Économie locale

Paralysie des activités chez BBS suite au bras de fer entre le DG et le Conseil d’Administration

Les employés de la société d’exploitation de la fibre optique  BBS risquent de ne pas percevoir leur salaire  d’octobre.

cxo7mcdwyaaofxxEt pour cause : un sérieux bras de fer entre  le directeur général (DG) nouvellement nommé et le directeur administratif et financier (DAF) de la société. Ce dernier serait soutenu par le conseil d’administration (CA) composé des actionnaires de cette société qui sont Africel, Onatel, Econet, Leo et Cbinet. Pomme de discorde : un récent  recrutement par le DG de deux cadres et des dépenses engagées  par le DG et qui n’ont pas respecté le processus d’approvisionnement.

Le CA accuse le DG de les avoir recrutés sans son accord préalable et écrit. Bien plus, il n’y aurait pas de rubriques  de recrutement approvisionnées dans le budget 2017 pour payer ces nouveaux recrus.

La conséquence est que le DAF a refusé d’apposer sa signature sur 15 chèques pour paiement des factures de fournisseurs. Et le DG doit mettre la main à la poche pour avoir du carburant. Autre conséquence, et c’est celle qui touche le personnel de BBS: le CA conditionne l’autorisation de paiement des salaires à la résiliation du contrat des deux cadres recrutés par le DG. Ici, on saura que pour les factures supérieures à 3.000USD, le chèque émis par le DG requiert le contreseing du CA. C’est le cas pour ce qui est des salaires des employés de BBS.

Le DG  droit dans ses bottes

Le DG Elie Ntihagowumwe n’est pas prêt à céder. Il s’en prend au CA. Il soutient mordicus que le recrutement contesté par le CA a suivi la procédure légale.  Preuve, selon lui : des courriers électroniques envoyés au CA pour l’informer de la nécessité de recruter deux cadres. Autre preuve,  selon lui : la passation de l’avis de recrutement dans le journal officiel Le Renouveau, l’installation d’une commission chargée d’étudier les candidatures avant le recrutement proprement dit.  « Pourquoi  le CA n’a  pas bloqué la procédure ? », s’étonne-t-il ?

Bien plus, il affirme qu’il y a plus ou moins 15 millions de fonds dégagés par des cadres partis ailleurs. « Le CA ne peut donc  pas alléguer un recrutement hors budget ».

Et pour justifier l’impérieuse nécessité de ce recrutement, le DG explique que BBS a à recouvrer environ 7,5 milliards de FBU  depuis sa création jusqu’à son entrée en fonction. « Ces cadres ont été  donc recrutés pour cette fin ». A ce propos, la dette dont parle le DG n’est autre que les arriérés de 3 millions de dollars de  l’Onatel (actionnaire public) et presqu’un million de dollar dû à BBS par Econet Leo, deuxième actionnaire de la compagnie.

Le CA estime qu’il n’a pas besoin d’un employé supplémentaire qui vienne recouvrer chez eux ces dettes reconnues et pour lesquels un engagement de remboursement a été donné.

Loin d’être sur la défensive, le DG se pose en sauveur de BBS. Il affirme  être en train de « mettre de l’ordre » dans la société. Mais  il dit  se heurter au CA, donc au propriétaire, qui lui-même ne ferait que siphonner  de l’argent à BBS, risquant même d’aller au-delà de leurs investissements. Et de trancher : « Je suis prêt à jeter l’éponge plutôt que de résilier le contrat de ces deux nouveaux cadres ». Un clin d’œil au CA, selon lui :« BBS est une société étatique concédée. En cas de mauvaise gestion, l’Etat peut reprendre ses infrastructures avant expiration du délai de concession ».

Analyse

Un serviteur peut-il être plus fort que son maitre ?

cmgpdaixgaajwegIkiriho a pu consulter les textes légaux fondateurs de BBS. Ceux-ci  indiquent clairement que BBS est une société mixte.  Les seules actions de l’Etat sont détenues par Onatel comme troisième actionnaire dans la structure du capital de BBS. Donc, l’Etat est minoritaire dans BBS. En revanche, de par le Partenariat Public-Privé (Etat/BBS) imposé par la Banque Mondiale qui a versé la subvention de 10,5 millions de dollars à BBS pour la construction du réseau, une durée de 20 ans est accordée aux opérateurs actionnaire de BBS pour exploiter à leur compte ce réseau avant de le concéder à l ‘Etat au terme de cette échéance.

Au vu des textes, notamment le pacte d’actionnariat, les statuts de BBS, et le manuel de procédure validé par la Banque Mondiale (Mme Isabelle Neto qui était en charge du projet BBS pour le compte de la banque Mondiale), le Secrétariat exécutif pour les technologies de l’information et de communication (SETIC) ainsi que le CA de BBS,  il est clairement dit que le DG met en œuvre les décisions du CA . Ceci est d’usage chez BBS comme dans toutes les sociétés, publiques ou privées.

La matrice des responsabilités mise en place par le CA limite les pouvoirs de dépenses du DG. Pour les dépenses de moins de 3000 USD, le chèque requiert la signature du DAF. Au-delà de ce montant, le DG a besoin de la signature du CA.

Donc, toute nouvelle embauche doit être autorisée par le CA si celle-ci n’a pas été validée par le CA lors de la session de présentation du budget annuel.

Et si les intérêts de l’Etat burundais n’étaient pas suffisamment défendus au sein de BBS, c’est que le DG de l’ONATEL, troisième actionnaire de par le volume de ses actions  ne jouerait  pas  correctement son rôle au sein du CA. A ce propos, l’Onatel assure la Présidence ad intérim du CA et selon nos sources, l’opérateur public est d’avis que le DG n’a pas suivi les procédures normales d’engagement de dépenses et de recrutement des nouvelles ressources humaines.

Pour le moment, on peut se demander : qui au fait dirige la société entre le CA de BBS  composé d’actionnaires et propriétaires de la société et le DG nommé par ce CA mais qui refuse d’obtempérer à ses décisions ? Affaire à suivre…

2 Comments

  1. Ahubwo nyene umuntu yize kubika indya muri Algérie ashitse i Burundi niwe bitumwako muri telecom? Mbwirire Dr. Butore yisubize agateka akazi gakorwe nabagashoboye.

  2. Ceci semble comme un desordre total, tellement il y a des conflits d’ interêts parmis ceux qui sont dans le conseil d’ administration, lequel CA semble tenir le business par la gorge étant donné le montant de leurs actions dans le business.
    A mon avis, pour que le partenariat entre le gouvernement et ceux ayant des actions dans le business marche, il va falloir une grande transparence dans les décisions et que le CA soit composé par des individus n’ayant pas des interêts particuliers ou ditectement associés avec le business.

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