de Bujumbura.

Le MAN ne vivra-t-il pas le même sort que la téléphonie fixe et l’OnaMob ?

Malheureusement, le réseau MAN rentre en production au moment où l’Onatel est au plus mal. La société peine à payer ses employés depuis quinze mois, le réseau ONAMOB est obsolète et ne dispose point de maintenance de l’équipementier Huawei depuis plusieurs années. Le réseau fixe se réduit comme peau de chagrin : il ne dispose que d’un peu plus de 15 mille lignes fonctionnelles sur une capacité totale de 5O mille lignes. Le personnel est pléthorique vieillissant et démotivé. Le comité exécutif se déchire car  le management n’est pas à la hauteur des enjeux du secteur.  En gros, on peut se poser la question si le MAN ne va pas connaître le sort malheureux des autres infrastructures que l’Onatel a eu à gérer.

3 Comments

  1. Il va falloir instaurer des mesures de responsabilité très severes. Si un projet se perd dans les transactions finacières alors que les objectifs visés ne sont pas realisables pour toute autre raison que le désastre naturel qu’ on ne saurait prévoir (sauf prier pour la bénédiction Divine), quelqu’ un quelque part devrait assumer ses responsabilités. Si non on en sortira jamais.

  2. Le gouvernement doit reprendre ce réseau et en faire une infrastructure gouvernemental. En attendant d’être étendu à tout le pays, pourquoi ne pas en faire un réseau privé des services gouvernementaux au lieu de passer par les autres réseaux du secteur privé, non contrôlables au niveau de la sécurité et de la fiabilité.

    En conséquence, les services gouvernementaux deviendraient indépendants. La gestion du réseaux serait confié à un département au srin d’un ministère, et les bris, erreurs, intercéptions des communications, les priorités et la disponibilité du service, … seraient imputables à ce service.

    Ce serait également une occasion de créer des réseaux privés virtuels pour les services de sécurité (police et armée) à travers la ville et le pays (plus tard), au lieu de se fier aux vieux appareils de communication qui sont intercéptés facilement.

    Les possibilités d’application d’un réseau rapide déjà installé sont immenses.

  3. Il faut rectifier le coût du projet MAN,il a été financé à hauteur de 9 millions dollars et le reste à savoir les 5.9 millions de dollars a servi à l’équipement du Service National de Renseignement(cfr explications fournies aux députés le 21 août 2014 par le Ministre des finances avant l’adoption du Projet de Loi y relatif)

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