Politique Locale

Methuselah Nikobamye (FNL): “Le double-langage des Occidentaux est incroyable”

Contexte politique international tendu (actes terroristes multiples, putsch en Turquie, etc), processus de dialogue inter-burundais, relations Burundi-Rwanda… Methuselah Nikobamye, ancien porte-parole du FNL Palipehutu et président actuel FNL Iragi rya Gahutu Rémy réagit.

Ikiriho: Comment interpréterez-vous la situation politico-sécuritaire du Burundi ?

M.N: Le soleil commence à briller sur le Burundi parce qu’on a connu des années et des années obscures où une partie de la population était décimée sans que personne ne parle. Maintenant les Hutu, les Twa et les Tutsi se sont mis ensemble pour chercher la paix, contre la volonté de ceux qui voulaient ou qui veulent revenir à l’oppression. Et cette paix est là, malgré les tentatives de la déstabiliser.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU étudie en ce moment sur proposition de la France l’envoi de policiers au Burundi. N’est-ce pas qu’il y a crainte sur la sécurité au Burundi ?

Tout est question de ce que chacun veut vraiment faire au Burundi. A l’instar d’autres pays qui ont des ressources naturelles, notre pays connaît les mêmes problèmes. Il suffit de voir le ton de la communauté internationale et des media internationaux sur le Burundi et d’autres pays de l’Afrique … Honnêtement, en termes de sécurité, les Français traversent actuellement une période plus difficile que les Burundais. Regardez comment les noirs sont tués par la police aux États-Unis. Pourtant, ce sont les mêmes pays qui viennent nous donner des leçons de civisme et nous dire que nous sommes malheureux. Vous avez vu récemment le prix de la tentative de coup d’État en Turquie: les journalistes sont arrêtés par dizaines, les putschistes dénudés, frappés, des universités entières fermées, avant même qu’il n’y ait procès. Pourtant, la même histoire arrive au Burundi en 2015, et les Occidentaux nous courent dessus même quand on organise des comparutions devant la justice en bonne et due forme des putschistes. Et voilà: maintenant, ils veulent des négociations des Burundais avec les putschistes. Le double-langage des Occidentaux est incroyable. Dieu merci, les Burundais ont prouvé qu’ils sont capables de maintenir leur paix. Tout ce qui sera entrepris contre le Burundi n’aboutira à rien parce que tous, nous connaissons désormais les calculs des uns et des autres.

Que dites-vous sur la session précédente du dialogue inter-burundais à Arusha qui serait terminé en queue de poisson?

Qu’est que vous voulez qu’on puisse tirer de l’extérieur? La Commission de Dialogue Inter-Burundais est là, elle travaille. Les Burundais, toutes ethnies confondues, de tous âges, se concertent. Chacun exprime tout ce qui se trouve au fond de son cœur. Combien de Burundais vont à Arusha ? Combien de personnes restent au Burundi? En quoi est-ce que celui qui va en Tanzanie est supérieur que celui qui parle à partir du sol burundais? Du coup, même si j’apprécie l’implication de la Tanzanie dans la facilitation, il faut que le dialogue soit fait au Burundi.

Peut-on espérer le rétablissement de la paix si le gouvernement refuse de s’asseoir avec les putschistes?

C’est une question de bon sens. Moi, je fus à Dar-es-Salaam pendant deux ans pour négocier avec le gouvernement. Étymologiquement, pour dire que vous aller “négocier” il y a fonction de “force” d’abord: si il y a certains qui pensent que les négociations vont leur donner le pouvoir qu’ils cherchaient à travers le putsch, ils se trompent. Ensuite, il faut savoir sur “quoi” vous aller négocier. Les jets de grenades contre les populations civiles et l’usage de la peur pour des prétendus messages politiques, cela s’observe au Burundi tout comme ce matin en France à Rouen, ou aux États-Unis, il y a quelques semaines. La menace terroriste concerne le monde entier. Si tu additionnes ces deux points, tu trouves qu’il n’y a rien à négocier au Burundi: 69% de Burundais ont été aux urnes pour voter en 2015. Tous les autres partis, le FNL Iragi rya Gahutu compris devraient se soumettre à ce qui a été fixé démocratiquement à travers les élections, et attendre 2020.

Que pensez- vous des relations bilatérales entre le Burundi et les voisins de la région?

Avec la RDC et la Tanzanie, ça va. Pas de problèmes. Avec le Rwanda, pays frère avec lequel nous partageons les frontières, j’interpelle nos frères rwandais en leur disant que ce que vous ne voulez pas que votre frère ne vous fasse, il ne faut pas le faire pour lui non plus car «Ce soir chez moi, ce soir chez toi».

One Comment

  1. Elie Nibitanga

    Concernant les propos de Nikobamye:il est vrai,les problemes que connait le Burundi s’observe aussi aux USA,en France,en Allemagne,etc

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