Diplomatie, EAC

ANALYSE – 5 raisons pour comprendre les attaques systématiques contre Libérat Mfumukeko

Depuis des mois, plusieurs médias de l’opposition au pouvoir de Bujumbura ont pris en grippe le nouveau Secrétaire Général de l’EAC, l’Ambassadeur Libérat Mfumukeko. Aussi, certaines grandes organisations internationales basées à Bujumbura et ailleurs cachent à peine leur soutien à cette campagne de dénigrement du SG de l’EAC. Mais pourquoi cet acharnement? Après diverses consultations, voici quelques éléments de réponse par le Dr Elie Nahimana.

Première explication: il est bien évident qu’avant même l’accès de l’Amb. Mfumukeko au poste suprême de l’EAC, une campagne médiatique et diplomatique bien sophistiquée avait été menée à tous les niveaux pour empêcher le Burundi d’exercer son mandat à la tête de l’EAC. Certains avaient même eu le culot de proposer la prolongation du mandat du Secrétaire Général sortant originaire du Rwanda, le Dr Richard Sezibera. La confirmation du nouveau Secrétaire Général de l’EAC en provenance du Burundi fut donc une pilule très amère à avaler.

Deuxième explication: l’opposition burundaise radicale installée notamment au Rwanda et en Belgique jouissait et jouit toujours d’un grand soutien rwandais. Sous l’influence de Kigali, l’ancien SG de l’EAC avait multiplié des actions et mis en place un dispositif au sein de l’EAC pour mettre à genou le pouvoir de Bujumbura; plusieurs personnes à l’EAC confirment que le dossier burundais était géré par 4 cadres dont trois sont Rwandais et un Burundais. Il s’agissait de Patrice Mulama, Steven Agaba, Benoît Bihamiriza et du Rwandais né en Ouganda Joseph Birungi.

Juste après la nomination du Président Benjamin Mkapa comme “Facilitateur” par le Sommet des Chefs d’État de l’EAC en mars 2016, l’ancien SG de l’EAC lui a collé une équipe d’appui conduite par le rwando-ougandais Joseph Birungi. Le décor était ainsi planté pour que Mkapa ne soit qu’une marionnette qui, pour les stratèges et dirigeants de l’opposition radicale burundaise, allait leur permettre de ramasser le magot des négociations d’Arusha ainsi que des postes politiques de haut niveau à Bujumbura sans passer par des élections.

L’arrivée de Libérat Mfumukeko changea la donne. Vers fin avril 2016, il nomme une nouvelle équipe pour appuyer le Président Mkapa, qui ne comprend aucun Burundais ou Rwandais. Fini donc les rapports “bidons” ainsi que la propagande que l’EAC soumettait aux organisations internationales sur la crise burundaise. “Sans les mensonges et la dramatisation, les partis et autres organisations de l’opposition radicale n’ont plus d’arguments qui tiennent la route”, analyse un diplomate africain à Arusha.

Troisième explication: après consultation des Chefs d’État qui l’ont mandaté, le Président Mkapa a, lors d’une rencontre qu’il a tenue début avril avec Jean Minani, Bernard Busokoza et Pancrace Cimpaye, annoncé qu’il n’invitera pas le CNARED.
Une source très proche du facilitateur a indiqué que lors de cette rencontre à Dar-es-Salam, Mkapa a été très clair: les partis, organisations et personnes qui font l’objet d’un mandat d’arrêt au Burundi ne sont pas les bienvenus au dialogue. Non pas que le facilitateur ne veuille pas les voir (puisqu’il les a rencontrés à plusieurs reprises), mais parce qu’il sait bien que leur présence aux négociations ne serait pas tolérée par le Gouvernement burundais.
Et des négociations sans le gouvernement ni le Cndd-Fdd seraient vides de sens.

L’opposition radicale n’assume toujours pas que le gouvernement burundais ait pu poser ses conditions pour participer aux négociations. L’admettre serait affirmer que le Président Nkurunziza est plus fort qu’eux. C’est ainsi que certains, notamment le CNARED, ont opté pour la fabrication d’un mensonge crédible à l’intention de leurs militants: s’ils ne sont pas invités à Arusha, c’est à cause du Secrétaire Général de l’EAC!
Après vérification auprès de ceux qui ont été invités à Arusha en mai et juillet 2016, il faut retenir que le Secrétaire Général de l’EAC n’a jamais été une seule fois dans la salle lors des séances de médiation par le Président Mkapa. Pourtant, son prédécesseur était présent dans toutes les grandes rencontres entre le gouvernement burundais et les Partis et organisations qui lui sont opposés…

