Accueil, Opinion

Qui veut la peau du Secrétaire Général de l’EAC, l’Ambassadeur Mfumukeko Libérat?

OPINION de Dr. Elie NAHIMANA

Le Secrétaire Général de l’EAC fait l’objet d’un harcèlement et de manipulations médiatiques inouïs depuis des jours; les attaques fusent et sont désormais quotidiennes. Alors qu’hier le magazine rwandais Igihe affirmait que c’est lui qui a fait libérer Alexis Sinduhije détenu pendant quelques jours à Bruxelles, aujourd’hui Christopher Kayumba, professeur de communication à la Police Academy du Rwanda a visé le SG de l’EAC, le tenant responsable de ce qu’il qualifie de “monologue burundais” conduit par le Président Mkapa.
Pour rappel, le magazine The EastAfrican, qui a vite fait de relayer à l’échelle régionale l’attaque de M. Kayumba appartient à un groupe dont un rwandais partisan du FPR est l’un des grands actionnaires. On notera aussi que ce fameux “monologue” “dénoncé” par le Rwandais soit le même que répètent depuis une semaine les opposants au pouvoir de Bujumbura réunis au sein du CNARED en Belgique! C’est aussi le même qui est chanté par les radios Inzamba et Humura, médias installés au Rwanda et dédiés au front radiophonique contre le pouvoir du président Nkurunziza.
Bref, force est de constater que le dénigrement du dialogue conduit par le président Mkapa est bel et bien coordonné, le SG de l’EAC étant la cible désignée… Car attaquer directement Mkapa, donc la Tanzanie, est plus risqué.

Pour savoir les raisons de ces assauts incessants de l’opposition radicale burundaise, plusieurs sources internes et périphériques à l’EAC donnent des pistes d’analyse:
1. La campagne contre la prise du poste de SG de l’EAC par le Burundi aurait été menée par le Rwanda et l’opposition radicale burundaise depuis 2015. Ils ont tenté par tous les moyens de prolonger le mandat de l’Ambassadeur Richard Sezibera, en vain. A défaut de pouvoir se débarrasser de son successeur, car son mandat court jusqu’à 2021, les détracteurs de l’ambassadeur Mfumukeko sont dans une énergique campagne de récusation.

2. La gestion de la question burundaise par l’EAC sous l’Ambassadeur Sezibera avait été confiée principalement aux employés rwandais et rwando-ougandais de l’EAC nommés Joseph Birungi, Patrice Mulama, Ben Rutsinga, Steven Agaba, etc. Or, depuis fin avril 2016, le nouveau SG de l’EAC intégralement balayé cette équipe. Désormais le Rwanda et l’opposition radicale burundaise n’ont plus leur dispositif pour avoir une main-mise sur le dialogue inter-burundais. D’où leur désespoir, et l’énergie investie pour écarter le Secrétariat de l’EAC du dialogue inter-burundais…

3. Début avril 2016, les opposants Jean Minani, Pancrace Cimpaye et Bernard Busokoza sont venus voir Mkapa à Dar-es-Salam. Ils l’ont informé qu’ils ne viendraient pas à Arusha s’ils n’étaient pas invités en tant que membres de la coalition CNARED. Après consultation avec le Sommet des Chefs d’Etat de l’EAC, le Facilitateur n’a pas invité le CNARED mais plutôt certains individus et partis politiques qui le composent. Pour effacer le camouflet, ils se sont rabattus sur une intervention imaginaire d’un SG burundais au sein de l’EAC comme motif explicatif des choix de la Facilitation. A terme, un braquage contre toute facilitation tanzanienne et son contournement sont désormais un sérieux objectif.

4. Pour en finir avec le Président Mkapa, il semble que la coalition anti-Nkurunziza ait fait les yeux doux à la communauté internationale. Celle-ci, frustrée de ne pas être au centre de l’arbitrage de la crise burundaise, chercher à retablir l’influence qu’elle pourrait y exercer en faveur des intérêts de certains pays alliés à l’opposition radicale burundaise. Des sources parlent d’éléments au sein des équipes de l’ONU Burundi, de l’Union Africaine, ainsi que l’ambassadeur Perriello décidés à faire tomber la facilitation Mkapa.
Apparemment ils avaient déjà réuni l’argent et les ressources humaines nécessaires pour conduire le dialogue inter-burundais, mais le Conseil de Sécurité des Nations Unies en a décidé autrement.

La résolution de la problématique burundaise est ainsi devenue un cratère où certains intérêts internationaux ont accepté d’ensevelir la démocratie qu’ils prêchent ainsi que la paix dans ce pays des mille et une collines.

Les avis donnés dans cette rubrique ne reflètent pas les positions de la Rédaction.

One Comment

  1. Minani Claver

    LA DIPLOMATIE COERCITIVE ACTUELLE CONTRE LE BURUNDI : UNE PURE ABERRATION.

