Politique

Aristide Briand Reboas : « La gestion de l’armée au Burundi doit inspirer la Centrafrique »

Aristide Briand Reboas est diplomate et stratège de formation, créateur du Bureau des renseignements en Centrafrique
Aristide Briand Reboas est diplomate et stratège de formation, créateur du Bureau des renseignements en Centrafrique

Diplomate et stratège de formation, créateur du Bureau des renseignements en Centrafrique, impliqué au niveau de l’UA dans la création dans la force régionale d’intervention contre la rébellion de la LRA, Aristide Briand Reboas est aussi candidat présentiel en RCA pour le Parti Chrétien Démocrate. De passage au Burundi dans le cadre d’une tournée africaine amorcée depuis l’Éthiopie où il s’intéressait aux politiques agricoles ayant favorisé l’émergence de l’auto-suffisance alimentaire et l’exportation, M. Reboas revient sur les enjeux sécuritaires dans son pays en particulier, et en Afrique en général.

Comment analysez-vous les ressorts de la crise burundaise comparativement à la situation centrafricaine ?

Il faut reconnaître que l’armée burundaise a fait preuve de refus de la fatalité. L’armée, c’est le creuset de l’unité nationale : cette marque de fabrique burundaise dans la volonté de résolution des conflits internes nous inspire aussi en République Centrafricaine, pays marqué par l’instabilité. Sans jeter l’anathème sur nos forces de défense, nous avons eu une armée bien formée et entraînée depuis Bokasa avec l’École militaire d’Enfants de Troupe (deuxième établissement en Afrique, après Saint-Louis au Sénégal), puis des officiers formés au Collège Interarmes de Défense de Paris, d’autres aux États-Unis.

Malheureusement, l’État n’a pas pu profiter de l’expérience des jeunes officiers multilingues, car l’armée a été ethnicisée. La coloration ethnique de l’armée a suivit chaque pouvoir qui est arrivé. Des actes d’insubordination ont éclaté parce que tels militaires se réclamaient de l’ethnie au pouvoir, ce qui a affecté profondément le professionnalisme de l’institution et son moral. L’armée a alors perdu le sens du risque. Et quand une armée nationale ne peut plus prendre de risque, le pays doit s’attendre à tout. Ajoutez aujourd’hui l’arrivée de Seleka qui a limogé l’armée, et vous comprendre pourquoi la crise va encore durer.

Pensez-vous que la paix peut revenir en Centrafrique ?

Oui. Il faut d’abord définir la nature de la guerre centrafricaine : crise des confessions, ou pas ? D’ailleurs c’est l’objet d’un livre que je publie bientôt sur les enjeux du débat contradictoire, nécessaire dans cette campagne électorale. Ma vision s’articule sur trois points : chaque ethnie en Centrafrique a une approche culturelle spécifique pour designer, gérer la paix et éviter la violence. Il faut les prendre en compte. Ensuite, il faut résoudre la question de l’armée.
Certains militaires ont choisi de rentrer dans les milices pour se protéger. D’autres ont simplement déserté. Du coup, résoudre la crise centrafricaine équivaut à réhabiliter l’armée nationale. Ce qui faciliterait d’ailleurs le travail des missions de maintien de la paix sur terrain.
Et plus de la réouverture de l’École militaire créée par Bokassa, il faudrait aussi mettre en place un Haut Commissariat chargé des reformes du secteur de sécurité et du désarmement, démobilisation, réinsertion. Quand vous voyez un enfant de 8 ans qui se dit enfant-soldat, et qui devant des cameras du monde entier, assume d’avoir tué au moins 11 personnes, c’est tragique.

Quelle est au fond la spécificité de la crise centrafricaine ?

La Centrafrique est un pays qui a eu au moins 8 présidents depuis l’indépendance, ce qui n’est pas commun en Afrique. Le problème n’est donc pas l’alternance, mais plutôt de renouvellement de la classe politique. Le Burundi est aussi en avance sur ce point, car j’ai été reçu par le 1er Vice Président du Burundi, jeune, dynamique, à l’image de la jeunesse burundais tout autant qu’en Centrafrique. Il faut remettre l’école républicaine au centre de la vie nationale, pour que le mérite soit primé et la pyramide des compétences redressée. Sinon, dès qu’on se sent contrarié, on prend un fusil, on tire deux coups, on t’appelle pour parler et si tu demandes quelque chose, on te la donne. Des gens ont obtenu ainsi des postes ministériels. La Communauté internationale doit comprendre cet engrenage vicieux.

Quels sont les enjeux de la sécurité sur le continent africain ?

L’Afrique a une faiblesse en termes de prévention. Concernant le terrorisme, nous sommes face d’une menace tout nouvelle. Il y a eu une évolution des mécanismes juridiques, qui aident dans la dissuasion, comme la lutte contre l’apologie du terrorisme. Mais il faut aller loin : en plus des actions militaires concertées, il faut créer une politique de gestion commune des frontières, qui passe par la mutualisation des listings de vols et le contrôle des mouvements des populations, qui bougent de plus en plus sur des frontières souvent poreuses. Sinon la libre-circulation des peuples devient la libre-circulation des dangereux. Il faut aussi une diplomatie saine entre voisins, pour que les pays s’engagent à ne jamais abriter sur leurs sols des mouvements armés visant à déstabiliser des pays voisins. L’actualité nous l’exige. Aucun pays ne peut prétendre allumer le feu contre son voisin, et se dire surpris de voir qu’il y ait un retour.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*