Diplomatie

Bujumbura: “La Résolution du CDH subira le même sort que celle des policiers onusiens”

C’est un procédé qui se vérifie depuis plus d’un an: à chaque fois qu’il y a un grand rendez-vous international qui va parler du Burundi, les grandes organisations de défense des droits de l’homme en profitent pour publier des analyses sur la crise burundaise.

La 33ème session du Conseil des Droits de l’Homme qui se tient à Genève n’a pas fait exception. Le mot d’ordre a été: “Mettre un terme à l’impunité au Burundi.Human Rights Watch (HRW) et International Crisis Group (ICG) se sont illustrés en publiant des rapports allant dans ce sens.

La particularité du rapport de l’ICG est qu’il décrit longuement comment le gouvernement burundais joue sur les divisions de nombreuses instances internationales pour consolider sa position. Que ce soit à l’EAC, à l’Union Africaine ou au Conseil de sécurité, il y a toujours ceux qui sont pour ou contre Bujumbura. “Ce qui limite les contraintes que ces institutions peuvent faire peser sur le pouvoir”, note ICG.
Crisis Group indique donc que la seule position pouvant “faire évoluer les positions au Burundi“, c’est de soutenir la position de l’Union Européenne sur la question burundaise.

En réalité, ces plaidoiries pour “mettre un terme à l’impunité au Burundi” en soutenant l’UE visent à pallier à l’échec de l’application de la Résolution 2303, puisque le Gouvernement du Burundi a refusé de laisser venir les 228 policiers onusiens proposés.

Ainsi, ICG a appelé les pays de l’Union Africaine à s’allier avec l’UE en faveur de la Résolution proposée par l’Union Européenne. En effet, les positions du Groupe africain à Genève sont différentes de celles du Rapport EINUB validées par les ambassadeurs européens au dialogue interactif sur le Burundi. Les Africains “se félicitent du retour croissant des réfugiés qui avaient fui le Burundi, sont satisfaits des travaux de la CNDI, demandent la poursuite du dialogue dans le strict respect des Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies 2248 et 2279, demandent à la Communauté Internationale de reconnaître les efforts du gouvernement burundais pour ramener paix et la stabilité dans le pays”, etc.

Ces soutiens des pays africains au gouvernement burundais contrastent avec les positions fermes des puissances européennes comme la Belgique ou l’Angleterre, qui tiennent à la création pour un an d’une Commission d’enquête internationale sur les violations des droits de l’homme au Burundi.

A Bujumbura, on est serein face aux lobbys exercés par les diplomaties européennes pour faire passer la Résolution du Conseil des Droits de l’Homme sur le Burundi. Selon une source au ministère des Affaires Étrangères, “les avis du Conseil sont, en tant que tel, des recommandations qui ne sont pas contraignant. Exceptionnellement si le vote est unanime, ce qui risque de ne pas être le cas au vu des positions du Groupe africain et des amis comme la Russie et la Chine”.
En général, pour que les résolutions du Conseil des Droits de l’Homme soient contraignants, il faut que le Conseil de Sécurité de l’ONU le décide ainsi. “Cela n’est pas gagné d’avance”, indique Bujumbura.

Si la Résolution du Conseil des Droits de l’Homme sur le Burundi est adoptée sans consensus, et qu’il faille l’accord de Bujumbura pour qu’elle soit appliquée, l’avertissement de la délégation gouvernementale à Genève a été clair: “Nous allons rejeter ce texte, comme cela a été fait pour la Résolution 2303“.

La raison du rejet est simple: “La Résolution du Conseil des Droits de l’Homme sur le Burundi proposée par l’Union Européenne a été rédigée sur base du Rapport EINUB. Or, aucune attention n’a été accordée aux arguments avancés par le gouvernement pour réfuter plusieurs allégations dudit Rapport. Pourquoi on se plierait à une telle résolution ? C’est de la simple logique“.

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