Économie locale

La laiterie Modern Dairy Burundi, à Ngagara : « Investir dans un contexte de crise »

Au moment où bien d’entreprises mettaient la clé sous la porte par peur de la situation sécuritaire ou suite à la faillite, MDB a lancé ses activités en février de cette année.

« Natura ». Un nouveau produit laitier  sur le marché burundais depuis février de cette année. Un produit qui a aussi cassé les prix : 1.200Fbu pour le dernier détaillant contre 1.800 à 2.000Fbu pour « Highland » et « Inyange », produits  respectivement en Ouganda et au Rwanda.

 On aura vu combien le stand « Natura » était fréquenté à la dernière foire organisée par l’ambassade kényane au Burundi au début de ce mois. « Natura », un produit de Modern Dairly Burundi (MDB), une usine sise Quartier 10 de la zone Ngagara (nord de la capitale) et dont la production tourne autour de 16 mille litres par jour. Elle pourra atteindre les 40 mille par jour  quand elle tournera en plein régime.
MDB : 45 employés, dont deux expatriés.

Muhamed Juma, directeur général de  MDB est fier que sa  société ait vu le jour dans un contexte politico-sécuritaire difficile : « C’est un produit initié depuis 2013 avec financement d’Ecobank et des contributions de PSI-Hollande. Les équipements sont venus en février 2015, deux mois avant le  déclenchement de la crise.  Quand la crise battait son plein, les Français,  les Kényans et les Chinois ont hésité de  venir au Burundi pour installer les équipements. J’ai fait beaucoup de contacts pour les convaincre enfin de venir étant donné que dans l’actionnariat, j’étais associé avec une société française qui a par ailleurs fourni les équipements ».

Produit local et pas si cher

Vu le pouvoir d’achat très faible des Burundais, les consommateurs se plaignent  que le lait « Natura » reste cher alors que MDB utilise de la matière première locale : le lait collecté chez des éleveurs burundais.  Pour eux, MDB réaliserait des bénéfices énormes au détriment du consommateur. Une démonstration simple : le différentiel  de 600 Fr entre le prix du lait importé de l’Ouganda ou du Rwanda devrait être plus grand si on sait que le prix du lait importé est grevé par  les frais de transport et le paiement des droits et taxes.

Sur ce, M. Juma fait remarquer que le lait cru de l’éleveur burundais est plus cher que celui des éleveurs rwandais, ougandais  ou kenyan. « Les éleveurs des autres pays de l’EAC pratiquent un élevage intensif et moderne. Ils élèvent des vaches de races améliorées. Ces acquis leur permettent de baisse les prix. »

Protéger la nouvelle industrie

Muhamed Juma, directeur général de MDB: « On ne peut pas attendre qu’il y ait la sécurité à 100% pour investir».
Muhamed Juma, directeur général de MDB: «On ne peut pas attendre qu’il y ait la sécurité à 100% pour investir»

Juma affirme que MDB travaille actuellement à perte. « C’est normal parce que nous sommes dans notre phase de démarrage ». Mais il est optimiste : « L’industrie agro-alimentaire en Afrique est un secteur porteur d’espoir tenant compte de la croissance démographique et des changements de mentalités ». Pour lui, au fil du temps, il y a une classe moyenne qui se crée et qui devient exigeant  vis-à-vis de la qualité des produits qu’ils doivent consommer.

Il ne craint pas la concurrence locale car, les laitiers comme « Ntazimba » et « Gisabo »interviennent dans la fabrication du yaourt seulement. « Nous sommes beaucoup plus complémentaires que concurrentiels ».

A très court terme, il compte demander que le gouvernement burundais applique une taxe de consommation sur les produits importés de même nature: « La loi en vigueur dans l’EAC dit qu’une entreprise locale qui produit à base d’une matière première non importée, le législateur peut appliquer une taxe de consommation sur les produits de même nature ».

A la question si MDB ne court pas  le risque de fermer  comme « Produlait » qui fabriquait le lait « Nadel » ou la « Laiterie centrale » des années 80-90, M. Juma fait remarquer que ces deux laiteries ont fermé non pas par faute de clients mais par pénurie de matière première, l’essentiel du cheptel ayant été décimé durant les années sombres de la crise de 1993.

« Investissez dès maintenant. N’attendez à demain »

Juma invite des opérateurs économiques nationaux et étrangers à venir investir au Burundi : « Il y a encore beaucoup d’opportunités par rapport aux autres pays de la sous-région parce qu’il y a peu d’industries de transformation. Bien plus, l’Agence de promotion des investissements(API) stimule et protège des investisseurs étrangers qui viennent au Burundi ». Et d’indiquer que lui-même a bénéficié des avantages accordés par l’API qui a notamment exonéré les machines  et tous les équipements des droits de douane et de la TVA.

Last but not least, à la question s’il ne craint pas pour son usine située dans un quartier « contestataire », M. Juma répond : « On ne peut pas attendre qu’il y ait la sécurité à 100% pour investir.  Par ailleurs, l’insécurité est mental ».

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*