    Parfois il est important de se mettre en question, de revenir en soi et sur le passé pour comprendre le présent. Pour comprendre les développements actuels dans les tentatives de résolution de la crise burundaise il serait peut-être utile de revenir sur les voies et moyens mis en vigueur pour arriver à l’Accord d’Arusha en 2000. Alors que la situation d’alors était réellement préoccupante à cause des institutions chancelantes et impopulaires issues de putschs multiformes, la mise en avant de la recherche de la paix a garanti le succès et a favorisé la mise en place d’un processus démocratique qui se maintient jusqu’à ce jour mais qui peut éclater la recherche de la paix fondée sur le respect de l’indépendance et de la souveraineté du Burundi ne continue pas à présider.

    SUCCÈS DE LA DIPLOMATIE DE LA PAIX AU BURUNDI.

    Depuis 1993 jusqu’en 2015, une diplomatie de la paix a prévalu au niveau international en faveur du Burundi. Elle a été enclenchée par l’Eglise Catholique par l’action on ne peut plus positive de la Communauté Saint Egidio qui depuis 1993 a mené des consultations secrètes avec tous les acteurs politiques burundais de sa connaissance. L’objectif qui sous-tendait ces consultations était la recherche de la paix. Les acquis de leurs nobles efforts sont malheureusement sabordés par les prélats actuels de l’Eglise Catholique du Burundi qui naviguent au sens contraire de celui de leurs fidèles qui veulent la paix.
    Sur le terrain, l’Organisation de l’Unité Africaine – OUA – créa une mission d’observation au Burundi, la Mission Internationale d’Observation au Burundi – MIOB, le 15 mars 1994 dans le cadre de son nouveau Mécanisme pour la Prévention, la Gestion et le Règlement des Conflits. Il s’agissait là d’une action positive en faveur de la paix soutenue par tous les protagonistes, toute la sous-région des Grands Lacs, toute l’Afrique et le monde entier.
    Lorsque la Facilitation Internationale fut confiée à Mwalimu J. K. Nyerere, sa préoccupation principale était de consulter tous les acteurs qui pouvaient être des « facteurs de paix ». Ainsi il a pu dégager un certain nombre de « key players », selon ses termes, sur lesquels il a appuyé son action sans cependant négliger les autres.
    La Tanzanie et les autres pays de la sous – région avaient la même préoccupation : la paix au Burundi. Le Président B. W. Mkapa et J. M. Kikwete, alors Ministre des Affaires Etrangères auront joué un rôle louable.

    Aujourd’hui les choses semblent différentes. L’East African Community semble être la seule à privilégier la paix ainsi que le Sommet des Chefs d’Etats de l’Union Africaine. La Commission de l’Union Africaine, elle, se laisse aller dans une diplomatie coercitive télécommandée qui pourtant n’a jamais marché nulle part au monde à part qu’elle coûte énormément pour rien. Elle est négative et conduit même à la mauvaise préparation et aux échecs multiformes.
    Ce n’est pas le Président Y. K. Museveni qui tout d’un coup est devenu subitement incompétent pour ne pas réussir à initier un processus de paix viable, c’est cette coercition internationale non coordonnée, chaotique et irréfléchie dans laquelle il est contraint de travailler, comme s’il était embauché dans l’unique but de punir son homologue, le Président Nkurunziza du Burundi, alors qu’il est habitué à œuvrer pour la paix. Il ne comprend sûrement pas, comme nous tous d’ailleurs, où se situe le conflit entre le Burundi et les USA, entre le Burundi et l’UE, la France ou la Belgique pour qu’ils s’acharnent sur ce pays, jouant hystériquement selon les humeurs et les circonstances le rôle de l’opposition burundaise, celui de la société civile burundaise, celui de gendarmes du monde, celui de l’Afrique, celui de la sous-région des Grands Lacs, celui de l’ONU ou tous les rôles à la fois sauf celui qu’ils sont supposés jouer.
    Ils sont allés jusqu’à se fabriquer un pendant, le CNARED, qu’ils ont, comme nous l’avons dit dans une de nos livraisons précédentes, gonflé comme un ballon et lancé dans le hasard des airs en croyant qu’il allait miraculeusement atterrir au Burundi. Maintenant qu’il a commencé à se désintégrer inéluctablement et définitivement, Tom Perriello et consort devraient se rendre à l’évidence et acter les évolutions positives qui pourtant crèvent les yeux et arrêter leur idéologie coercitive pour privilégier la diplomatie de la paix qui a fait ses preuves, ou la diplomatie préventive que le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon préconise.

    LA DIPLOMATIE PRÉVENTIVE EST MIEUX QUE LA COERCITIVE.