Quatrième explication: certaines grandes organisations internationales ont mobilisé beaucoup de fonds pour la résolution de la crise burundaise ou pour influencer le cours des choses en faveur de l’opposition radicale.
Pour les dirigeants de ces organisations, ainsi que des pays cachés derrière, le leadership de l’EAC dans la médiation est probablement un grand obstacle à leurs ambitions professionnelles et/ou politiques. Ainsi, plusieurs millions de dollars ont été alloués au sein de l’ONU à la résolution de la crise burundaise, mais jusqu’à jour, le bureau du Conseiller du SG des Nations Unies Jamal Benomar a refusé un centime à l’EAC.
Pourtant, les résolutions du Conseil de Sécurité précisent que tout que le processus de médiation est dirigé par l’EAC et demandent à l’ONU et l’UA d’appuyer l’EAC. L’ONU et l’UA Burundi ont, conjointement, fait une proposition à l’EAC et au président Mkapa conditionnant leur appui par leur présence au sein de l’équipe de médiation. Or la seule médiation prévue est celle pilotée par les seuls pays membres de l’EAC !

Peut-être que si la médiation de l’EAC “se casse la gueule”, M. Benomar pourra alors déployer au Burundi plus de 40 employés qu’il a déjà prévu d’embaucher et prolonger ainsi son mandat. Comme quoi “le malheur des uns fait le bonheur des autres”! En attendant on casse du sucre sur le dos de la médiation et de l’EAC.

Cinquième explication: plusieurs observateurs ont remarqué que, depuis le début de la crise, l’Envoyé spécial américain pour les pays des Grands Lacs, Tom Perriello, est très actif contre le pouvoir de Bujumbura.C’est la nette impression laissée par ses conférences de presse et autres interventions publiques“, souligne un diplomate européen basé à Bujumbura. Et certaines chancelleries se demandent si le gouvernement américain n’a pas nommé un activiste à la place d’un diplomate.

Toutefois, peu connaissent ses affinités avec l’opposition radicale burundaise! En effet, Tom Perriello a proposé d’aider la médiation du président Mkapa sous condition que l’appui passe par le “Center for Humanitarian Dialogue” (CHD), une ONG basée en Suisse.
Lors de la session de médiation à Arusha en mai 2016, Perriello a présenté les représentants de cette ONG, incluant un certain Freddy Nkurikiye. Affilié à l’ancien boss des renseignements du Président Pierre Buyoya, ce fameux Freddy est aussi le beau-frère du Représentant Légal de la Radio RPA (co-fondateur de cette radio avec l’opposant Alexis Sinduhije) et il est le frère de la journaliste Sandrine Nkurikiye dont l’image la plus connue est celle où elle est assise avec le Général Godefroid Niyombare pendant qu’il annonçait sur la radio RPA le putsch de mai 2015 contre le Président Pierre Nkurunziza.

Par ailleurs, des sources concordantes le confirment: le CHD a conduit des sessions de “renforcement des capacités” en faveur des membres du CNARED avant leur rencontre avec le Président Mkapa à Bruxelles en juin 2016, puis en faveur de la “société civile” burundaise pour la préparer à la session de médiation d’Arusha en juillet 2016.
Bref, plusieurs participants aux sessions de médiation ont fini par se demander pour qui travaillent réellement Tom Perriello et certains de ses amis, dont Danae Dholakia (Envoyée spéciale du Royaume Uni aux Grands Lacs … et ancienne habitante de Kigali – sic!), qui au vu et au su de tous ont joué le rôle d’encadreurs de l’opposition burundaise dans le même bâtiment où le Président Mkapa faisait son travail.

De toutes ces machinations, il est clair que Periello a pris le relais de Samantha Power. Celle-ci ne pouvait plus aider directement son ancien associé Alexis Sinduhije Alexis sans créer des suspicions de conflit d’intérêt. Par ailleurs, ce soutien serait très compliqué, alors que que Sinduhije est blacklisted par Washington.
Tom Perriello joue donc les intermédiaires. Que ce soit lui, Samantha Power et leurs amis, ils n’ont jamais aimé une médiation de l’EAC qui ne met pas en avant le CNARED et d’autres organisations de l’opposition radicale qu’ils soutiennent. Ils sont de ceux qui voudraient la torpiller et la déplacer vers d’autres organisations qu’ils contrôlent.

Si aujourd’hui les détracteurs n’ont pas encore osé attaquer ouvertement le facilitateur Mkapa, ça ne va peut-être pas tarder.
En attendant, certains voudraient tenter d’abord un démembrement du dispositif mis en place pour la médiation afin de l’affaiblir. C’est dans ce sens que le magazine The EastAfrican (proche de Kigali et donc de l’opposition radicale) a médiatisé la proposition avancée par certains de créer un Secrétariat Indépendant de la médiation et d’éliminer ainsi le secrétariat général de l’EAC.

En quoi ce processus de médiation serait dirigé par l’EAC, comme le prescrit la dernière résolution du Conseil de Sécurité, sans son implication ? Les savants du “diviser pour régner” auront sans doute une réponse.

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