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Arusha: les vieux du CNARED, qui adoraient Sezibera, n’aiment pas Mfumukeko

Le communiqué de presse du CNARED vient de tomber. Ses partis, frustrés de ne pas avoir été invités comme une unique coalition mais individuellement, refusent de se rendre à Arusha. Ils profitent d’ailleurs pour lancer la bataille suivante: ils ne veulent plus entendre parler du nouveau Secrétaire Général de l’EAC.
Le Burundais Libérat Mfumukeko est accusé de rouler pour Bujumbura, et se voit désormais récusé par le CNARED.

Ces demandes de récusation contre le Secrétaire général de l’EAC ne datent pas d’aujourd’hui dans la crise burundaise. Les partis partenaires du Cndd-Fdd établis à Bujumbura l’avait demandé en janvier dernier, cette fois-ci contre le Rwandais Richard Sezibera: “A l’époque, le CNARED n’avait évidemment pas levé le petit doigt, sachant que M. Sezibera était discrètement soutenu par Kigali, les Rwandais étant en faveur de l’opposition” explique un observateur.

Le CNARED se retrouve donc sous pression. Parce que les jeunes des partis comme le Sahwanya Frodebu, le MSD ou encore la vieille garde de l’Uprona ne veulent plus subir les ordres des aînés. Ceux-ci sont confortablement exilés en Europe alors que leurs jeunesses souffrent dans les quartiers contestataires ou comme réfugiés au Rwanda ou en Uganda.
Junior Birarondrwa, un jeune du Sahwanya Frodebu explique sur Facebook: “L’esprit d’équipe suppose aussi stratégie d’équipe et non d’égoïsme. Les vieux viennent de passer une année en revendiquant des négociations. Et quand arrive le moment décisif, personne n’y va parce que Minani est devenu l’arroseur arrosé et un électron isolé sans formation politique. Tout “son comité” n’a aucun parti politique auquel se revendiquer et par conséquent, il est non-invité. Est-ce que maintenant aussi c’est le pouvoir qui a influencé Mkapa? Apprenons à reconnaître nos torts car Minani, l’Uprona révolutionnaire et les Frondeurs sont loin d’être innocents dans ce qui leur arrive! Qu’ils en tirent les conséquences et trouvent une stratégie politique qui privilégie les Burundais d’abord.

Alors, les jeunes issus des partis membres du CNARED ont décidé de se rendre à Arusha, contre l’avis des vieux.

Pancrace Cimpaye, porte-parole du CNARED: "Derrière cette tentative de détruire et d’exclure le CNARED-GIRITEKA, nous percevons la main du Secrétaire Général de l’EAC, Monsieur Libérat Mfumukeko"
Pancrace Cimpaye, porte-parole du CNARED: “Derrière cette tentative de détruire et d’exclure la coalition, nous percevons la main du Secrétaire Général de l’EAC, Monsieur Libérat Mfumukeko”

Pour essayer de se tirer du piège dans lequel ils sont, les vieux caciques du CNARED jouent désormais tous leurs soutiens, notamment à Kigali. L’objectif: que la médiation ne soit plus chapeautée par l’EAC, mais par l’UA et les NU.
A l’Union Africaine, ils espèrent bénéficier des relais rwandais et des puissances européennes qui financent l’institution. Ces relais avaient notamment permis d’accoucher de la fameuse MAPROBU, morte-née. Avec les Nations Unies, le CNARED compte jouer avec des complicités autour de l’Envoyé Spécial Benomar.
Tout cela pour finir par imposer la transition.

Les pourparlers inter-burundais viennent donc d’entrer dans une nouvelle phase diplomatique qui vise à légitimer ou pas le CNARED en jouant sur le rôle du Secrétariat Général de l’EAC. Or ce dernier tire toute sa légitimité de la Résolution 2248 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui “engage le Gouvernement burundais à coopérer avec la médiation menée par la Communauté d’Afrique de l’Est et approuvée par l’Union africaine, afin de lui permettre d’organiser immédiatement un dialogue inter-burundais véritable et inclusif associant toutes les parties prenantes pacifiques concernées se trouvant aussi bien dans le pays qu’à l’étranger, afin de trouver une solution consensuelle, propre au Burundi, à la crise en cours.
Pour dessaisir l’EAC, il faudrait donc une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Et pour le moment, le CSNU est bloqué sur la crise burundaise.

Quant à dire que Mfumukeko a été honoré comme Ambassadeur par le président du Burundi, c’est oublier que la tradition de l’EAC l’impose. Amb. Francis K. Muthaura du Kenya {1996-2001}, Amb. Amanya Mushega d’Ouganda {2001-2006}, Amb. Juma V. Mwapachu de Tanzanie {2006-2011} ou encore Amb. Dr. Richard Sezibera du Rwanda {2011-2016}, tous ont été honorés du titre diplomatique à la prise de leur fonction par leurs présidents respectifs. Sauf l’Ougandais, qui était déjà ambassadeur.

2 Comments

  1. Josias Ogden

    L’opposition Burundaise est devenue specialiste dans la politique de chaise vide.

  2. Un de mes meilleurs profs d’histoire disait souvent à propos du phénomène de conflits entre générations ” La démocratie héllénique est morte quand les jeunes grecs ont décidé de tuer tous les vieux”.

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