    Normalement, l’objectif des efforts diplomatiques pour aider le Burundi ne devrait être ni d’occuper le Burundi, ni de renverser ses institutions élues démocratiquement par son peuple en 2015. Ils doivent au contraire viser la concrétisation d’une solution pacifique aux incompréhensions existantes telle qu’elle sera dégagée par le dialogue national inclusif en cours au Burundi.
    Ce ne sont pas les sanctions en cascades et parfois réellement mal inspirées comme celles de l’OIF qui encouragent le dialogue. Elles ne servent pas non plus la médiation. Comment conduire une médiation réussie quand des « Envoyés » Spéciaux comme Tom Perriello irritent à chaque passage à Bujumbura le Gouvernement du Burundi qui, contrairement à ce qu’il affirme, constitue de toutes évidences, preuves à l’appui, le facteur déterminant pour la paix au Burundi, tandis que le parti CNDD-FDD, que Perriello le veuille ou pas, est depuis sa création, aujourd’hui et pour longtemps un facteur moteur de la paix au Burundi ?
    On ne peut pas travailler pour la paix au Burundi en combattant le CNDD-FDD et son gouvernement. Les actions haineuses des gens comme Perriello, Louis Michel, Didier Reynders, Kagame et d’autres spécialistes de la désinformation déguisés en « chercheurs » sont néfastes pour la paix au Burundi, dans la sous-région des Grands Lacs, en Afrique et au monde. Comment peuvent-ils croire que le Gouvernement du Burundi soit le seul à offrir et à réaliser ses engagements, alors que certains de ses partenaires multiplient les agressions multiformes contre lui au lieu de lui emboîter le pas?
    C’est justement après l’annonce de la libération des prisonniers, après l’ouverture des radios privées, après la réouverture des comptes controversés des ONG suspectes, etc. que l’Union Européenne a décidé de suspendre sa coopération avec le Burundi et que plus tard l’OIF fit de même agissant d’ailleurs contre ses propres intérêts. Y aurait-il un seul parmi les partenaires du Burundi qui a pris en compte les évolutions positives à part le Conseil de Sécurité des Nations Unies qui reste quand même équilibré dans ses actes malgré les agitations de Samantha Power et de la France qui aujourd’hui encore continue d’embrouiller le Conseil par des propositions incongrues? Et pourtant tout le monde devrait en tenir compte et lever toutes les sanctions afin de détendre l’atmosphère du dialogue inclusif. Dans ce monde du donner et du recevoir, il faut nécessairement et honnêtement tenir compte des efforts de l’autre.
    Il serait aussi important de tenir compte du rapport des experts de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est qui, après son séjour au Burundi du 20 au 24 juin 2016, a recommandé à l’unanimité la levée de la suspension des activités de l’EAC au Burundi. Ces recommandations devraient être prises au grand sérieux et suivies avec fidélité dans la mesure où les travaux de la commission étaient ouverts à tous les partenaires, y compris l’ONU, l’UA et l’UE.
    Aussi faudrait-il s’imprégner de la diplomatie préventive telle qu’elle a été initiée par le Suédois Dag Hammarskjöld, ancien Secrétaire Général de l’ONU assassiné en Zambie (Rhodésie) alors qu’il se rendait au Congo pour une mission de paix. Malgré sa mort, le Congo est toujours le Congo avec le Katanga comme province, au lieu d’être morcelé dans une panoplie de petits Etats juxtaposés comme le souhaitaient les adeptes de la coercition.
    Pour l’actuel Secrétaire Général Ban Ki-Moon, « La diplomatie préventive aujourd’hui donne des résultats concrets, avec des ressources modestes, dans de nombreuses régions du monde, en aidant à sauver des vies humaines et à protéger les acquis en matière de développement. C’est une façon de faire qui peut ne pas être efficace dans toutes les situations et qui continuera de buter sur des incertitudes, des risques et des difficultés qui ne cessent d’évoluer». Alors que certains semblent croire qu’elle constitue une option parmi tant d’autres, lui estime qu’elle est « une nécessité»

    Nous pensons que la coercition contre le Burundi doit cesser. Le Gouvernement du Burundi et les institutions issues des élections de 2015 ont montré suffisamment qu’ils veulent la paix dans un contexte d’hostilité injustifié et condamnable. C’est maintenant le moment de le soutenir par tous les moyens possibles et imaginables afin de favoriser la paix et le développement au Burundi. Cela est valable pour la pratique de la diplomatie dans le monde. La diplomatie coercitive n’engendre que plus de méfiance, de haine et de misères des populations cibles. Ce ne sont pas les irakiens, les libyens, les syriens et les autres qui me contrediront, encore moins les grands diplomates comme Dominique de Villepin, qui, parfois seul contre tous, continue à croire que l’usage de la force est à éviter.
    Il est important pour ces fossoyeurs de la paix de comprendre que le peuple burundais n’a jamais été adepte de l’idéologie de la violence et qu’il n’est pas prêt à sacrifier les acquis démocratiques chèrement acquis ou son indépendance. Tout nouveau geste de la part des partenaires du Burundi qui ne va pas dans le sens de la recherche de la paix sera voué à l’échec. De même la logique de coercition et de l’arrogance ne mène nulle part.

    Minani Claver

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*